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Malgré des risques importants pour le caribou, des projets miniers continuent d’être approuvés dans le sud-est du Yukon, selon une nouvelle étude.
Emilie Cameron, professeure à l’Université Carleton spécialisée dans le Nord, les mines et les relations avec les Autochtones, affirme que le Yukon fonctionne comme une machine à approbations pour les projets en territoire kaska.
Ce territoire non cédé couvre environ le quart du Yukon et abrite une dizaine de troupeaux de caribous forestiers. Les deux Premières Nations kaska du Yukon, le Conseil Dena de Ross River et la Première Nation Liard, n’ont pas signé de traité moderne.
L’auteure principale du rapport (nouvelle fenêtre) (en anglais) a analysé 92 projets miniers dans la région entre 2006 et 2024.
L’Office d’évaluation environnementale et socioéconomique du Yukon (YESAB) en a recommandé 96 %, malgré plusieurs failles, dit-elle en entrevue. Le gouvernement a approuvé tous les projets sur lesquels il s’est prononcé, y compris ceux jugés irréversibles pour le caribou.
Selon Emilie Cameron, le système manque de courage, menace les caribous et enfreint les obligations constitutionnelles envers les Autochtones.
Des projets évalués par morceaux
L’une des failles relevées par Emilie Cameron est le fractionnement des projets : sites d’exploration, routes et ponts peuvent être évalués séparément, ce qui peut masquer les effets globaux.
Le directeur général du YESAB, Kent Bretzlaff, dit que la loi leur permet de regrouper des projets et qu’ils le font assez fréquemment, mais qu’elle ne permet pas de contrôler le moment de dépôt des différentes phases.
On est un peu coincés dans un modèle d’évaluation en silos, admet-il.
L’organisme, poursuit-il, dépend donc des promoteurs pour présenter une vision complète dès le départ.
Cameron, près de la moitié des dossiers analysés comportaient des demandes séparées ou des modifications à des projets existants. Il y a encore un véritable problème de fractionnement, dit-elle.
Des engagements fragiles
Le rapport souligne aussi que plusieurs projets sont approuvés avec la promesse de restaurer les sites après quelques années, mais que les permis sont souvent prolongés – une difficulté que le YESAB a reconnue dans le passé.
Emilie Cameron indique également que la quasi-totalité des projets est approuvée sur la base de mesures d’atténuation souvent vagues et volontaires et sans preuve d’efficacité.
Selon la chercheuse, les cartes utilisées pour déterminer l’habitat des caribous seraient, par ailleurs, incomplètes ou dépassées, excluant des zones de mise bas, notamment.
Kent Bretzlaff reconnaît que les données sont parfois insuffisantes, désuètes et qu’elles sont éparpillées, ce qui nuit aussi à l’analyse des effets cumulatifs des projets. Il souligne le besoin d’une approche collective en matière de données.
L’un des atouts de l’Office réside dans notre capacité à susciter le dialogue [...] et à pouvoir mettre en lumière les besoins auxquels le territoire doit répondre afin de garantir que l'esprit et l'intention du processus d’évaluation sont pleinement respectés.
Le YESAB consacre beaucoup d’efforts à élaborer les recommandations, poursuit Kent Bretzlaff, après quoi, il ne fait pas partie des discussions et peut ne pas être informé si le gouvernement en fait fi.
Refus lors d’effets négatifs importants
Le porte-parole du ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources, John Thompson, écrit dans un courriel que le gouvernement fournit des explications concernant tout écart par rapport aux recommandations dans les documents de décision.
Il précise qu’un projet est refusé s’il entraîne des effets négatifs importants qui ne peuvent pas être atténués et que, depuis 2006, le YESAB a recommandé de ne pas en réaliser 39 au Yukon. Le gouvernement en a autorisé 5 après consultation des Premières Nations, ajoute-t-il, et 6 décisions, dont une en territoire kaska, sont encore en attente.
Emilie Cameronfait plusieurs recommandations, comme la nécessité d’écouter les détenteurs de droits kaska. Elle cite l'exemple de la mine Kudz Ze Kayah. Malgré que les détenteurs de droits kaska ont clairement indiqué qu’ils ne donneraient pas leur consentement afin de protéger le caribou Finlayson, des millions ont été dépensés et l’histoire est aujourd’hui devant les tribunaux.
Il y a une vraie leçon à tirer afin d’éviter que les compagnies minières et les gouvernements ne se retrouvent dans un tel bourbier.
Le porte-parole John Thompson affirme que le gouvernement et le YESAB travaillent à s’assurer que les projets sont évalués et réglementés de manière responsable.
Il ajoute que le ministère de l’Environnement surveille le troupeau de caribous de Finlayson et collabore avec des partenaires, dont le Conseil Dena de Ross River, afin de gérer durablement le troupeau et de s’assurer qu'il est en bonne santé.


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