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Le secteur manufacturier plongé dans l’incertitude pour ses travailleurs étrangers

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L'abolition du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) par Québec jumelée à la baisse des seuils de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire par Ottawa contraint des employés immigrants à remettre en question leur avenir dans la Belle province.

Par crainte de voir leur personnel quitter, des entreprises manufacturières du Saguenay-Lac-Saint-Jean font des pieds et des mains pour retenir les employés qualifiés dans leur rang.

Avec la suspension du PEQ sans mesure transitoire, on est comme laissés-pour-compte, comme abandonnés, comme trahis par toutes ces belles promesses qui avaient été faites par le gouvernement, laisse tomber, sans détour, Michel-Ange Bolou, responsable de l'informatique chez Coupesag

L'homme a immigré de la Côte-d'Ivoire à l'été 2023 avec sa femme et ses enfants dans l'espoir de s’établir dans la belle province. Son permis de travailleur étranger temporaire arrive toutefois à échéance en août et il ignore s'il pourra rester au pays.

Michel-Ange Boulou a fait son entrée au Québec par l’entremise d’un programme fédéral, dans l’objectif d’appliquer auprès du PEQ, un premier pas vers la résidence permanente.

Le PEQ a cependant été aboli par la Coalition avenir Québec (CAQ), qui indique désormais aux travailleurs étrangers de tenter leur chance avec le Programme de sélection des travailleurs qualifiés du Québec (PSTQ).

À cela s'ajoute la décision du gouvernement fédéral de diminuer les ratios d'employés à bas salaire à 10 % de leur effectif total, contre 20 % auparavant.

Une homme est occupé devant son ordinateur.

Michel-Ange Bolou a immigré de la Côte-d'Ivoire à l'été 2023 avec sa femme et ses enfants.

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

Une abolition critiquée

Le nouveau programme permet notamment au gouvernement du Québec de sélectionner des candidats selon des priorités ciblées, notamment les secteurs en pénurie.

Le remplacement PEQ par le PSTQ est cependant fortement critiqué par des entreprises, des établissements de santé et d'éducation du Québec, qui craignent un départ massif de travailleurs qualifiés.

C'était un programme [le PEQ] qui était prévisible. Après un certain temps, on avait la possibilité d'appliquer pour la résidence permanente, explique le responsable de l'informatique

Chez Coupesag, cinq travailleurs se retrouvent dans la même situation que Michel-Ange et envisagent l’avenir avec incertitude.

Le contrôleur financier de l'entreprise, Nicolas Pelletier, déplore les nouvelles mesures annoncées par le ministre Jean-François Roberge. Ça met la capacité manufacturière du Québec à risque. Ça prend des changements rapidement, fait-il savoir.

Un homme prend la pose devant la caméra.

Nicolas Pelletier est contrôleur financier, comptabilité et finance chez Coupesag.

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

Une crainte partagée par les soudeurs

La situation est tout aussi préoccupante pour les soudeurs étrangers.

Le Groupe Proco opère deux usines à Saint-Nazaire et à La Baie. L'entreprise produit, entre autres, des structures de pont.

En raison des nouveaux critères du PSTQ, le Groupe Proco craint de perdre 23 soudeurs d'ici avril 2027, a confié le directeur général de l’entreprise, Jean-Denis Toupin.

Jean-Denis Toupin prend la pose devant la caméra.

Le directeur général de Groupe Poco, Jean-Denis Toupin, dit avoir honte face à ses employés qui ont quitté leur pays pour venir s'établir au Québec.

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

Cul-de-sac, impasse, M. Roberge fait fausse route avec ce programme-là. Ou en tout cas, il n'est pas adapté à nos besoins en région, tranche-t-il.

Il se mobilise depuis des mois pour demander à Ottawa de ramener les seuils de travailleurs étrangers à bas salaire à 20 %. Depuis les derniers jours, il constate que le nouveau programme qui permet aux travailleurs étrangers d'accéder à un Certificat de sélection du Québec (CSQ), menant à la résidence permamnente, n'est pas adapté au métier de soudeur.

Selon Jean-Denis Toupin, les travailleurs n'arrivent même pas à déposer leur candidature dans le système qui doit faire le tri des dossiers.

Pour les soudeurs qui ne sont pas nécessairement arrivés ici avec un diplôme, mais qui arrivent avec des compétences en soudage, ils passent les examens du bureau canadien du soudage ici, explique-t-il. Ils peuvent faire des ponts, des structures, mais ça, ce n'est pas suffisant aux yeux du gouvernement pour rentrer dans le système pour obtenir le CSQ, poursuit M. Toupin.

En 2025, Proco n'a pas pu embaucher 10 candidats sélectionnés parce qu'elle avait déjà atteint son quota de travailleurs étrangers temporaires.

Tout le monde ici, moi, la direction des ressources humaines et tous les autres employeurs, on a extrêmement honte de ce que le Québec fait à nos travailleurs étrangers, déplore le directeur général.

Le chef d'entreprise craint de perdre des millions de dollars en contrats en laissant repartir ses travailleurs étrangers. Il dit avoir honte face à ses employés qui ont quitté leur pays pour venir s'établir au Québec.

Pas de clause de droits acquis

Contacté par Radio-Canada, le ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Éric Girard, a décidé de ne pas émettre de commentaire.

Son collègue, le ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Jean-François Roberge, s'engage à sélectionner des travailleurs étrangers du milieu de la santé d'ici la fin de l'année.

un ministre dans le corridor

Le ministre Jean-François Roberge est talonné de questions à la reprise des travaux à l'assemblée nationale.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Questionné à ce sujet lors de la période de questions de l'Assemblée nationale, Jean-François Roberge a affirmé que les dossiers de ces demandeurs seraient traités en priorité. Il a toutefois répété qu'il n'était pas question de leur accorder une clause de droits acquis.

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