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En Nouvelle-Écosse, le système juridique — en particulier les services en français — est sous pression faute de main-d’œuvre bilingue. L'Association des juristes d'expression française de la province se retrousse les manches pour que ça change.
Les francophones qui cherchent des services juridiques en français se heurtent à de nombreux délais et se résignent parfois à se tourner vers des services en anglais.
Il n'y a pas suffisamment de juristes d'expression française en Nouvelle-Écosse, affirme le directeur général de l’Association des juristes d'expression française de la Nouvelle-Écosse (AJEFNE), Vincent Anama.
Le constat n’est pas nouveau, mais il est confirmé par un rapport publié en juillet 2025 (nouvelle fenêtre) et commandé par le Réseau national de formation en justice (RNFJ) de l'Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).

Vincent Anama est directeur général de l'Association des juristes d'expression française de la Nouvelle-Écosse.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
Ce n'est pas acceptable, soutient Vincent Anama. Le fait de parler français, ce n'est pas une question de luxe, c'est une question de justice et d'équité, dit-il.
Dans la région acadienne de Pubnico, l'ancien avocat Réal Boudreau a pris sa retraite l'an dernier. Il a pris cette décision assez sereinement, sachant qu’il ne manque pas d’avocats francophones dans sa région. Ça a laissé un trou temporaire, mais qui s'est rempli parce qu'il y a assez de relève dans la région, dit-il.
S'il y a une bonne relève d'avocats dans plusieurs régions acadiennes, le défi pour Réal Boudreau était de trouver du soutien technique qui parle français.
Trouver du personnel francophone, c'est difficile, confirme-t-il, ajoutant que son ancien associé de cabinet a dû ouvrir des postes vacants aux anglophones.

Réal Boudreau le 7 janvier 2018.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
Il manque aussi de personnel dans l'ensemble du système de justice. Dans les tribunaux, il manque d'interprètes, de greffiers, de juges et de personnel administratif capables de parler français.
En Nouvelle-Écosse, des participantes et des participants à l’étude ont indiqué qu’aucun membre du personnel de soutien dans les tribunaux (greffières, greffiers, préposées, préposés ou interprètes judiciaires) ne possède le niveau de français requis pour soutenir adéquatement une instance en français , peut-on lire dans le rapport du RNFJ et de l'ACUFC.
L'Association des juristes passe à la vitesse supérieure et travaille sur plusieurs fronts pour changer la donne. On y a réfléchi et l'idée, c'est d'offrir un parcours complet en français, dit M. Anama.
Promouvoir et rapatrier
La promotion des métiers juridiques commence au secondaire, avec des procès simulés, une manière de susciter chez le jeune le désir de devenir juriste.
Pour le cheminement, il y a une entente entre l'Université Sainte-Anne et l'Université de Moncton pour faciliter le parcours. [...] L'entente existe, mais n'a pas été suffisamment valorisée, ajoute Vincent Anama.
Ensuite, l'AJEFNE espère faire revenir les francophones diplômés en droit en Nouvelle-Écosse.
Grâce à un partenariat avec des cabinets où il y a des juristes francophones, ils vont pouvoir vivre leur première expérience en Nouvelle-Écosse. [On veut ] faire en sorte que ces jeunes-là reviennent.
Pour ces juristes francophones qui ont étudié en anglais, l'Association offre des formations de terminologie juridique en français afin d'augmenter leurs chances de pouvoir desservir des francophones.
Vincent Anama espère voir le fruit de tous ces efforts d'ici quelques années.
Il y a aussi du travail de sensibilisation à faire, croit Réal Boudreau, qui pense que les Franco-Néo-Écossais ne se saisissent pas assez de leurs droits linguistiques dans le système.
On va être traités de façon égale et tout ça, mais il y a cette attitude dans la population qui fait en sorte qu'on ne se sent pas confortable d'exiger le respect des droits linguistiques dans le système judiciaire, analyse-t-il.
Selon lui, cela pourrait expliquer la lenteur des avancées dans ce domaine en Nouvelle-Écosse.
Vincent Anama souligne d’ailleurs que la province peine toujours à respecter son obligation d'offrir des procès criminels en français. Actuellement, on a la possibilité de se marier en français, mais on ne peut pas divorcer en français, fait-il remarquer avec ironie. C'est le comble, ajoute-t-il.
Contacté par Radio-Canada, le ministère de la Justice de la Nouvelle-Écosse n'était pas en mesure lundi de dire s'il était au courant des préoccupations soulevées par l’AJEFNE, ni si des mesures concrètes étaient prises pour y remédier.


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