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Le Sénat vote lundi un «acte de réparation» pour restituer des dépouilles à la Guyane

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Exhibés dans des «zoos humains» parisiens puis «stockés» 130 ans, les restes de 14 Amérindiens de Guyane font l’objet lundi au Sénat d’un vote de restitution.

«Qui aimerait que ses arrière-grands-parents reposent dans les réserves d'un musée?» : exhibés dans des «zoos humains» parisiens puis «stockés» 130 ans, les restes de 14 Amérindiens de Guyane font l'objet lundi au Sénat d'un vote de restitution.

Ce combat a pris racine en 2006. Alors adjointe à la culture à Rouen (Seine-Maritime), la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly a d'abord voulu rendre à la Nouvelle-Zélande une «tête maorie» découverte au muséum local.

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Vide juridique

Mais l'État s'y est opposé et a «fait annuler la délibération» au tribunal «au prétexte que ce sont des œuvres patrimonialisées», relate l'auteure de la loi à l'AFP. La parlementaire se penche alors sur le droit et découvre «deux lois contradictoires»: l'inaliénabilité des «collections publiques» s'oppose à «l'article 16-1 du Code civil» empêchant qu'un corps humain fasse «l'objet d'un droit patrimonial». Un «vide juridique» qu'elle tente depuis de combler.

La loi-cadre de restitution de décembre 2023 se circonscrit aux «États étrangers», excluant les citoyens français ultramarins. Ce nouveau texte «d'espèce», cosigné par Max Brisson (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (communiste), déclassera ainsi six ossements autochtones et huit moulages conservés au Muséum national d'histoire naturelle.

«Zoos humains»

L'histoire tragique remonte à 1892. Trente-trois autochtones sont recrutés sur de fausses promesses en Amérique du Sud. «Ces personnes ont été exhibées dans de véritables zoos humains», et ce «alors que notre pays était déjà une République dont les principes humanistes étaient affichés», souligne Max Brisson, rapporteur du texte. Recroquevillés dans la capitale, «ils n'ont pas résisté au premier hiver parisien», ajoute Pierre Ouzoulias. Huit y meurent en raison de la rigueur du froid européen.

Inhumés à Levallois-Perret et Neuilly (Hauts-de-Seine), cinq sont illégalement déterrés cinq ans plus tard pour intégrer les collections. Cette exhumation «violait le droit funéraire de l'époque et le droit de sépulture», s'indigne M. Brisson, fustigeant une violation, commise dans l'indifférence générale, qui «ne chagrinait personne». Il précise que les moulages réclamés ont été «faits sur des corps» qui «n'auraient jamais dû être déterrés».

Le sénateur LR balaie l'argument scientifique brandi pour conserver ces ossements. «Les conservateurs estiment qu'il peut y avoir un intérêt scientifique mais ce n'est pas sérieux», lâche-t-il à propos de biens qui ont 130 ans et ne vont «pas nous apprendre grand-chose en matière d'archéologie humaine.»

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«Dans un carton»

Pour Pierre Ouzoulias, le sentiment qui prédomine face aux décennies de refus du ministère de la Culture est «la honte». Cet ancien conservateur fustige «la psychologie du conservateur» pour lequel «rien ne doit sortir de ses collections». «Il y a au départ un crime, parce que la violation de sépulture, c'est puni par le droit français de toute éternité», assène le sénateur communiste. L'idée de l'époque était de déduire des caractéristiques raciales en étudiant les os du crâne. «On n'a pas respecté la dignité de leurs corps, stockés parce qu'on les a considérés comme des sous-humains», dans une «vision raciale de l'humanité», poursuit-il.

Légiférer en toute transparence permet en outre «d'éviter le fait du prince, c'est-à-dire le coup de téléphone de l'Élysée», relève M. Ouzoulias. Il cite pour illustrer ce besoin de clarté les restitutions décidées par le pouvoir exécutif vers l'Algérie. Pour Mme Morin-Desailly, ce texte est d'abord un «acte de réparation et de reconnaissance au nom du respect dû aux morts».

La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a assuré que le gouvernement soutiendrait ce texte en procédure accélérée. Ce rapatriement couronne les efforts de l'association Moliko Alet+Po. En 2024, sa présidente, Corinne Toka Devilliers, s'indignait de savoir ses aïeux «dans un carton». Les dépouilles rejoindront le mémorial du village amérindien de Bellevue-Yanu. «Nos ancêtres ont autant souffert que les esclaves», avait déclaré à l'AFP la cheffe coutumière Cécile Kouyouri, saluant la reconnaissance de cette «histoire traumatique».

L'enjeu devient éducatif. Face à des musées où «personne ne s'est posé cette question», les conservateurs n'ayant «pas été formés pendant des générations», la sénatrice a modifié la loi. Le Code du patrimoine impose aujourd'hui la «traçabilité» et la «provenance» pour révéler «l'histoire des objets» et «leur caractère illicite».

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