Le 27 août 2022, un porte-avions de 65 000 tonnes quitte Portsmouth pour les États-Unis. Très peu de temps après, au large de l’île de Wight, l’accouplement qui retient l’hélice tribord se rompt. Ni tempête ni adversaire : une pièce de transmission immobilise un navire qui a coûté 3 milliards de livres.
Le coupable se trouvait à l’intérieur de la coque.
À retenir
- Un accouplement a cédé sur l’hélice tribord de 33 tonnes en août 2022
- Un désalignement d’arbre connu avant 2019 est pointé par la revue Navy Lookout
- Le navire a regagné Rosyth à 4 nœuds, escorté de remorqueurs
Sommaire
Une hélice de 33 tonnes lâchée par son accouplement
Selon la BBC, qui s’appuie sur la Royal Navy, l’hélice tribord de 33 tonnes avait connu un dysfonctionnement : l’accouplement censé la maintenir en place s’était brisé. Ces 33 tonnes représentent à peine 0,05 % du déplacement du bâtiment. Rapporté au budget, le navire revient à environ 46 000 livres la tonne. Pourtant, la défaillance d’un seul accouplement a suffi à interrompre la traversée.
Les plongeurs de la Royal Navy ont constaté des dommages importants sur l’arbre et l’hélice, et des dégâts superficiels sur le gouvernail, a indiqué le contre-amiral Steve Moorhouse. Il a parlé d’une panne extrêmement inhabituelle.
Le retour s’est fait à pas de tortue. D’après la presse britannique de l’époque, le porte-avions a regagné les eaux plus calmes de Stokes Bay à environ 4 nœuds, escorté de remorqueurs. Son départ avait déjà été retardé d’un jour par un problème technique, mais la décision avait été prise d’appareiller quand même.
Le choix de Rosyth s’explique par la taille du navire : selon la Royal Navy, c’est l’un des rares chantiers du pays capables d’accueillir un bâtiment de 65 000 tonnes, et celui où il a été construit. Le Daily Telegraph rapportait que le transit exigeait une marée assez basse pour passer sous le pont du Forth, mais assez haute pour franchir le seuil de la cale, avec un remorqueur de sauvetage en accompagnement.
Depuis octobre, le navire y est en cale sèche.
Le désalignement, un défaut connu avant 2019
La BBC s’en tient au constat mécanique, sans remonter à l’origine du mal. Selon la revue spécialisée Navy Lookout, l’accouplement a cédé sous l’effet de vibrations dues à un arbre mal aligné. Ce désalignement était connu bien avant que le porte-avions quitte le chantier pour la première fois, en 2019. L’analyse émane d’une revue, et non d’un rapport officiel publié.
Des experts avaient pourtant jugé l’écart acceptable.
Toujours selon Navy Lookout, le navire a été certifié par les inspecteurs du Lloyd’s. Il a ensuite parcouru plusieurs milliers de miles avant que la contrainte accumulée ne finisse par briser l’accouplement. À l’arrivée à Rosyth, l’arbre bâbord présentait des dégâts de désalignement similaires, avec des sections à remplacer.
Des médias britanniques ont depuis rapporté qu’une enquête du ministère de la Défense irait dans le même sens, le défaut remontant à la construction. À défaut d’avoir ce rapport sous les yeux, mieux vaut s’en tenir au conditionnel.
Ce que ce défaut dit des grands programmes navals
Tout automobiliste en connaît une version miniature. Un parallélisme légèrement faussé ne se voit pas, ne gêne pas, puis use un pneu jusqu’à la corde. Sur un arbre d’hélice, la mécanique est comparable : des vibrations au lieu de gomme usée, et une pièce de 33 tonnes au bout de la chaîne. Le remède, lui, n’a pas la même échelle : un pneu se change en une heure, tandis qu’un arbre de porte-avions réclame une cale sèche et des mois de travaux.
La responsabilité exacte, elle, reste floue.
Navy Lookout relève qu’on peut reprocher d’avoir suivi l’avis d’un seul expert alors que les arbres posaient déjà question, voire d’avoir précipité l’appareillage pour des raisons politiques. La revue admet que personne ne peut dire précisément qui porte la responsabilité. Le contexte n’aide pas : selon Maritime Executive, le bâtiment cumulait des ennuis depuis 2019, dont une petite inondation en mai 2020 et une autre panne en octobre 2020, et il n’aurait passé que 20 jours en mer sur toute l’année 2020.
La Royal Navy visait une fin des réparations de l’arbre tribord au printemps 2023, une échéance désormais dépassée de plus de trois ans. Navy Lookout précise qu’une nouvelle hélice tribord et des sections d’arbre ont été fournies par un fabricant étranger.
Sources : maritime-executive.com | naval-technology.com | ukdefencejournal.org.uk


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