Il est entré en fonction le 1er avril et huit mois plus tard, Martin Pfister, conseiller fédéral en charge de la Défense, enregistre son premier succès dans les urnes. Les Suisses ont massivement rejeté le Service citoyen, initiative qui proposait d’élargir l’obligation de servir à toutes les femmes et à tous les hommes du pays. Pour le ministre zougois, ce service d’un nouveau genre était trop cher et trop disproportionné. Certes, l’armée a besoin de jeunes qui s’engagent et la protection civile manque de bras, mais doubler les effectifs n’était pas la solution pour le Conseil fédéral. Il privilégie une adaptation progressive et mieux ciblée pour faire face aux menaces actuelles.
Au fil de la campagne, l’égalité est devenue l’argument central de cette votation. Pour les initiants, le Service citoyen la favorise. Pour les opposants, elle la dessert. En cause, les tâches gratuites effectuées par les femmes tout au long de leur vie. Leur imposer un engagement d’intérêt général supplémentaire aurait représenté une sorte de «double peine». Mais en rejetant l’élargissement de l’obligation de servir aux femmes, la population ne résout pas du tout la répartition genrée des tâches. Le service rendu à la collectivité devra donc être approché d’une autre manière à l’avenir.
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A commencer par l’armée, la protection civile et le service civil. Des adaptations sont en cours pour ces trois secteurs. Globalement, il s’agit d’un durcissement qui devrait être favorable à l’armée. Un projet de fusion entre protection et service civils est en cours. Le Conseil fédéral veut en outre créer une Journée d’information obligatoire, sur l’armée et la protection civile, pour les jeunes femmes suisses. Cette mesure ne devrait pas entrer en vigueur avant 2030 et vise à favoriser l’égalité des chances et à inciter davantage de femmes à s’engager dans l’armée.
Un autre point central de l’initiative sur le Service citoyen nécessitera de nouvelles réflexions: la cohésion nationale. A l’heure où l’individualisme gagne du terrain, le projet proposait un moyen de renforcer l’unité du pays. D’autres pistes devront être explorées et elles passeront certainement par l’armée. Les causes sociales et environnementales, qui auraient pu être couvertes par l’initiative, devront encore plus s’appuyer sur le bénévolat à l’avenir. Reste à savoir comment.
Le soulagement chez les opposants
Réunis au restaurant Zum Äusseren Stand, les opposants s’attendaient à un large rejet dans les urnes avant même les premières projections tombées à midi. Ce qui a manqué au projet? Le conseiller national Reto Nause (Le Centre/BE) esquisse une analyse: «L’initiative comportait beaucoup d’éléments qui génèrent de l’insécurité. Ainsi, elle voulait abolir le service militaire obligatoire au profit d’un service citoyen et pour le climat. Elle ne précisait pas comment les effectifs de l’armée et de la Protection civile auraient été garantis. Et les initiants n’ont pas réussi à présenter un plan précis sur cet aspect. A droite, c’était l’argument principal de notre campagne. A gauche, ils ont évoqué les questions d’égalité. Ensemble, ces deux positions ont fait perdre beaucoup de soutien aux initiants».
La Vaudoise Jessica Jaccoud, conseillère nationale et coprésidente des Femmes socialistes, salue ce «résultat sans appel. La société ne veut pas de contrainte supplémentaire pour les femmes. C’est un signal fort pour le développement de politiques publiques pour l’égalité comme le développement des places de crèche et l’égalité salariale».
De son côté, le conseiller national Sidney Kamerzin (Le Centre/VS) s’est dit «content, soulagé et surpris en bien par l’ampleur du rejet. C’est un signal très fort aujourd’hui qui permettra de garantir des effectifs forts à notre armée. Cela permettra également de ne pas mettre en péril le bénévolat et les salaires dans le pays».
Une claque pour les initiants
S’ils s’attendaient à un rejet ce dimanche, les initiants ont néanmoins pris une claque ce dimanche. En début de matinée, Noémie Roten, présidente du comité d’initiative, espérait obtenir au moins 30% des voix. Il n’en est rien. Malgré tout, la juge militaire dit avoir une «énorme fierté d’avoir pu, avec un petit comité, mettre à l’ordre du jour, à l’échelle nationale, des thématiques aussi importantes». Elle cite l’importance de la responsabilité citoyenne pour créer une cohésion nationale, les défis sécuritaires, ou encore l’égalité de traitement. Mais elle regrette que la question de «l’engagement de milice» soit passée au second plan, tandis qu’en Suisse romande «le débat sur l’égalité a pris toute la place». Face au rejet massif de l’initiative, elle s’alarme: «Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la Suisse. On ne donne pas de réponse à l’individualisme croissant, ni aux défis sécuritaires qui attendent la Suisse. Et cela m’inquiète.»
Développement suit.
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