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La renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain l’an prochain se précise peu à peu, révélant une liste de demandes, ou plutôt d’injonctions, de plus en plus alarmantes, de la part de l’entourage de Donald Trump. Un protectionnisme irréfrénable du président, poussé jusqu’à prétendre pouvoir dicter au Canada d’ouvrir toutes grandes les vannes de sa gestion de l’offre et de son espace culturel numérique aux Américains. Donald Trump a beau faire la moue à la suite de sa querelle avec le premier ministre ontarien, Doug Ford, c’est contre le Québec qu’il se prépare à livrer bataille.
Les priorités de son gouvernement en vue de la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) viennent d’être étayées publiquement par son représentant au Commerce, Jamieson Greer, de passage devant deux comités du Congrès. Dans la mire du président : le système canadien de la gestion de l’offre — qui « restreint injustement l’accès du marché aux produits laitiers américains », dénonce Washington —, de même que deux lois obligeant les plateformes numériques à financer la production culturelle et les nouvelles canadiennes en ligne — « une discrimination contre les entreprises américaines technologiques et médiatiques ».
Le premier ministre, Mark Carney, avait une bonne nouvelle à offrir, dans ses entrevues de fin d’année, la résiliation unilatérale de l’ACEUM n’étant plus pour l’instant sur la table de Donald Trump. Sa renégociation, en revanche, s’annonce tout aussi périlleuse qu’appréhendé.
Mark Carney se veut rassurant, en martelant que la survie de la gestion de l’offre n’est pas matière à débat. De même, en insistant sur le fait que lui seul dictera la teneur des pourparlers, nonobstant les réserves avouées de son prochain ambassadeur présumé à Washington, Mark Wiseman, qui avait taxé, dans une lettre ouverte au Globe and Mail, la gestion de l’offre de « vache sacrée » qui « protège un groupe de joueurs » au détriment de la productivité. Si ferme le premier ministre soit-il, de telles déclarations antérieures venant du propre camp canadien ne peuvent que prêter flanc aux foudres du président.
D’autant que l’apaisement privilégié jusqu’ici par Mark Carney, par la voie de reculs successifs (sur l’imposition de contre-tarifs ou d’une taxe sur les services numériques), court le risque d’avoir conforté Donald Trump. Après tout, l’accès plus direct que celui-ci réclame au marché et aux détaillants canadiens ne commande pas de modifications formelles aux piliers du système de quotas de produits laitiers. Une brèche pourrait être ainsi concédée par M. Carney tout en prétendant, comme d’autres avant lui, que la gestion de l’offre ait été préservée.
Ses non-réponses quant au sort de la Loi sur les nouvelles en ligne et la Loi sur la diffusion continue en ligne sont tout aussi contrariantes, sachant que le premier ministre n’a pas une seule fois hésité, jusqu’ici, à renier d’autres legs de son prédécesseur, Justin Trudeau. Ces deux lois ciblant les Google et Meta, de même que Disney+, Amazon Prime et Netflix, sont en outre décriées cette fois-ci de front par la Chambre de commerce américaine, des élus républicains ainsi que le club des tech bros régnant à la cour du président.
L’ex-ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, défendait certes ardemment la souveraineté culturelle canadienne, mais ses convictions environnementales tout aussi inébranlables n’ont pas empêché Mark Carney de le contredire pour autant. Son successeur, Marc Miller, et le ministre responsable des négociations canado-américaines, Dominic LeBlanc, se cloîtrent en outre comme leur patron dans un silence fort peu rassurant.
Que Donald Trump parte en guerre au nom de ces plateformes qui n’ont jamais accepté la volonté canadienne et québécoise de se prémunir contre l’américanisation de leur culture met encore plus en péril la survie de celle-ci. Et condamne au vœu pieux la Loi québécoise affirmant la souveraineté culturelle dont la portée, si significative et prometteuse fut-elle, ne s’avérera que limitée, comme on le redoute. Le Québec ne pourra franchir un tel pas sans s’engaillardir par la force du nombre à l’international.
Les pourparlers commerciaux ayant achoppé plus tôt cet automne en raison de la publicité narquoise de Doug Ford contre les tarifs douaniers de Donald Trump, l’entente sectorielle sur l’acier, l’aluminium et l’énergie, qui était alors à portée de main, est maintenant tablettée. Les négociations portent désormais sur l’ACEUM dans son entièreté.
L’impossible tâche de Mark Carney vient se complexifier exponentiellement puisque, face à un si vaste arsenal de demandes américaines, il lui faudra bien finir par en concéder certaines. Et ce, pendant que l’économie canadienne demeurera encore pour les prochains mois sous tarifs douaniers.
La délicatesse de tels pourparlers commerciaux contraint naturellement le gouvernement à la confidentialité et à la discrétion. Une circonspection inévitablement de mise, face à un imprévisible président négociant de surcroît par ultimatum et coercition. Les précédents silences et non-dits de Mark Carney suscitent cependant dorénavant une prudente méfiance.


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