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Les bottes en caoutchouc de nos jardins sont nées en 1853 près de Montargis, grâce à un brevet racheté par un industriel venu d’Amérique

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1853. Cette année-là, l’Américain Hiram Hutchinson s’installe à Châlette-sur-Loing, dans le Loiret, avec des droits sur les brevets de Charles Goodyear. Sur place, une ancienne papeterie royale se transforme en fabrique de bottes en caoutchouc. Les paires qui sèchent aujourd’hui près de la porte du jardin descendent directement de cette aventure. Elle s’est jouée à une centaine de kilomètres au sud de Paris, aux portes de Montargis.

Le décor n’avait rien d’un atelier de cordonnier.

À retenir

  • Hiram Hutchinson, industriel américain, établit une manufacture de bottes en caoutchouc en 1853 dans une ancienne papeterie royale du Loiret
  • L’usine de Langlée produit 5 000 paires de bottes par jour dès 1854, offrant aux paysans et ouvriers des chaussures totalement étanches
  • La vulcanisation de Goodyear, appliquée par Hutchinson, résout enfin le problème du caoutchouc qui fondait à la chaleur et se cassait au froid

Sommaire

  1. Un Américain, des brevets et un moulin à papier
  2. 5 000 paires par jour, un an après l’arrivée
  3. Brevet acheté, licence obtenue : les sources ne disent pas tout à fait la même chose
  4. Du Loiret à nos allées détrempées

Un Américain, des brevets et un moulin à papier

Hiram Hutchinson, né en 1810 et mort en 1869 d’après le groupe industriel qui porte son nom, était un homme d’affaires américain. Ce même groupe lui consacre un portrait titré « un Américain audacieux ». Le surnom n’a rien d’exagéré pour un homme qui quitte les États-Unis afin de conquérir un marché européen.

Son atout tient en quelques lignes de papier. Selon le site du groupe, Charles Goodyear lui a transféré en 1853 un brevet portant sur les perfectionnements de la fabrication des bottes, souliers, sabots et autres chaussures. Goodyear reste le nom associé à la vulcanisation, ce traitement qui rend le caoutchouc élastique et imperméable, comme le rappelle la BnF dans son dossier sur les techniques de fabrication des chaussures.

Avant ce procédé, la matière avait un défaut rédhibitoire : elle fondait à haute température et devenait cassante dès que le froid s’installait. Une botte capable de supporter un hiver beurré de boue et un été de canicule exigeait donc un traitement que personne ne maîtrisait à l’échelle industrielle. La bibliothèque Balises de la BPI résume l’épisode en une phrase : en 1853, Hutchinson achète les brevets de Goodyear et adapte le caoutchouc aux bottes.

Hiram Hutchinson s’établit dans une ancienne papeterie royale du XVIIe siècle, au lieu-dit Langlée, à Châlette-sur-Loing. La ville est modeste, la France est loin de ses terres, mais le pari a sa logique : il aurait choisi ce pays parce que l’industrie du caoutchouc y était encore peu développée, donc pleine de perspectives. La structure porte alors le nom de Compagnie du caoutchouc souple, et ses ateliers se mettent à produire des bottes en série.

5 000 paires par jour, un an après l’arrivée

Les chiffres donnent le vertige. D’après le groupe Hutchinson, l’usine de Langlée sortait déjà 5 000 paires de bottes chaque jour en 1854. De quoi chausser quotidiennement une ville de 5 000 habitants, un an à peine après l’arrivée de l’industriel dans le Loiret.

Ces bottes, que le groupe décrit comme très innovantes, étaient totalement étanches. Pour des paysans, des ouvriers ou des jardiniers, la promesse était simple et nouvelle : traverser un champ détrempé sans rentrer les pieds mouillés.

Plus d’un siècle d’essais séparait pourtant ce succès des premières tentatives.

Dès 1748, François Fresneau, auquel on attribue les premiers essais de bottes en caoutchouc, avait bien compris l’obstacle. Le caoutchouc ne pouvait pas s’employer à l’état brut, et il faudrait selon lui parvenir à le dissoudre pour façonner en France de nouveaux objets. Cent cinq ans plus tard, la vulcanisation de Goodyear, portée par l’énergie de Hutchinson, apportait enfin la réponse industrielle.

Brevet acheté, licence obtenue : les sources ne disent pas tout à fait la même chose

Les récits de cette histoire ne se recoupent pas parfaitement. Certains parlent d’un achat de brevets, d’autres d’une licence accordée par Goodyear, et quelques-uns avancent une date antérieure à 1853 pour l’accord entre les deux hommes. Le groupe Hutchinson et la BPI s’accordent, eux, sur 1853 comme année charnière.

Le plus prudent consiste donc à retenir une formule neutre : Hutchinson disposait de droits sur les brevets de Goodyear. Le montage juridique exact, achat pur ou autorisation d’exploiter pour la France, relève d’un détail que les sources consultées ne tranchent pas. Ce flou n’enlève rien à la chronologie, qui reste solide.

D’autres éléments circulent encore, comme un prix d’acquisition du site de Langlée évoqué par certaines pages en ligne. Faute de source officielle pour les confirmer, mieux vaut les laisser de côté.

Du Loiret à nos allées détrempées

L’usine de Langlée n’a pas fabriqué que des bottes. Selon la BnF, la compagnie y produit aussi des vêtements imperméables, et le site du groupe indique qu’elle étend ses activités à partir de 1867. Le nom de Hutchinson s’est ensuite attaché à un conglomérat industriel qui travaille aujourd’hui dans l’automobile, l’aéronautique, la défense et le cycle.

Cette trajectoire a de quoi surprendre quand on enfile ses bottes pour aller ramasser les dernières courgettes sous la pluie d’octobre. L’objet banal du cabanon vient d’une rencontre entre un chimiste américain, un industriel venu le rejoindre en France et un moulin à papier du Loiret. Le décor de départ a changé, la matière aussi, mais le principe reste celui de 1853 : une couche de caoutchouc vulcanisé entre la boue et le pied.

Hiram Hutchinson meurt en 1869, et sa famille vend l’entreprise en 1898, soit 29 ans après sa disparition. Le groupe qu’il a fondé, aujourd’hui basé à Clichy, serait présent dans 26 pays et emploierait plus de 40 000 personnes, selon l’encyclopédie en ligne Wikipédia.

Sources : gumbootsoverall.ch | gallica.bnf.fr

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