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Tribune
Hector Sharp
Conseiller juridique au sein de Legal Action Worldwide
Lily Sparks
Experte en plaidoyer humanitaire à Action contre la faim
En 2006, en pleine guerre civile sri-lankaise, 17 travailleurs d’Action contre la faim étaient exécutés à bout portant, alors qu’ils fournissaient de l’eau potable à des populations. Depuis, l’action humanitaire s’en est trouvé bouleversée, analysent deux conseillers juridiques qui, dans une tribune au « Monde », enjoignent aux Etats de protéger une profession très dangereuse.
Publié aujourd’hui à 12h30 Temps de Lecture 4 min.
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Les humanitaires sont présents quand les crises frappent : lorsqu’une catastrophe naturelle survient, qu’une guerre éclate, que la faim se propage. Ils constituent une bouée de sauvetage pour des communautés dont la vie a été bouleversée, les aidant à reconstruire leurs logements et à retrouver des moyens de subsistance… Mais que se passe-t-il lorsque ceux qui viennent en aide aux autres deviennent eux-mêmes des cibles ?
Il y a vingt ans, le 4 août 2006, 17 humanitaires d’Action contre la faim à Muttur, au Sri Lanka, ont été exécutés d’une balle dans la tête, à bout portant, dans les locaux de l’organisation. Ils étaient présents pour fournir de l’eau potable. Ce qui est devenu le « massacre de Muttur » a provoqué une onde de choc dans l’ensemble de la communauté humanitaire mondiale.
Dans les jours qui ont suivi l’attaque, Action contre la faim a été submergée de messages de condoléances de la part de dirigeants d’organisations non gouvernementales (ONG), de responsables des Nations unies et de diplomates. Tous ont considéré qu’il s’agissait d’une attaque contre l’humanité elle-même. Beaucoup ont exprimé leur indignation, d’autres leur inquiétude : comment les humanitaires pouvaient-ils continuer à œuvrer dans les régions les plus dangereuses du monde, en sachant qu’ils pouvaient être visés à tout moment ?
Le massacre de Muttur est devenu le symbole de l’effondrement de la protection humanitaire au Sri Lanka, et un tournant majeur pour la sécurité des humanitaires et l’accès de ceux-ci aux personnes dans le besoin. En septembre 2007, le Conseil norvégien pour les réfugiés publiait un rapport dans lequel il constatait que les marges de manœuvre de ces travailleurs au Sri Lanka s’étaient progressivement resserrées depuis 2006, et qu’« [ils] étaient de plus en plus souvent pris pour cible dans [le] conflit brutal [entre le gouvernement et les séparatistes tamouls] ».
Echec judiciaire retentissant
A mesure que les organisations humanitaires ont quitté la région, l’accès aux populations s’est réduit, les restrictions de déplacement se sont intensifiées, et les organisations ont diminué leurs activités en raison de l’insécurité. Les communautés déjà touchées par le conflit et les déplacements forcés ont rencontré de plus en plus de difficultés pour accéder à l’aide et aux services essentiels. Le bouleversement de l’action humanitaire a contribué à une aggravation de la malnutrition, à l’absence de prise en charge de nombreuses pathologies, à la propagation de maladies hydriques et à une vulnérabilité accrue des populations civiles.
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