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Le soutien scolaire aux élèves francophones de l’Î.-P.-É. doit être repensé et adapté

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À l’Île-du-Prince-Édouard, l’éducation en français fait face à d’importants défis. La Commission scolaire de langue française vient de présenter certaines de ses priorités devant les députés du Comité législatif permanent sur l’éducation. Les dirigeants francophones appellent les élus à repenser le modèle de soutien scolaire.

Le constat dressé par le directeur général de la Commission scolaire de langue française (CSLF), Ghislain Bernard, est sans appel : les besoins des élèves augmentent et les cas deviennent de plus en plus complexes.

Ça nous demande d'être un petit peu plus innovateurs dans la façon qu'on regarde nos services aux élèves. La priorité est d’adapter le système à la nouvelle réalité.

Actuellement, la CSLF compte 62 élèves ayant reçu un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA), ce qui représente environ 5 % de sa population étudiante.

Mais les listes d'attente pour obtenir un diagnostic de TSA s'étirent sur 12 à 18 mois. Une perte de temps jugée préoccupante par la directrice de la programmation et de la formation de la CSLF, Anne-Marie Rioux.

Elle rappelle que les premières années de développement sont cruciales pour l'avenir de l'enfant.

Les choses n’avancent pas nécessairement assez vite, on a des familles qui sont inquiètes, frustrées. Des parents qui vont nous dire : ”Je pense que j'aurais besoin d'aide”, souligne-t-elle.

Barrière linguistique et urgence du recrutement

À cette attente s'ajoute une barrière linguistique. À cause de la vacance du poste de psychologue scolaire depuis huit ans et de la fin du partenariat avec une psychologue bilingue du Nouveau-Brunswick, la CSLF doit désormais faire évaluer ses élèves en anglais dans des cliniques privées à Charlottetown.

Au problème de diagnostic vient se greffer l'isolement des parents à l’extérieur de l’école, en particulier pendant la période estivale. Ghislain Bernard qualifie de problématique cette rupture de services communautaires.

Anne-Marie Rioux.

«Les assistants d'éducation répondent à beaucoup de choses dans une école, mais il y a d'autres besoins et on aimerait innover dans certaines parties», affirme Anne-Marie Rioux.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Pour accompagner ces enfants aux besoins particuliers au sein des écoles, l’autre défi majeur réside dans l'embauche d'assistants d'éducation qualifiés parlant français.

C'est pas facile. Alors, souvent, on va devoir aller vers des gens qui n'ont pas la formation de base

Pour l'ensemble de ses six écoles, la CSLF dispose d'un peu plus de 31 assistants d'éducation, auxquels s'ajoutent cinq postes consacrés aux nouveaux arrivants. Un personnel dont près du tiers n’est pas certifié.

Selon Anne-Marie Rioux, cette situation force la commission scolaire à un travail d'accompagnement continu : C'est sûr qu’ils ont besoin de plus d'appui, de formation, il faut s'assurer qu'on leur offre du support adéquat.

Virage vers l’innovation

Les gestionnaires de la CSLF ont également pointé du doigt les conditions d'emploi des assistants d'éducation, un facteur clé expliquant les difficultés de rétention du personnel.

L'insuffisance d'heures garanties par jour empêche de nombreux professionnels de vivre de leur métier. Pour Ghislain Bernard, une réévaluation globale des conditions de travail et de la reconnaissance professionnelle est nécessaire pour stabiliser les équipes.

Consciente que l'ajout systématique de personnel non certifié n'est pas une solution viable à long terme, la CSLF veut miser sur l'innovation pédagogique.

Ghislain Bernard.

«Les centres d'apprentissage, c'est une question de savoir si nos jeunes, est-ce que c'est la meilleure chose pour eux à être dans la classe régulière à tout moment de la journée?» demande Ghislain Bernard.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Elle presse le gouvernement de publier le nouveau rapport sur l'inclusion scolaire, afin d'amorcer le déploiement de modèles alternatifs éprouvés, comme les centres d'apprentissage.

Un centre d'apprentissage consiste en un local réservé, animé par un enseignant qualifié, permettant d'offrir un environnement temporaire adapté aux élèves pour qui une journée complète en classe régulière s'avère trop lourde, détaille Anne-Marie Rioux.

La commission scolaire souhaite aussi intégrer officiellement le système PBIS (Positive Behavioral Interventions and Supports ou soutien positif au comportement), déjà expérimenté au sein de la commission scolaire anglophone.

C’est la responsabilité d'une commission scolaire et d'un système scolaire de s'assurer que ces jeunes-là soient dans une situation d'apprentissage, sinon ce n’est pas de l'inclusion, insiste Ghislain Bernard.

En attendant que le gouvernement publie son rapport sur l'inclusion, la CSLF ne veut pas rester les bras croisés.

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