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Après un déclin inquiétant, le décompte de saumons chinooks à la passe migratoire de Whitehorse est à la hausse cette année, se rapprochant de sa moyenne des trois dernières décennies. Des intervenants se gardent toutefois de crier victoire et espèrent assister à une tendance de rétablissement de celui qu’on appelle le « saumon roi ».
Après avoir passé plusieurs années dans le détroit de Béring, le saumon chinook, qui est le plus gros et puissant saumon du Pacifique, amorce une remontée de plus de 3000 km sur le fleuve Yukon, en passant par l’Alaska. Il entreprend ainsi l’une des plus longues migrations en eau douce du monde, en se reposant uniquement sur ses réserves, pour frayer là où il est né.
À la fin de la saison estivale, cette année, la passe migratoire de Whitehorse a recensé 944 spécimens ayant remonté le fleuve Yukon à son niveau, un nombre qui se rapproche des 1050 recensés en moyenne depuis les années 1990.
Le bilan réel de cette année se rapprocherait d’ailleurs encore davantage de la barre des 1000, car une panne d'électricité a limité la comptabilisation des poissons pendant 10 heures lors du pic de la saison, explique Liam Milford, gérant de la passe migratoire.
Autrefois abondante dans le fleuve Yukon, l’espèce a chuté à ses niveaux les plus bas jamais enregistrés ces dernières années. Entre 2019 et 2023, la passe migratoire en a enregistré seulement quelque 200 individus annuellement. Ces chiffres étaient tels qu’en 2024, le Yukon et l’Alaska se sont entendus sur un moratoire sur la pêche de ce poisson dans le fleuve Yukon pendant 7 ans, soit un cycle de vie du saumon.
Cette interdiction de pêche a sans doute contribué à une plus grande remontée des spécimens, estime Sebastian Jones, analyste de la faune à la Yukon Conservation Society. Ces chiffres sont encourageants, mais ne sont pas du tout des indicateurs qu'on est sortis du bois, souligne-t-il toutefois.
L'accord entre le Yukon et l’Alaska vise un objectif minimal de 71 000 saumons qui remontent le fleuve jusqu’à la frontière, avant même d’arriver à Whitehorse. Même si ces chiffres sont également à la hausse cette année — où 36 000 individus sont recensés contre 12 000 en 2022, 15 000 en 2023 et 24 000 en 2024 —, la cible reste lointaine.
Plus de poissons, mais plus petits
Même si davantage de saumons ont remonté le fleuve jusqu’à Whitehorse cette année, ils restent plus petits et moins robustes que lors des montées historiques, explique Sebastian Jones. Les énormes quinnats de 20 à 30 kg ont pratiquement disparu des remontées, précise-t-il.
Ces plus gros spécimens sont toutefois essentiels à la survie de l’espèce, car ils disposent de davantage de réserves pour survivre à la migration, pondent jusqu’à trois fois plus d'œufs que leurs congénères, et produisent des alevins plus grands et en meilleure santé.
Même si depuis les années 1980, certaines années, le décompte de saumons a été limité, ils ont tout de même produit de bons retours, contrairement aux dernières années.
En migrant du milieu marin vers les rivières, les saumons contribuent également au transfert de nutriments essentiels pour les écosystèmes, comme l’azote.
Le saumon kéta, l’espèce la plus abondante du Yukon, a par ailleurs également connu une remontée supérieure aux attentes cette année, avec près de 1 million d’individus ayant rejoint le fleuve depuis la mer de Béring. Leur saison de migration est toujours en cours.


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