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Démarrés en février 2024, les travaux de la première station de ski saoudienne devaient être achevés en 2026, soit trois ans avant les Jeux asiatiques d'hiver. Un délai large, enfin, a priori pas tant que cela...
Un projet titanesque confronté à une dure réalité
Le projet Neom, avec la station de ski Trojena, tutoie la science-fiction. Il est si ambitieux qu'il tient presque du mirage architectural et que la maxime « il faut le voir pour le croire », tient lieu de conclusion. Pourtant, sur le terrain, les travaux ont bel et bien commencé, transformant une partie des monts Madian - au nord-ouest de l'Arabie saoudite - en un chantier hors norme. Alors comment ambitionner d'accueillir 47 épreuves de sports d'hiver - dont 28 sur neige - dans une région où les températures sont rarement négatives, même à 2 500 mètres d'altitude au plus haut sommet ?
Le défi est colossal : 36 kilomètres de pistes de ski majoritairement alimentées de neige artificielle, un lac artificiel d'eau - dessalée par une usine - de 2,8 kilomètres de long, trois barrages, un observatoire du ciel, un gratte-ciel de plus de 300 mètres de hauteur, des villages enclavés dans la montagne, des habitations luxueuses...
Découvrez l'univers de Trojena, la station de ski de Neom. © Neom, YouTubeMais, à Neom, le scénario ne s'est pas déroulé comme prévu. Les retards se sont accumulés, le projet fait désormais face à des critiques environnementales virulentes émanant d'ONG internationales et de sportifs de haut niveau, tandis que la chute récente du prix du baril de pétrole - passé sous la barre des 60 dollars en raison du ralentissement de la demande mondiale - s'est répercutée sur les revenus du royaume. Autant de facteurs qui, combinés, auraient contribué à l'annulation des Jeux asiatiques d'hiver 2029.
Un désastre écologique pointé du doigt, conséquence directe du « report » ?
Alors que depuis son lancement, Neom - avec les régions qui le composent dont Trojena - est annoncé comme un projet respectueux de l'environnement avec une faune, une flore et des paysages à préserver, son chantier pharaonique et audacieux est montré du doigt par de nombreux détracteurs.
En 2022, Ahmed El Droubi, responsable des campagnes régionales chez Greenpeace, avait notamment avancé en évoquant le lac de Trojena : « Il faudra l'alimenter constamment en eau et, par conséquent, il continuera à consommer d'énormes quantités d'énergie sur le long terme. Même s'il est alimenté par des énergies renouvelables, c'est un gaspillage d'énergie. »
L’hiver aura-t-il finalement lieu à Trojena ou la station fera-t-elle face à ses limites ? © Angel Balashev, Unsplash
Plus récemment, l'étude « Impact du changement climatique sur l'enneigement à Trojena, en Arabie saoudite », menée par trois chercheurs en hydrologie et publiée sur IOPscience, explique que la production de neige artificielle permettrait d'assurer 68 jours de ski par an, là où l'Arabie saoudite assure des espaces skiables plusieurs mois de l'année. Le rapport met également en exergue « la seule solution envisageable pour éviter des pistes déneigées à Trojena lors des prochains hivers serait le recours massif aux usines à neige [...], solution qui impliquerait une plus grande consommation d'énergie et, par conséquent, une augmentation significative de l'empreinte carbone du site.
Le saviez-vous
Évoquant Trojena, Ahmed El Droubi, responsable des campagnes régionales chez Greenpeace, a dit : « Le développement et la construction excessifs consomment une quantité immense d'énergie et génèrent une quantité absurde d'émissions qui perpétuent la crise climatique »
Le Comité olympique et paralympique saoudien et le Conseil olympique d'Asie préfèrent parler d'un « report de l'édition 2029 » et annoncent une « série de compétitions de sports d'hiver indépendantes » plutôt qu'un événement d'ampleur. Ils évoquent également un temps de préparation plus important visant à rassembler davantage de sportifs tout en assurant une priorité axée sur le développement durable. Le discours se veut rassurant, sans pour autant donner de réelles raisons qui expliqueraient ce report.
Les yeux plus gros que… la faisabilité
The Line, la ville futuriste emblématique de Neom devait s'étendre sur 170 kilomètres, dont les 16 premiers devaient être achevés en 2030. Les dernières annonces évoquent l'achèvement d'un tronçon de 2,4 kilomètres à cette même échéance.
Le 25 janvier dernier, le Financial Times confirmait que Trojena faisait également l'objet d'un important réexamen et de réductions d'échelle par rapport à son ambitieux projet initial, officiellement en raison de défis économiques et de construction. Mais Trojena ne disparaît pas des ambitions de l'Arabie saoudite, elle devrait être repensée dans une version plus réaliste et à taille humaine.
Où en est le chantier de Trojena ? Par France Info. © France Info, YouTubeOutre ces Jeux asiatiques d'hiver, n'oublions pas que l’Arabie saoudite doit accueillir la Coupe du monde de football 2034 et l'Exposition universelle 2030 à Riyad. Face au report des Jeux asiatiques d'hiver, une question demeure : le royaume pourra-t-il mener à bien ses projets pharaoniques sans se heurter aux limites de la faisabilité ?


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