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Article rédigé par Raphaël Godet - envoyé spécial à Ofakim (Israël)
France Télévisions
Publié le 26/10/2026 05:47
Temps de lecture : 4min
Des banderoles à l'effigie de Benyamin Nétanyahou, le 25 octobre 2026, à Ofakim (Israël) (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
Dans ce bastion historique de la droite, les critiques émises à l'encontre de l'actuel Premier ministre ne semblent pas atteindre les électeurs.
Dans la salle à manger où Rachel Edri reçoit, cinq terroristes du Hamas ont passé une vingtaine d'heures le 7 octobre 2023. Gorge nouée, voix tremblante, la grand-mère de 67 ans raconte les avoir soignés et nourris. "J'étais en mode survie. Je leur parlais, je tentais de les calmer... Tout ça avec une arme pointée sur moi, et une grenade sur mon épaule. Le moindre mauvais geste et boum, j'y passais. Que je sois encore sur Terre ? C'est un miracle." Trois ans après ce drame, qui a coûté la vie à 49 habitants d'Ofakim, cette ville du sud d'Israël située à une vingtaine de kilomètres de la bande de Gaza s'apprête à voter, mardi 27 octobre, pour les élections législatives, les premières depuis la pire attaque terroriste de l'histoire du pays.
Dans le quartier de Mishor Hagefen, à côté des impacts de balles sur les murs, de grandes banderoles à l'effigie de Benyamin Nétanyahou flottent au vent. Sur le parking d'une résidence, c'est un drapeau de "Bibi", de trois mètres de large et deux de long, qui pendouille au soleil. Rachel Edri a encore mieux à montrer : une photo d'elle avec l'actuel Premier ministre, posée sur le meuble de l'entrée. Elle passe ses mains dans sa chevelure bouclée, avant de serrer le cadre contre sa poitrine : "J'ai toujours voté 'Bibi', ma famille a toujours voté 'Bibi'... D'ailleurs il est venu me voir ici il y a un an."
Rachel Edri dans sa maison à Ofakim (Israël), le 25 octobre 2026, avec une photo où on peut la voir aux côtés de Benyamin Nétanyahou. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
La ville de 52 000 habitants est un bastion historique du Likoud, la formation de droite de l'actuel Premier ministre israélien. Lors des dernières législatives en 2022, le parti de Benyamin Nétanyahou y était arrivé largement en tête, avec 32,09% des voix. Et même 40,43% lors du scrutin anticipé de 2020. A chaque fois des records nationaux, ou pas loin. A Ofakim, le scrutin de mardi n'est pas un référendum pour ou contre Nétanyahou. Ici, contrairement à une grande partie du pays, sa popularité s'est à peine effritée.
Il y a peu de monde pour contester la légitimité de celui qui est aux affaires quasiment sans interruption depuis 2009. Peu de monde pour critiquer sa gestion de la crise des otages. Le fait qu'il ait pu être informé des projets du Hamas quelques jours avant le 7 octobre 2023 ? "C'est la faute de l'armée, du Mossad [les services secrets israéliens], du Shin Bet [le service de renseignement intérieur], mais pas de Nétanhayou", dit un résident. Qu'il refuse l'ouverture d'une commission d'enquête indépendante ? "Pas besoin." Pas beaucoup d'habitants, non plus, pour rappeler que l'armée a mis plus de quatre heures à arriver à Ofakim, le 7 octobre 2023.
Shuki Youssef finit même par s'agacer : "Mais pourquoi tout le monde en veut à 'Bibi' ?", s'interroge cet habitant d'Ofakim. Il a, lui aussi, vu les terroristes du Hamas de très près. "Je suis resté enfermé pendant cinq heures et quarante-cinq minutes dans l'abri anti-aérien, sans eau, sans rien, confie-t-il. Je les entendais approcher, parler, tirer. Je bloquais la porte avec mes bras et un pédalier de vélo. Aujourd'hui, je suis toujours en post-trauma, je suis suivi par un psychologue et un psychiatre."
Pas question, pour autant, d'en vouloir à la coalition au pouvoir. Son bulletin pour mardi est déjà prêt. "'Bibi' est intelligent, 'Bibi' parle bien. 'Bibi' s'exprime sereinement. Tout le monde veut le détruire. Moi je veux que 'Bibi' reste, car c'est le meilleur", répète l'homme de 66 ans, lunettes sur le bout du nez.
"Si 'Bibi' ne s'était pas présenté ? Très simple, je n'aurais pas même pas voté."
Shuki Youssef, habitant d'Ofakim, rescapé du 7 octobre 2023
à franceinfo
A Ofakim, bon courage pour tomber sur une affiche de l'opposition : il n'y en a pas ou peu. Benyamin Nétanyahou, lui, est partout. Accroché sur les palissades des maisons, scotché sur la porte du garage, près du stade d'athlétisme... Rue Hertzl, il s'affiche sur la devanture de la pizzeria, et même chez le coiffeur : à l'intérieur, en ce dimanche, quatre clients, quatre partisans du Premier ministre. "Quand tu as de l'or entre les mains, tu ne le lâches pas, poétise Anatoli Zarbilov, 74 ans, casquette vissée sur la tête. Ça fait 35 ans que je vis en Israël, 35 ans que je vote Likoud. Si j'ai hésité après ce qu'il s'est passé ici ? Absolument pas. Je regarde ce que le candidat dit, et ce qu'il fait. On revotera encore et encore pour lui."
En terminant de siroter sa bouteille d'eau gazeuse, assis sur la terrasse, il réfléchit à voix haute : "Autour de moi, tout le monde vote Likoud". Il se retourne vers son voisin de chaise : "Toi aussi, tu votes Likoud hein ?" Celui-ci acquiesce par un simple mouvement de tête.
Le maire d'Ofakim (Israël), Itzhak Danino, dans son bureau, le 25 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
Mais son meilleur défenseur se trouve à l'hôtel de ville : monsieur le maire en personne. Oser émettre des critiques sur l'actuel Premier ministre ? Itzhak Danino se redresse net sur son bureau en bois. "Oui, j'en ai entendu ici, mais pas tant que ça à vrai dire, assure-t-il. Dans le drame que l'on a vécu, la responsabilité de notre Premier ministre est bien moindre, bien moindre que celle des services de sécurité", répète l'élu, pur produit du Likoud qui effectue son troisième mandat à la tête de la ville.
L'édile compte sur les doigts d'une main les électeurs qui lui auraient annoncé ne plus vouloir voter pour Benyamin Nétanyahou. "Vraiment, ce n'est que quelques-uns. Et certains m'ont aussi dit que, cette fois, ils voteraient pour lui. Alors..." Itzhak Danino voudrait plutôt parler des plus de 2 000 caméras de surveillance qu'il a fait installer récemment, et des postes de contrôle mis en place la nuit à plusieurs entrées de la ville. "La sécurité, la sécurité... Ça, les habitants apprécient."
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