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Le Festival Carrefour débute ce soir dans les rues et les théâtres de Québec. Jusqu’au 13 juin, la capitale vibrera au rythme de l’événement, qui, comme son nom l’indique, est à la croisée des arts vivants, du théâtre, du cirque et de la danse.
Le spectacle déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant… ? sera encore une fois le fer de lance du festival, qui en est à sa 26e édition. Ses interprètes se déploieront au coin des rues Marie-de-l’Incarnation et Guyart, où ils mettront en lumière les espaces inédits du quartier populaire de Saint-Sauveur.
Au théâtre Périscope de la haute ville, le public pourra assister à la lecture des Lettres non-écrites, un spectacle conçu à partir de véritables missives de citoyens rédigées avec l’aide d’un écrivain public. Le concept a été développé par l’auteur et metteur en scène français David Geselson.
« Est-ce qu’il y a une lettre que vous avez toujours voulu écrire, mais que vous n’avez pas pu ? » demande Anne-Marie Olivier en résumant la prémisse du spectacle. L’autrice et sa collègue Carolanne Foucher ont posé la question aux citoyens volontaires qui leur ont livré leurs secrets depuis octobre dernier.
« Les gens viennent nous voir, on les écoute pendant 35 minutes, puis on écrit la lettre qui est imprimée sur du beau papier. Ensuite, on [la] leur donne. À partir de là, ils peuvent partir avec la lettre et on n’en entend plus parler. Mais s’ils sont d’accord, la lettre peut être lue de façon anonyme dans le spectacle. »
Cette libération de la parole a des effets thérapeutiques, comme l’a constaté l’autrice. « Je me sens privilégiée de recevoir les gens et de mettre mon expérience au service de la rédaction de ces lettres avec laquelle ils repartent plus légers que lorsqu’ils sont arrivés. Ce sont des choses qui sont restées secrètes pendant des années. »
L’amour est l’un des thèmes récurrents de ces lettres. « Il y a aussi le terreau de l’enfance, précise Anne-Marie Olivier. Il y a des choses nouées qui n’ont jamais été exprimées, c’est cathartique… La boîte de Kleenex est essentielle dans le processus d’écriture. »
Service essentiel
Les lettres rédigées à Québec s’ajoutent au corpus réuni par David Geselson lors de ses tournées en Europe, en Asie et en Amérique du Sud. Seule une partie d’entre elles seront lues pendant les trois représentations du spectacle qui se déroulera du 2 au 4 juin. Les textes seront accompagnés en musique par la violoncelliste Marie-Loup Cottinet.
Les citoyens qui se sont livrés à l’exercice jusqu’à présent n’ont pas de profil particulier. « Il y a toutes sortes de monde, c’est vraiment beau de voir ça », lance Anne-Marie Olivier. La majorité accepte que leur missive soit lue sur scène. « Il faut leur préciser que c’est possible que leur lettre ne soit pas lue. Ça ne m’appartient pas, c’est David [Geselson] qui décide. »
Les participants sont généralement étonnés d’apprendre que leur histoire pourrait intéresser le public d’un festival. « Je leur dis qu’il y a peut-être des gens qui ont traversé des parcours semblables, que ça va leur faire du bien. Les lettres parlent de l’extraordinaire difficulté d’être en vie, mais aussi de notre extraordinaire résilience. »
Ce service d’écrivain public sera offert jusqu’à la présentation du spectacle. Pour Anne-Marie Olivier, il mériterait d’être prolongé en plus d’être étendu aux classes défavorisées.
« C’est un service essentiel qui pourrait être annoncé sur des babillards dans des lieux publics. Je serais ouverte à ça parce qu’on en ressort vraiment plus riche en humanité et en expérience. Il y a beaucoup d’histoires qui attendent d’être racontées, et il y a quelque chose de salvateur, de purgatif, quand on sort les choses qui nous ont blessés. »


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