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Le pipeline de sables bitumineux promis par Mark Carney sera construit

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Le Canada confirme qu’il entend demeurer une puissance des énergies fossiles pour les prochaines décennies. Le premier ministre Mark Carney a annoncé jeudi que le gouvernement fédéral investira probablement des milliards de dollars de fonds publics pour construire un nouveau pipeline vers la côte ouest qui permettra à l’industrie d’exporter au moins 365 millions de barils de pétrole des sables bitumineux chaque année.

Dans le cadre d’une annonce à Calgary avec la première ministre albertaine Danielle Smith, le premier ministre Mark Carney a présenté cette nouvelle infrastructure conçue pour faciliter l’expansion de l’industrie pétrolière comme une stratégie de « développement durable » de croissance de l’exploitation des « ressources naturelles de classe mondiale » que sont les dizaines de milliards de barils de pétrole des sables bitumineux. Les revenus promis serviront à « bâtir un avenir propre et prospère », a-t-il souligné.

Après avoir injecté près de 35 milliards de dollars de fonds publics dans l’expansion du pipeline Trans Mountain, lui aussi vers la côte ouest, tout indique qu’Ottawa entend de nouveau utiliser des milliards de dollars fonds publics pour financer ce nouveau pipeline, qui doit emprunter en bonne partie le même couloir vers un port en eaux profondes. Ce signifie que le trafic maritime de pétroliers augmentera dans les eaux du sud de la Colombie-Britannique.

Aucun montant n’a été précisé jeudi pour ce projet, mais le gouvernement dirigé par Mark Carney, ancien envoyé spécial des Nations unies pour le financement de l’action climatique, paiera une part importante de la facture. Le fédéral et l’Alberta pourraient assumer jusqu’à 90 % des coûts. Le premier ministre n’y voit toutefois pas « une dépense », mais plutôt « un investissement ».

« Projet d’intérêt national »

« Un nouvel oléoduc sur la côte ouest garantira que les réserves pétrolières de l’Alberta pourront apporter une plus grande prospérité aux Canadiens grâce à l’augmentation des revenus gouvernementaux, à des emplois bien rémunérés et à l’attraction des investissements internationaux », peut-on lire dans le communiqué détaillant l’annonce, qui se tenait alors que des régions du pays sont frappées par des événements climatiques extrêmes.

Contrairement à l’expansion du pipeline Trans Mountain, un projet racheté en 2018 par Ottawa de la pétrolière américaine Kinder Morgan, un promoteur privé participera au financement du projet. Pembina Pipeline Corporation paiera 10 % des coûts de « construction ».

Avant même d’avoir évalué les risques environnementaux, les impacts climatiques et les coûts totaux de ce nouveau pipeline, le fédéral promet que la construction débutera dès septembre 2027. Ce « projet d’intérêt national » sera donc soumis directement au Bureau des grands projets afin d’accélérer son autorisation. L’ex-p.-d.g. de Trans Mountain, Dawn Farrell, dirige le Bureau des grands projets.

L’objectif sera de transporter au moins un million de barils de pétrole par jour, soit plus de 365 millions de barils par année.

Même si la détérioration de la relation commerciale entre le Canada et les États-Unis est invoquée par des membres du gouvernement Carney pour justifier la construction d’un nouveau pipeline au Canada, ce sont des intérêts américains qui profiteront le plus du projet, montrent les données sur l’industrie.

Émissions de GES en hausse

L’industrie des énergies fossiles représente par ailleurs un poids lourd du bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui alimentent la crise climatique mondiale. En 2024, ce seul « secteur économique » a représenté plus de 30 % de toutes les émissions du pays, devançant le secteur des transports (22 %), lui-même alimenté essentiellement par des énergies fossiles.

L’exploitation pétrolière et gazière a produit un total de 207 Mt de GES en 2024, selon les données officielles. Ce bilan représente globalement une hausse par rapport aux deux années précédentes, soit 2022 (204 Mt) et 2023 (206 Mt). Le bilan fédéral fait aussi le point sur la trajectoire des émissions de GES entre 1990 et 2024. On constate ainsi que le bilan des GES du secteur pétrolier et gazier a augmenté de 76 % entre 1990 et 2024. Au cours de cette période, les émissions de GES provenant de l’exploitation des sables bitumineux ont augmenté de 529 %.

Depuis son élection, le premier ministre Mark Carney a mis de côté différentes mesures destinées à réduire les émissions de GES, notamment des politiques visant les émissions du secteur pétrolier et gazier, dont leur plafonnement, la pollution du secteur des transports et la tarification du carbone. Le gouvernement fédéral mise aussi sur une hausse de la production et des exportations d’énergies fossiles au cours des prochaines années, notamment de la part de l’industrie des sables bitumineux et des entreprises qui exploitent du gaz par fracturation.

Le premier ministre répète que le pétrole albertain « sera parmi ceux générant les plus faibles émissions dans le monde », et ce, même si les scientifiques ont déjà mis en lumière ses répercussions climatiques très néfastes.

M. Carney estime toutefois pouvoir faire mentir les pronostics découlant de décennies de travaux scientifiques en s’appuyant sur un projet potentiel, à venir d’ici 2040, de capture et de stockage de carbone développé par l’industrie des sables bitumineux. Dans le meilleur des cas, et grâce au soutien financier gouvernemental, il est question de capter moins de 15 % des émissions de gaz à effet de serre de la production actuelle.

L’utilisation des énergies fossiles exportées par le Canada a généré plus de 10 milliards de tonnes de gaz à effet de serre depuis 2012, révèlent des données du ministère fédéral de l’Environnement. Les émissions produites chaque année par la combustion de ces ressources dépassent le bilan national canadien.

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