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FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que l’élection présidentielle de 2027 approche à grands pas, le débat politique français demeure totalement déconnecté des défis réels auquel notre pays fait face sur la scène internationale, estime Arié Bensemhoun, directeur d’ELNET France.
Arié Bensemhoun est le directeur général d’ELNET France (European Leadership Network) depuis 2011. Il a mené sa carrière dans le secteur privé en tant que conseil en communication stratégique, en affaires publiques et en relations internationales.
À un an de l’élection présidentielle de 2027, le débat public français s’illustre par une déconnexion tragique face aux grandes fractures stratégiques qui redessinent le monde. Alors qu’une guerre de haute intensité fait rage sur le sol européen, que le Moyen-Orient s’embrase, et que l’Internationale des tyrannies – cet arc hétéroclite, unissant l’hégémonisme implacable de Pékin, l’irrédentisme sanglant de Moscou, le fanatisme apocalyptique de Téhéran et la paranoïa militarisée de Pyongyang – se renforce et tisse sa toile sur tous les continents, notre pays semble paralysé.
Nous nous sommes collectivement – par paresse, par lâcheté, ou les deux – habitués à traiter les symptômes en refusant obstinément de regarder nos maux à la racine. Les débats politiques ne cessent d’esquiver la question de la pérennité de la nation pour se focaliser sur les seules manifestations intérieures de notre faiblesse : le prix de l’essence, l’inflation étouffante, les pénuries qui menacent notre quotidien. Nos dirigeants, devenus de simples gestionnaires du déclin, n’ont plus le courage d’expliquer au peuple souverain que ces tourments économiques trouvent d’abord leur source dans notre abdication géopolitique. Si notre portefeuille se vide, c’est parce que des acteurs hostiles prennent en otage nos voies maritimes, nos chaînes d’approvisionnement et nos intérêts stratégiques. L’inflation n’est bien souvent que la traduction monétaire de nos petites capitulations et de notre dépendance assumée envers ceux qui nous méprisent et ambitionnent notre perte.
Face à l’ébranlement du monde, le paysage politique français étale au grand jour l’étendue de sa déculturation géopolitique et stratégique. Les prétendants au pouvoir ne se comportent plus en stratèges, ni en protecteurs de la Nation, mais en simples entrepreneurs électoraux, aveuglés et manipulés par leurs propres biais idéologiques. Chacun s’enferme dans un dogme, fuyant les responsabilités de la puissance.
En 2027, la France devra faire un choix souverain entre la résignation et l’audace, entre le déclassement assumé et le retour à la puissance.
Sur la guerre au Moyen-Orient, l’extrême gauche s’enferme dans un anti-américano-israélisme pavlovien qui va jusqu’à invisibiliser la nature totalitaire et sanguinaire du régime de Téhéran. Socialistes et écologistes se complaisent dans un angélisme pénal, s’imaginant pouvoir endiguer et neutraliser une puissance balistique aux desseins génocidaires par les simples rouages lents et impuissants de la justice internationale. Le bloc gouvernemental, lui, souffre d’un profond syndrome de l’esquive. Plutôt que d’assumer la rudesse d’un conflit civilisationnel, il réduit les crises à de misérables équations comptables et multiplie les appels incantatoires et déconnectés à la «désescalade», refusant de voir que cette mollesse nourrit les tyrannies. Quant à la droite nationale, elle affiche une intransigeance de façade envers la République islamique d’Iran qui peine à masquer ses accointances historiques avec d’autres puissances révisionnistes anti-occidentales alliées des mollahs.
Ce naufrage intellectuel de l’ensemble de la classe politique participe avec une constance funeste au processus de désarmement psychologique de la France. Pourtant, cette atonie est moins une défaillance d’hommes et de femmes que la conséquence d’une anomalie institutionnelle devenue mortifère. La sanctuarisation de la diplomatie et de la défense au sein du sacro-saint «domaine réservé» du chef de l’État a fini par atrophier notre démocratie. Forgée sous l’égide du général de Gaulle et figée lors des cohabitations, cette pratique coutumière a octroyé au président de la République une prééminence quasi absolue, tenant systématiquement à l’écart la représentation nationale des décisions élyséennes.
Cette hypercentralisation a accouché de l’irresponsabilité institutionnelle de notre classe politique. Privée de véritable contre-pouvoir sur l’action diplomatique et la stratégie militaire, elle se détourne de la complexité du monde et refuse de former ses cadres à la géopolitique, livrant ainsi aux électeurs des programmes d’une vacuité affligeante. Mais surtout, ce système coupe la nation de la violence inhérente du monde. Sans jamais être sérieusement associés à la définition de l’emploi de nos forces, les citoyens français subissent cette politique étrangère plus qu’ils ne la soutiennent, ou même la comprennent. Faute de pédagogie étatique sur l’exercice de la force légitime, une part grandissante de notre opinion publique reste vulnérable à la propagande faussement pacifiste. Elle devient incapable de concevoir que l’usage de la force, loin d’être un échec, est parfois l’unique rempart pour prévenir un chaos infiniment plus grand. Il est aujourd’hui vital de parlementariser la définition de notre grande stratégie et d’en finir avec ce mythe anesthésiant du «domaine réservé», seule manière de forcer enfin nos élus à regarder la ligne d’horizon.
Mais plus encore, c’est l’âme même de la diplomatie française qui doit être refondée, et avec elle, notre incapacité viscérale à concevoir et à assumer l’usage de la force. Narcotisés par la chimère des dividendes de la paix, par l’illusion d’une pacification par le doux commerce et les traités onusiens, nous avons oublié la leçon implacable, offerte par la Russie de Vladimir Poutine en 2022, que l’interdépendance économique ne désarme jamais les impérialismes. Les théocraties messianiques et les empires revanchards ne voient dans nos hésitations pacifistes que l’aveu de notre faiblesse morale et de notre décadence civilisationnelle.
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La réalité, aussi âpre soit-elle, est que le totalitarisme ne recule que lorsqu’il heurte l’acier des armes et la détermination de dirigeants courageux. L’outil militaire coercitif reste, dans les heures sombres, l’ultime argument pour faire respecter le droit et la dignité humaine. Il est impératif pour la survie de la France et de l’Europe de réhabiliter, sans complexe ni fausse pudeur, le recours à la force juste. Disposer d’une armée de pointe et de l’assurance-vie ultime qu’est le parapluie nucléaire ne sert strictement à rien si la peur panique des critiques médiatiques, ou le culte irrationnel d’organisations internationales sclérosées, nous interdisent d’en brandir la menace et d’en assumer l’usage.
En 2027, la France devra faire un choix souverain entre la résignation et l’audace, entre le déclassement assumé et le retour à la puissance. La nation ne peut espérer survivre dans les marges de l’Histoire en se contentant de déplorer les malheurs d’un monde qu’elle n’essaie plus de façonner. Notre sursaut n’adviendra que si s’opère en nous une révolution doctrinale implacable. Nous disposons d’atouts stratégiques que bien peu de nations sur cette terre possèdent : notre dissuasion nucléaire autonome, notre diplomatie pluriséculaire, notre armée de métier d’élite, notre siège de membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Mais ces instruments de grandeur sont vains s’ils dorment dans l’écrin de notre frilosité ; ils se déprécient à chaque crise où ils ne sont pas engagés.
Il est temps d’embrasser ce réalisme éthique, seule boussole capable de nous préparer à la guerre mondialisée qui se dessine chaque année davantage entre le bloc démocratique et le bloc des tyrannies. Ce sursaut existentiel imposera une mobilisation massive de nos ressources pour rebâtir la masse critique indispensable à nos armées, et une refonte complète de notre logiciel de pensée. À l’aube de 2027, il appartiendra au peuple souverain d’exiger de ceux qui aspirent à le conduire qu’ils cessent d’être les spectateurs navrés de notre déclin, pour redevenir les architectes résolus de notre destin.


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