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Le Pentagone admet une pénurie de munitions, Téhéran refuse de négocier et les Houthis avancent à Bab el-Mandeb

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Entre missiles consommés, pétrole cher et détroits sous tension, la victoire américaine ressemble de moins en moins à une victoire. Entre missiles consommés, pétrole cher et détroits sous tension, la victoire américaine ressemble de moins en moins à une victoire.

Le constat vient désormais du Pentagone lui-même. Dans son rapport officiel consacré à l’opération Epic Fury, publié le 14 septembre, l’Inspecteur général reconnaît que la consommation de munitions pendant la guerre contre l’Iran a entamé les stocks stratégiques américains et révélé des difficultés industrielles pour remplacer suffisamment vite ce qui a été tiré.

Le problème n’arrive pourtant pas sans avertissement. Dès le début du mois de mars, Le Média en 4-4-2 rapportait déjà les inquiétudes du Pentagone concernant l’épuisement des stocks antimissiles américains. Quelques jours plus tard, l’ancien conseiller du Pentagone Douglas MacGregor prévenait lui aussi que les États-Unis risquaient de manquer de missiles si la guerre se prolongeait. Six mois après, ce qui ressemblait alors à une mise en garde figure désormais noir sur blanc dans un rapport officiel.

La victoire annoncée par Trump paraît désormais beaucoup moins évidente

Donald Trump avait pourtant multiplié les déclarations triomphales. Dès les premières semaines, il présentait l’Iran comme presque vaincu et promettait même de « ramener l’Iran à l’âge de pierre ». Le président américain assurait que le plus difficile était fait et que la suite du conflit serait beaucoup plus simple.

La guerre a suivi une autre trajectoire. L’Iran n’a pas capitulé, son appareil politique ne s’est pas effondré et les frappes se sont poursuivies pendant des mois. L’évolution militaire et politique du conflit avait déjà conduit plusieurs observateurs à parler d’un échec stratégique américain, alors même que Washington continuait d’afficher publiquement sa confiance.

Reconnaître aujourd’hui une pénurie ne signifie évidemment pas que l’armée américaine n’a plus de missiles ou de bombes. Le problème est plus précis : certaines catégories de munitions ont été consommées à un rythme suffisamment élevé pour réduire les réserves prévues pour une guerre longue ou pour d’autres théâtres d’opérations. Et fabriquer des systèmes sophistiqués ne se règle pas avec une nouvelle commande livrée la semaine suivante.



Bab el-Mandeb devient l’autre verrou de la guerre

À la difficulté militaire américaine s’ajoute désormais celle des routes maritimes. À l’est, le détroit d’Ormuz reste fortement perturbé. À l’ouest, les Houthis ont progressé vers Bab el-Mandeb, le passage qui relie le golfe d’Aden à la mer Rouge puis au canal de Suez.

Ces derniers jours, ils ont notamment pris l’île de Périm, située en plein milieu du détroit. Le Média en 4-4-2 détaillait le 12 septembre cette progression des Houthis et ses conséquences sur les exportations pétrolières. Des patrouilles navales ont également été signalées dans cette zone particulièrement sensible.

Il faut néanmoins être précis : les Houthis n’ont pas annoncé une fermeture complète de Bab el-Mandeb et contrôler Périm ne signifie pas contrôler automatiquement chaque navire qui traverse le détroit. Mais leur implantation donne à leurs forces un levier supplémentaire au moment où le rôle stratégique de Bab el-Mandeb était déjà identifié comme l’un des risques majeurs de l’entrée des Houthis dans le conflit.



Une guerre déclenchée avec Israël qui coûte désormais cher aux États-Unis

Le conflit actuel commence le 28 février avec les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. Israël a joué un rôle central dans la préparation et la logique de l’offensive, mais cela n’efface pas la responsabilité de Washington : les États-Unis ont choisi d’y participer directement dès le premier jour.

Donald Trump, qui s’était longtemps présenté comme le président capable d’éviter les « guerres éternelles », s’est donc engagé dans un affrontement régional aux côtés du gouvernement de Benjamin Netanyahou. Dès le 1er mars, nous revenions sur cette contradiction entre la promesse de paix de Trump et son engagement militaire contre l’Iran.

Quelques mois plus tard, le calcul est moins flatteur. Les États-Unis ont consommé des quantités considérables de munitions, l’Iran n’a pas été renversé, Ormuz reste sous tension et la progression des Houthis complique désormais la situation à l’autre extrémité de la péninsule Arabique.

Le pétrole rappelle aux Américains que cette guerre n’est pas si lointaine

Les conséquences ne restent pas enfermées dans les communiqués du Pentagone. La tension sur les passages maritimes et les infrastructures pétrolières a fait repasser le Brent au-dessus des 100 dollars le baril, avec une nouvelle poussée autour de 108 dollars ce mardi.

Pour l’Américain qui ne suit ni la carte du Yémen ni les mouvements de missiles iraniens, la guerre finit donc par apparaître à un endroit beaucoup plus familier : la station-service. Le soutien à l’intervention était d’ailleurs déjà fragile au début du conflit. Un sondage publié au début du mois de mars montrait que seuls 27 % des Américains interrogés soutenaient alors l’usage de la force militaire contre l’Iran.

La guerre devait éloigner une menace du territoire américain. Elle revient aujourd’hui sous la forme d’une facture militaire, de stocks qu’il faut reconstituer et d’un pétrole beaucoup plus cher.

L’Iran ne veut plus croire les propositions de Washington

Donald Trump se dit désormais ouvert à une reprise des discussions. La réponse iranienne a été immédiate. Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a écarté mardi toute négociation tant que les exigences de Téhéran ne seront pas satisfaites.

« Ne vous laissez pas distraire par les signaux contradictoires du président américain, qui alterne entre “pas de négociations” et “nous sommes prêts à discuter” », a-t-il écrit, avant de conclure : « Aucune discussion tant que les conditions de l’Iran ne seront pas remplies. Point final ! »

Cette défiance ne sort pas de nulle part. Les Iraniens reprochent aux États-Unis d’avoir utilisé à plusieurs reprises les périodes de discussions pour préparer ou reprendre les opérations militaires. Jacques Baud revenait dès mars sur l’utilisation des négociations comme couverture précédant les frappes américano-israéliennes.

La séquence de juin et juillet n’a certainement pas amélioré la confiance. Trump avait d’abord annoncé un accord avec l’Iran et la perspective d’une réouverture d’Ormuz. Quelques semaines plus tard, les États-Unis frappaient de nouveau le territoire iranien. À Téhéran, l’idée de reprendre simplement les discussions sur la foi d’une nouvelle promesse américaine est donc devenue particulièrement difficile à vendre.



Décapiter le pouvoir iranien n’a pas suffi

Washington et Israël avaient également parié sur la destruction rapide de la chaîne de commandement iranienne. Des dirigeants politiques et militaires de premier plan ont été tués, dont Ali Khamenei. Mais l’État iranien ne s’est pas effondré avec eux.

Les postes vacants ont été remplacés, les Gardiens de la révolution ont continué leurs opérations et Téhéran a conservé suffisamment de capacités militaires pour poursuivre la confrontation. Caroline Galactéros estimait même en juin que la guerre menée par Israël et les États-Unis avait finalement renforcé la position régionale de l’Iran.

C’est probablement l’un des problèmes les plus difficiles pour Washington. Les États-Unis disposent d’une puissance militaire très supérieure à celle de l’Iran. Mais détruire davantage de sites ou éliminer davantage de responsables ne produit pas automatiquement le résultat politique recherché.

Six mois après le début de l’offensive, le pouvoir iranien est toujours en place. Les Houthis progressent autour de Bab el-Mandeb. Ormuz reste sous tension. Téhéran refuse de revenir à la table des négociations aux conditions américaines. Et le Pentagone reconnaît désormais que ses propres réserves de munitions ont souffert.

La question n’est donc plus de savoir si les États-Unis peuvent infliger des dégâts à l’Iran : ils l’ont largement démontré. La question est de savoir combien de temps Washington peut poursuivre une guerre qui consomme ses stocks, fait grimper le pétrole et n’a toujours pas obtenu la capitulation promise. Pour une victoire annoncée depuis des mois, l’addition commence à devenir particulièrement longue.

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