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Le lunch est l’élément personnel et individuel que l’on amène de chez soi dans un milieu professionnel. Il se retrouve sur une table commune et ce qui était privé devient soudainement collectif. Il y a quelque chose d’intime dans le lunch. Quelque chose que l’on révèle malgré nous.
Cuisine-t-on ? Sommes-nous végétariens ? Avons-nous beaucoup d’appétit ? Etc. Ce moment de détente peut devenir facilement le lieu des comparaisons, des commentaires, des jugements, mais aussi le lieu des conséquences d’un privilège, d’une chance, d’un talent, d’une expérience positive ou tout simplement d’une aptitude acquise.
Sans oublier celles et ceux qui n’ont pas grand-chose dans le frigo qui appauvrit non seulement le corps, mais la créativité à créer des recettes de touski (tout ce qui reste). Qu’arrive-t-il quand notre lunch n’est ni beau, ni nutritif, ni appétissant ? Chez soi, cela est convenable, mais devant les autres, il y a une exposition.
Noter cette différence au dîner, devant tout le monde, de manière répétée marque le malaise et le sentiment d’exclusion. Dans un moment supposé de pause et de rassemblement informel, il évoque désormais insidieusement, le moment cruel du jugement.
À midi tapant, le repas devient un indice de classe. Un barème de statut. Le lunch comme une passe pour la normalité. Un des rares endroits où le contenant est moins important que le contenu. Tout cela, saupoudré d’une impression d’un savoir-faire accessible à tous.
Règles
Les règles implicites existent. Tel que le plat congelé, qui est accepté, mais pas tout le temps. Idem pour la restauration rapide. Il y a de ces commentaires qui coupent l’appétit. Une carence dans l’envie de partager un moment. Une recette pour se mettre à manger son lunch sans couleur, sans valeur nutritive, sans évaluation, et ce, isolé dans son bureau.
Sachant combien de personnes ne peuvent même pas répondre au besoin de se nourrir, il serait important de ne pas mettre dans une catégorie honteuse ceux qui mangent comme ils le peuvent ou comme ils le veulent.
La honte, c’est de ne pas être conscient de ce qui a conduit à manger son lunch avec appétit et goût. D’en avoir un et d’avoir une heure de lunch pour le manger. D’être entouré d’autres humains qui font ce qu’ils peuvent pour rendre légère cette heure construite.
N’oublions pas que l’heure du dîner prolonge la dynamique de groupe de travail. Chacun garde le même rôle tout en mettant du sel sur son plat. Ce n’est pas nécessairement une aire de repos si les commentaires désagréables se font par l’entremise de nos plats Tupperware. Non seulement les jugements peuvent stigmatiser la personne, mais ils peuvent également créer des habitudes alimentaires négatives.
Manger rapidement, peu ou pas. Manger par obligation juste pour ne pas s’évanouir. Manger sans s’asseoir à la table. Manger devant son ordinateur. Puis, appréhender ce moment sachant que le lunch débute chaque soir lorsqu’il est fait, chaque matin lorsqu’il est pris du frigo et chaque fin de journée lorsque notre plat est essoré.
Le lunch devient un outil d’appartenance sociale et sa valeur nutritive peut se mélanger dangereusement avec sa valeur sociale. Rire ou connoter négativement le lunch d’une collègue, il faut en faire tout un plat.


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