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Le réchauffement climatique nuit à la santé pulmonaire

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Le réchauffement climatique aggrave d’ores et déjà les maladies respiratoires et augmente les hospitalisations, détaille une étude québécoise. « On en parle souvent au futur, mais c’est déjà visible et inquiétant chez les personnes vulnérables », relève Dany Doiron, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Quatre facteurs sont en cause : la pollution de l’air, les fumées des feux, la chaleur extrême et la hausse des allergènes, poursuit le co-auteur de cette revue de littérature scientifique

La saison des feux de 2023 témoigne d’ailleurs de l’urgence, avec une forte dégradation de la qualité de l’air. Six fois plus de territoires forestiers avaient alors été incendiés par rapport à la moyenne annuelle: une perte de 15 millions d’hectares.

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Cette saison d’incendies serait d’ailleurs la source de 9600 décès au Canada — 1300 décès soudains et 5400 liés aux maladies chroniques– pour un total de 86 500 décès autour de la planète.

On se rappellera que les vents avaient porté cette pollution jusqu’à Montréal - sacrée alors comme la ville ayant la pire qualité de l’air au monde – et jusque chez nos voisins américains. 

Les feux de forêt produisent des particules fines – moins de 2,5 microns, un diamètre 25 fois plus petit qu’un cheveu – mais aussi des contaminants nocifs et irritants pour les poumons.

Au-delà des feux de forêt, les polluants liés aux changements climatiques comprennent notamment une plus forte quantité d’ozone libérée dans l’air - responsable en grande partie du smog – mais également l’augmentation de la présence d’allergènes (pollen et moisissures). 

Au Canada, la pollution atmosphérique occasionnerait près de 15 300 décès prématurés annuels et plus de 9000 nouveaux cas de bronchite chronique chez les adultes, lit-on dans l’étude.

La pollution de l’air serait de plus associée au tiers des maladies cardiovasculaires, à des maladies pulmonaires obstructives chroniques et à des cancers respiratoires. Juste au Québec, les experts estiment que ce sont près de 4000 décès prématurés annuels.

Trop chaud pour respirer

Les auteurs de la nouvelle étude soulignent que la moyenne annuelle de la température au Canada a augmenté de 2 degrés C entre 1948 et 2023, soit deux fois plus que la moyenne mondiale. Les Canadiens sont donc plus à risque de souffrir du réchauffement climatique.

« Cela provoque  un stress thermique et une bronchoconstriction –rétrécissement des bronches— et l’augmentation du nombre de troubles respiratoires chez les personnes âgées et celles souffrant de MPOC, beaucoup plus vulnérables aux chaleurs extrêmes. Mais aussi une hausse de la mortalité respiratoire et des comorbidités », détaille le chercheur.

En suivant une cohorte longitudinale de 1500 patients —la cohorte CanCOLD— à travers neuf sites de collectes de données de différents hôpitaux canadiens pendant 15 ans, les chercheurs se sont rendus compte que même une faible exposition aux polluants nuit à la fonction respiratoire.

Ceux qui présentent des troubles respiratoires comme l’asthme sont donc plus à risque. Mais aussi les enfants, les aînés et les personnes plus défavorisées.

Les aînés plus à risque

Les maladies respiratoires constituent la principale cause de morbidité et la deuxième cause de décès liés aux épisodes de chaleur extrême chez les personnes âgées, selon Santé Canada.

Un rapport de l’Association canadienne de santé publique rapportait qu’entre 2020 et 2024, les Canadiens âgés de 60 ans et plus avaient vécu une augmentation de 284 % du nombre de jours-personnes exposés à une vague de chaleur, par rapport à la période 1986-2005.

La maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) est la troisième cause de décès dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé et la première cause d’admission à l’hôpital pour les maladies chroniques. C’est une maladie qui intéresse particulièrement le Pr Doiron.

« Nous avons examiné, avec un groupe de pneumologues, les facteurs de risque autres que le tabagisme chez ces patients atteints de MPOC. Ce que l’on constate, c’est que la concentration de particules fines et les polluants atmosphériques vont en augmentant en raison de la chaleur et des feux de forêts. »

Le climat exacerbe les vulnérabilités

Les chercheurs mettent par ailleurs de l’avant les risques disproportionnés de problèmes respiratoires chez les populations économiquement défavorisées.

« Les inégalités exacerbent les vulnérabilités face à la chaleur car ces populations sont plus exposées et ont moins de moyens pour se protéger – sans climatisation ou d’endroits pour se mettre à l’abri. C’est plus difficile de suivre les avis de santé publique », relève le chercheur.

L’été, il fait plus chaud dans les quartiers défavorisés de la métropole, car il y a aussi moins d’espaces verts, avançait récemment une autre étude québécoise. L’inégale répartition, entre les quartiers,  d’aménagements urbains végétalisés a une incidence dans la capacité à se refroidir en cas de canicule.

Même si on leur conseille de réduire les activités extérieures, ces personnes doivent souvent se déplacer pour leur travail ou pour leurs autres activités – aller chercher les enfants, veiller sur des aînés, etc. Sans compter que « ce sont souvent les personnes les moins au courant de tels évènements de chaleur et de pollution, car elles n’ont pas lu les médias qui relatent ça ».

Cette revue de littérature scientifique vise particulièrement à informer les pneumologues et les professionnels en soins respiratoires et critiques. Car les cliniciens et les professionnels de la santé publique ont un rôle crucial à jouer pour protéger les populations les plus vulnérables et renforcer la résilience face au climat. 

« Ils doivent conseiller au mieux leurs patients mais aussi préparer le système de santé aux défis croissants », relève le chercheur. Peut-être par des collaborations avec les organismes communautaires œuvrant auprès de ces personnes vulnérables. 

Bref, la crise climatique remet à l’avant l’importance de la prévention et d’investir en santé publique.

Un appel à la mobilisation

Cette étude synthétise bien les effets multiplicateurs des changements climatiques sur la santé respiratoire, principalement en termes de crises d’asthme et de réactions allergiques, commente la Dre Eve Riopel, pédiatre et membre de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement.

Il n’est pas fait mention du potentiel cancérigène de la pollution atmosphérique sur les voies respiratoires, qui est majeur selon notre experte, surtout que « le risque de mortalité secondaire à un évènement cardiorespiratoire ou à un cancer pulmonaire apparaît à des niveaux d’exposition beaucoup plus bas que ce qui était autrefois considéré ».

L’impact de la pollution est plus grand que ses effets respiratoires, note-t-elle, car « les particules inhalées poursuivent leur route par la circulation sanguine et vont se loger dans les cellules des autres organes du corps».

« La santé de tous s’en trouve affectée à court terme. Plusieurs études tendent ainsi à suggérer que de s’entraîner lors de journées avec mauvaise qualité de l’air, augmente les risques d’événements respiratoires et cardiaques et annule les effets bénéfiques de l’exercice physique », ajoute la Dr  Riopel.

Elle appuie l’idée de mobiliser l’ensemble de la population autour de cet enjeu. « Au-delà des mesures de mitigation et d’adaptation, des changements de société majeurs sont nécessaires pour minimiser les effets des changements climatiques sur la qualité de l’air ».

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