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Les éditions Somme toute/Le Devoir publient ces jours-ci De Biden à Trump. De l’obstination à la destruction, un ouvrage collectif signé par onze auteurs du groupe En retrait, formé de plusieurs journalistes retraités de grands médias. Cet ouvrage raconte la fin de la présidence de Joe Biden et les débuts de celle de Donald Trump. Extrait d’un des textes publiés en janvier 2025 sur le site En retrait, dans la foulée du prononcé de la sentence de Trump dans l’affaire de paiements cachés à Stormy Daniels.
Le 10 janvier 2025 au matin, le juge Juan Merchan, soit le magistrat qui a présidé le procès intenté à Donald Trump par le parquet de Manhattan pour fraude électorale impliquant notamment une actrice porno, a rendu sa sentence. Sa conclusion ? Trump est un criminel. Une sentence assortie d’une bizarrerie, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque le criminel va jouir d’une « libération inconditionnelle » (« an unconditional discharge »).
Toujours est-il que, le 20 janvier prochain, Trump va s’installer à la Maison-Blanche avec le titre de premier président dans l’histoire des États-Unis qualifié de criminel par la justice d’un État, celui de New York. Pour le restant de ses jours, son pedigree de citoyen inclura donc un casier judiciaire.
Dans ce dossier, le premier épisode du feuilleton intitulé « Pathétique » se déroulera donc le 20 janvier sur le parvis du Congrès lorsque Trump, la main sur la Bible, prêtera serment en jurant qu’il respectera et protégera la Constitution d’un pays fondé sur l’état de… droit ! Cela étant, si le juge Merchan a accordé la libération inconditionnelle pour un acte commis en dehors de sa charge présidentielle, il faut lui reconnaître un certain courage. En effet, après la victoire de Trump en novembre dernier, la plupart des experts en sujets politico-juridiques pariaient que Merchan attendrait la fin du mandat qui s’amorce dans une huitaine pour prononcer sa sentence.
Lorsqu’il a annoncé dans la semaine du 1er janvier qu’il communiquerait son avis le 10 janvier, Merchan a créé la surprise, qui s’est traduite immédiatement par une cavalcade juridique menée par les avocats de Trump. Ces derniers demandaient à la Cour d’appel que la sentence soit remise aux calendes grecques, soit après janvier 2029, soit au terme du mandat.
Mais voilà, il se trouve que ce juge est réputé pour sacraliser encore et toujours les décisions des jurys. Il est d’ailleurs notable que, dans son argumentation, ce magistrat souligne à l’intention de Trump que sa décision n’est pas la sienne, mais bien celle de 12 personnes l’ayant jugé à l’unanimité coupable de 34 crimes. Et de…
Et de rappeler dans la foulée à l’intention (bis) du futur gardien du pouvoir judiciaire que cette culture, celle qui commande la formation de jurys, est le fondement de la justice du pays. Et de rappeler (bis) que le fait qu’il va être président et donc jouir de l’immunité inhérente à cette fonction n’a jamais signifié que celle-ci peut être rétroactive, comme ont osé l’avancer ses avocats.
Dans cette dissertation, Merchan s’attarde également sur l’attitude que Trump cultive à l’endroit des acteurs de l’appareil judiciaire pour mieux qualifier celle-ci de dédain pour le troisième pouvoir. En rappelant que le 45e président a multiplié les injures adressées aux juges et aux procureurs, Merchan évoque sans les décliner les méfaits juridiques signés Trump et qui contredisent notamment une de ses pitoyables prétentions. Laquelle ? « Suis un bon caractère. »
Les méfaits en question, faut-il le rappeler, sont nombreux.
Chronologiquement, il a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur la personne d’E. Jean Carroll, coupable de magouilles comptables et donc soumis à une interdiction de poursuivre des affaires dans l’État de New York, le tout assorti d’une amende de 450 millions de dollars. Quoi d’autre ? Son entreprise Trump Organization a été reconnue coupable de 17 fraudes à l’impôt et d’autres crimes. À cet inventaire, il faut ajouter ceci : il a nommé à des postes clés des personnes dont il savait qu’elles étaient considérées comme probablement coupables d’agressions sexuelles et d’autres crimes. On pense évidemment à Matt Gaetz, à Pete Hegseth et à Robert Kennedy Jr.
Dans cette histoire, un fait aussi majeur que déprimant doit être souligné. Alors qu’on enterrait Jimmy Carter, l’incarnation d’une certaine éthique présidentielle, aucun de ses successeurs n’a formulé ce qui aurait dû l’être : Trump est un escroc à tous égards. Aussi bien moral que financier. Leur attitude aux Obama, Bush, Clinton et consorts résume l’accouplement du réflexe corporatiste avec la lâcheté.


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