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« Le soccer m’a sauvé la vie »

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Alors que la Coupe du monde de soccer bat son plein, réjouissant les admirateurs à travers l’Amérique du Nord, le ballon rond a une résonance particulière pour certains. Sans ce sport, Mateo Kostering aurait probablement eu un tout autre destin.

Autochtone, membre de la Première Nation Musgamagw Dzawada’enuxw en Colombie-Britannique, communauté située à sept heures de route au nord-est de Vancouver, le trentenaire se dit heureux. Il est aujourd’hui entraîneur de plusieurs équipes de soccer et un papa comblé.

C’est grâce à ma passion pour le sport que j’ai maintenant une famille, lance-t-il en entrevue téléphonique.

Son destin aurait toutefois pu prendre une tout autre tournure sans le soccer comme boussole. Au bout du fil, sa voix prend un ton plus grave. J’aimerais beaucoup entrer dans les détails de mon expérience personnelle, confie-t-il.

L’homme en a beaucoup à dire. Il voudrait partager son parcours ponctué de hauts et de bas. Avant d’atteindre la vingtaine, il s’est retrouvé confronté avec une dépendance à l’alcool. Ça n’allait pas du tout à l’époque. Ma santé mentale et physique en avait pris un coup. Je buvais beaucoup et je n'avais pas de travail, dit-il, ému.

Je ne sais pas si je serais encore en vie si je n’avais pas continué à jouer au soccer.

Grandir dans le petit village d’Alert Bay, une communauté isolée posée sur la charmante île Cormorant, n’est pas facile à vivre pour les jeunes Autochtones. Tout le monde joue au soccer par ici. C’est une façon de s’occuper, car on peut se sentir seul très vite, souligne-t-il.

Dès l’âge de 3 ans, son père lui transmet sa passion pour le ballon rond. Le petit garçon aux cheveux bruns développe ses aptitudes en s’inspirant de tous les joueurs de soccer de son petit coin, avec en tête son champion préféré, l’Espagnol Francesc Fàbregas.

Le jeune Mateo Kostering sur un terrain de soccer.

Mateo Kostering lors d’un match, du haut de ses 8 ans.

Photo : Photo fournie par Mateo Kostering

Le tournant décisif

L’histoire de Mateo n’est pas unique. Beaucoup tombent dans diverses dépendances. La consommation de drogues et d’alcool dans les communautés autochtones de la région est particulièrement criante.

Alors que les Premières Nations représentent environ 3,4 % de la population de la province, la médecin-cheffe de l'Autorité sanitaire des Premières Nations de la Colombie-Britannique a indiqué en 2025 qu'elles représentaient 19 % des décès liés aux drogues toxiques.

Rien que ces dix dernières années, le jeune homme explique avoir perdu des amis et des proches à cause des surdoses. J'étais sur cette même voie, glisse-t-il, amer.

Un déclic va pourtant le sortir d’une pente dangereuse. C'est lors d’un match que le jeune Mateo va réaliser qu’il peut changer de trajectoire. En 2010, il assiste en tant que simple spectateur à la victoire des Mariners, l’équipe de soccer de l'Université de l'Île de Vancouver.

J'ai réalisé que je pouvais jouer à ce niveau si je m'y mettais sérieusement. Cette finale du championnat national m'a sauvé, car j'ai trouvé un véritable objectif de vie, précise Mateo.

À son retour chez lui, le changement devient radical. Il se met alors à l'entraînement intensif pendant plusieurs années. Pour lui, le ballon devient une véritable bouée de sauvetage. Il arrive même à se faire sélectionner pour intégrer la fameuse équipe des Mariners.

Pour pratiquer sa passion, il quitte alors sa maison, balluchon à l’épaule, en direction de la ville de Nanaimo, située sur la côte est de l’île de Vancouver.

Mateo Kostering qui joue au soccer.

Mateo a joué pour les Mariners de 2012 à 2017 et a participé à deux championnats nationaux durant cette période.

Photo : Photo fournie par Mateo Kostering

Le ballon pour la guérison

La suite mène le jeune homme vers une carrière de sportif universitaire et un diplôme en études des Premières Nations. Aujourd’hui, Mateo souhaite inspirer à son tour les jeunes issus des Premières Nations. Adolescent, je n'aurais jamais cru que je pourrais arriver là où j’en suis aujourd'hui. C’est pourquoi il fonde, en 2024, l’Indigenous Athletics Academy, un organisme qui propose des camps de soccer de quelques jours durant l’été.

Au fil des saisons, le centre s’est déplacé dans sept communautés autochtones autour d’Alert Bay. Plus de 600 jeunes Autochtones ont participé aux camps, au grand bonheur de Mateo. Il faut les encourager à poursuivre leurs rêves et montrer les opportunités que le soccer peut leur offrir, explique-t-il.

L’objectif n’est pas que les jeunes quittent leur village pour l’amour du soccer, mais plutôt de leur permettre de s'ouvrir au monde. Qu’ils obtiennent un diplôme et qu’ils reviennent transmettre leurs connaissances à la communauté.

Les organisateurs d’Indigenous Athletics Academy dans un stade de soccer.

Les organisateurs d’Indigenous Athletics Academy (de gauche à droite) : Darian Harris, Sarah Harris, Mateo Kostering avec sa fille Halle et sa femme, Jessica.

Photo : bob frid

Le soccer remplit la vie, souligne le sportif, qui précise que même ses enfants se sont mis au sport dès leur plus jeune âge. Mes filles n’ont tout simplement pas le choix, lance le père de famille, en riant.

Rêver avec la FIFA, de la télé à la réalité

Pour les habitants d’Alert Bay et plusieurs autres membres de communautés autochtones en Colombie-Britannique, le soccer est bien plus qu'un simple sport. Alors, quand Mateo a appris que le Canada allait être un des pays hôtes de la Coupe du monde, il n’a pas caché son immense joie. C'est un rêve devenu réalité. Dans nos villages, on attend cet événement tous les quatre ans. On regarde les compétitions à la télévision. Là, on a enfin la chance de voir les équipes en vrai, car Vancouver accueille des matchs, se réjouit-il.

Mateo se souvient n’avoir jamais manqué les confrontations entre équipes nationales, de la victoire de l'Italie en 2006 à celle mémorable de l’Argentine en 2022, en passant par celle de l’Espagne en 2010.

Si on m'avait dit un jour que je serais à Vancouver pour regarder en direct les meilleurs joueurs du monde, je ne pense pas que j'y aurais cru, affirme-t-il. Ce dernier est d’ailleurs un des heureux chanceux à avoir pu se procurer des billets pour le match qui a opposé le Canada au Qatar.

Mateo Kostering frappant le ballon lors d'un match.

Mateo Kostering à 28 ans, lors d’un match local.

Photo : Photo fournie par Mateo Kostering

Célébrer les guerriers des temps modernes

Pour Mateo, les tournois de soccer locaux renforcent le sentiment d'identité et créent des liens positifs pour les communautés. Il cite par exemple les chants de victoire qu'interprètent les équipes gagnantes après chaque match. Des centaines de personnes se rassemblent sur le terrain et nous chantons dans notre langue autochtone. C'est magnifique, dit-il.

Le soccer est ancré depuis des décennies dans les traditions de plusieurs Premières Nations en Colombie-Britannique, indique Mateo. Selon lui, un joueur de soccer autochtone est à l’image d’un guerrier des temps modernes.

Le capitaine mène son équipe contre d'autres nations à travers le soccer. J’y vois un lien fort avec nos traditions guerrières, dans un esprit collectif autour d’une célébration, conclut Mateo.

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