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Le plus grand legs de Pierre Bruneau

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Quatre ans après sa retraite, l’ancien chef d’antenne de TVA Pierre Bruneau dit encore mesurer l’impact qu’il a eu sur plusieurs générations de téléspectateurs. Mais sa plus grande réalisation, selon lui, reste la lutte contre les cancers pédiatriques, amorcée après la mort de son fils.

Rencontré au Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer, en Gaspésie, où il animait notamment une discussion sur la place de la spiritualité au Québec, Pierre Bruneau replonge dans les derniers jours de son garçon, emporté par une leucémie en 1988.

« La veille de son décès, il m’a dit qu’il voulait avoir ses funérailles dans une église en face du fleuve, car le fleuve, c’est la vie. Il avait 12 ans », raconte l’homme de 73 ans au Devoir, le regard tourné vers la baie des Chaleurs.

Depuis sa retraite, il se consacre à plein temps à la Fondation Charles-Bruneau, créée en 1990 en hommage à son garçon. Elle compte maintenant quatre centres en milieu hospitalier au Québec pour traiter les enfants atteints de cancer. « On a aussi réussi à former une communauté de chercheurs. J’ai eu une carrière exceptionnelle, mais le legs de ma vie, c’est la Fondation », affirme-t-il.

Le médecin de son fils a d’ailleurs été, confie-t-il, un véritable modèle de compassion pour lui. Cette sensibilité a ensuite teinté la façon de M. Bruneau de couvrir les tragédies, comme la tuerie de l’École Polytechnique, à Montréal, où 14 femmes ont été assassinées en 1989.

« Je voyais la douleur sur le visage des parents, et moi, j’avais vécu cette douleur-là un an plus tôt, quand j’avais perdu mon fils. Ça a défini le Pierre Bruneau que je suis devenu pour le restant de ma vie », estime-t-il, en évoquant le moment le plus marquant de sa carrière.

À travers les générations et les régions

Toujours aussi volubile, M. Bruneau revient sur ses 46 années en poste à TVA. « Tout le monde a entendu ma voix. Je suis passé à travers les générations », constate-t-il, avec le ton calme qui le caractérise.

Au festival de journalisme, il dit retrouver des traces de son parcours dans la relève. « Hier, un jeune de 14 ans présentait un atelier. Je me reconnaissais en lui quand j’avais son âge », confie-t-il, en esquissant un sourire.

Le public lui témoigne par ailleurs toujours son attachement. Durant l’entrevue, au bord de l’eau, plusieurs passants s’arrêtent pour le saluer. « Vous passez du bon temps ici ? », lui lance une dame avant de poursuivre son chemin. L’ancien chef d’antenne se tourne alors vers Le Devoir pour souligner à quel point « les gens sont sympathiques ».

Plus tard, lors d’une conférence à l’église de Carleton-sur-Mer devant des festivaliers conquis, il rappelle avoir souhaité tout au long de sa carrière demeurer ancré aux régions.

« Je viens du Centre-du-Québec, de Victoriaville. Je disais toujours : “Je ne viens pas d’Outremont [à Montréal], je viens d’outre-pont” », a-t-il lancé, provoquant les rires du public.

Sans vouloir « jouer à la belle-mère », il a raconté avoir déjà exprimé certaines réserves à ses patrons sur la place grandissante de l’opinion dans les médias, au détriment de la couverture des régions.

« Je leur disais : “Chaque fois qu’on ajoute de l’opinion, on enlève du reportage.” Le reportage, il vient d’où ? Il vient des régions. Et on a cette responsabilité-là de parler des régions du Québec », a-t-il plaidé, sous les applaudissements.

Inquiétudes pour l’avenir des médias

Durant sa conférence, Pierre Bruneau a également fait part de ses inquiétudes quant à l’avenir des médias, alors que plusieurs font face à des compressions.

Il a plutôt exhorté le gouvernement québécois à contribuer à la recherche de solutions qui permettront « à tous les médias de survivre équitablement ».

« C’est nécessaire pour que le public soit informé correctement », a-t-il ajouté.

Aux étudiants en journalisme présents dans la salle, l’ex-chef d’antenne a par ailleurs lancé un message : « Ne faites pas qu’espérer. Ayez l’audace d’atteindre vos objectifs et vos rêves. »

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