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Le «Livre bleu» du Parti québécois sur l’indépendance: chauvinisme, austérité et alliance avec Washington

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La couverture du Livre bleu publié par le Parti québécois

Le Parti québécois a publié son «Livre bleu» sur l’indépendance en juin dernier, un document de 500 pages détaillant l’infrastructure d’un futur Québec souverain. La publication du livre s’inscrit dans la campagne du PQ aux élections provinciales qui se tiendront le 5 octobre.

Alors que dans les années 1960-70 le PQ présentait la «souveraineté du Québec» comme un projet populaire qui favoriserait l’épanouissement de l’État-providence, le parti s’est débarrassé de cette démagogie depuis longtemps. Le Livre bleu met à nu le caractère réactionnaire du projet souverainiste en mettant de côté ses prétentions «progressistes».

Nationalisme et chauvinisme anti-immigrants

Le PQ préconise que le Québec se sépare de l’État fédéral sur la base de l’exclusivisme national, du chauvinisme anti-immigrants, de coupures sociales massives et d’un alignement militaire et économique encore plus marqué sur l’administration américaine du président fasciste Donald Trump. Pour faire de ce nouvel État capitaliste en Amérique du Nord une force impérialiste, le PQ prône une hausse drastique des dépenses militaires et l’adhésion à l’OTAN et à NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord).

Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, utilise le langage de la droite et même l’extrême-droite pour gagner l’appui de l’élite dirigeante et des sections les plus chauvines des classes moyennes. Il accuse le gouvernement fédéral et les libéraux sous Trudeau/Carney de «gaspiller» l’argent public et de causer d’immenses déficits qui affaiblissent le Québec. Il critique également Ottawa pour avoir placé les intérêts de l’Ontario et de l’Alberta avant ceux du Québec.

Reprenant de manière à peine voilée la théorie du Grand remplacement avancée par des idéologues d’extrême-droite comme Mathieu Bock-Côté, le PQ accuse les libéraux fédéraux de vouloir «effacer la culture et la langue québécoises» par l’«immigration massive», le «multiculturalisme» et le «wokisme».

Le Livre bleu avance l’idée que l’immigration mène à la «marginalisation politique, culturelle, démographique et linguistique du Québec» et blâme les immigrants pour une panoplie de problèmes sociaux – de la crise du logement à la surpopulation des écoles en passant par les listes d’attente aux urgences. Le PQ écrit que les immigrants refusent de s’«intégrer» à la nation québécoise, alors que «des indices probants montrent qu’un rejet pur et simple du groupe francophone prévaut chez certains jeunes issus de l’immigration».

Rappelons que St-Pierre Plamondon voue une grande admiration au mouvement séparatiste d’Alberta aligné sur le mouvement fasciste MAGA de Trump, et courtise les électeurs ultra-droitiers du Parti conservateur d’Éric Duhaime.

Le PQ se vante d’être le meilleur allié de Washington face à un impérialisme canadien jugé trop conflictuel face à Trump. En réalité, le Canada – avec l’appui de l’élite dirigeante québécoise – a appuyé et continue de soutenir activement toutes les guerres menées par les États-Unis aux quatre coins du globe depuis un quart de siècle.

Parlant pour de puissantes sections du grand capital canadien, le gouvernement Carney est déterminé à poursuivre sa relation privilégiée et de longue date avec Washington, mais il s’oppose aux efforts de Trump pour faire valoir une domination économique sur le Canada. Pour s’attirer les bonnes grâces de l’administration américaine, St-Pierre Plamondon a vivement dénoncé l’accord commercial limité conclu en janvier dernier entre le Canada et la Chine, soulignant qu’un Québec indépendant refuserait de faire affaire avec cette «dictature communiste et totalitaire».

Le PQ tente de canaliser la colère sociale grandissante face aux vastes inégalités sociales vers un appui pour la souveraineté. Il prétend qu’une «rupture» avec l’État fédéral va permettre un «réel changement» face au statu quo dans lequel les autres partis veulent maintenir la population. En réalité, l’indépendance ne remet aucunement en question le système capitaliste à la source des inégalités et des problèmes sociaux. Au contraire, c’est un projet de droite basé sur le chauvinisme et le nationalisme le plus virulent qui va servir à intensifier l’assaut contre la classe ouvrière.

Depuis sa fondation en 1968, le PQ représente une faction de la classe dirigeante québécoise francophone qui voit la création d’un nouvel État capitaliste et impérialiste en Amérique du Nord comme le meilleur moyen de poursuivre une politique axée uniquement sur les besoins du Québec inc., y compris en matière de mesures nationalistes et protectionnistes. L’objectif visé est de mettre plus agressivement de l’avant les intérêts de l’élite dirigeante québécoise au lieu de les mettre dans la balance avec les intérêts de ses factions rivales de la bourgeoisie canadienne. Le Québec pourrait ainsi développer des relations directes avec Washington sans passer par le fédéral afin de jouer un plus grand rôle sur l’échiquier impérialiste mondial.

Les travailleurs n’ont aucun intérêt à appuyer la classe dirigeante dans ce projet pour un nouvel État capitaliste en Amérique du Nord. Il ne ferait que créer une nouvelle entrave à l’unification de la classe ouvrière québécoise, canadienne et américaine. Les vives tensions accrues entre le Québec et le reste du Canada seraient utilisées pour diviser encore plus les travailleurs, alimenter le chauvinisme le plus toxique et intensifier l’assaut contre les salaires, les emplois et les droits démocratiques.

Un projet «entrepreneurial»

Le PQ ne cache pas que l’indépendance est un projet favorable à la grande entreprise. St-Pierre Plamondon affirme haut et fort qu’il s’agit d’un projet «entrepreneurial»: le Québec doit devenir un des États avec «la fiscalité la plus compétitive pour les entreprises en Amérique du Nord» et «un des meilleurs endroits au monde avec le meilleur environnement d’affaires». Ce programme ne peut s’effectuer que par un assaut majeur sur les acquis sociaux et les conditions d’existence de la classe ouvrière.

Le Livre bleu souligne que la réorganisation étatique après l’indépendance va mettre fin au «dédoublement administratif» provincial-fédéral et permettre de mener le «plus grand exercice contre le gaspillage» et contre «la bureaucratie» de l’histoire de la province. En réalité, ce que Plamondon appelle «gaspillage» n'est nul autre que l’ensemble des services publics dont bénéficie la classe ouvrière, ainsi que les salaires et conditions des travailleurs de l’État.

Contrairement à la position passée du PQ, qui promettait de réintégrer dans un nouvel État souverain tous les employés fédéraux québécois qui le désiraient, le chef péquiste a annoncé qu’«il y aura des coupes». Le PQ a calculé que la fusion ou l’abolition des organismes fédéraux, et la destruction sauvage de milliers d’emplois, dégageraient des «économies de 13 à 16 milliards de dollars». C’est la version québécoise du programme DOGE aux États-Unis, dirigé jusqu’à tout récemment par le multimilliardaire fasciste Elon Musk. DOGE a mis en œuvre des coupes massives dans les services publics et dans les emplois de la fonction publique, puis en a privatisé des pans entiers afin de transférer des milliards dans les poches de l’oligarchie financière.

Impérialisme et militarisme québécois

Le programme de coupures sociales et de baisses d’impôts du PQ servira non seulement à financer les entreprises québécoises et les riches, mais aussi à équiper une toute nouvelle machine de guerre «made in Québec».

Tel que noté dans le Livre bleu, un Québec indépendant aurait sa propre armée, y compris une armée de Terre, une armée de l’Air, une Marine et des garde-côtes. Le Québec demanderait l’adhésion à l’OTAN et NORAD et viserait à hausser ses dépenses militaires à 5% du PIB pour atteindre les exigences de l’organisation transatlantique, ce qui se traduirait en un transfert massif des dépenses sociales vers l’armée. Reconnaissant toutefois que l’administration Trump plonge ces organisations multilatérales dans «l’incertitude», le PQ note qu’un Québec indépendant «devrait chercher à participer pleinement» à toute «nouvelle architecture de sécurité» avec les États-Unis.

Selon le PQ, le Québec pourrait avoir une force armée comptant un effectif d’au moins 20.000 permanents, semblable à celles de pays impérialistes de second ordre comme la Suède et le Danemark. Il voit aussi son rôle comme celui d’un soutien aux aventures meurtrières de Washington aux quatre coins du globe.

Reprenant le mythe pacifiste longtemps invoqué par Ottawa pour camoufler les intérêts prédateurs du Canada, le PQ cherche à projeter l’image d’un Québec qui agirait sur la scène mondiale en tant que «nation pacifique» et «démocratique». En fait, la défense des «droits de l’homme» et de la «paix» est l’un des stratagèmes utilisés depuis plus d’un quart de siècle par l’impérialisme pour justifier une guerre d’agression après l’autre dans le monde. Ottawa a joué un rôle particulièrement pernicieux pour donner une couverture «démocratique» aux guerres menées par Washington au Moyen-Orient et ailleurs afin d’assurer sa part du butin.

La comparaison avec les pays scandinaves est d’autant plus parlante que ceux-ci jouent un rôle de plus en plus important et agressif dans la guerre contre la Russie lancée par les États-Unis en Ukraine et intensifiée par l’Allemagne et d’autres puissances européennes.

Le chauvinisme et l’agitation xénophobe du PQ – qui est avancé et soutenu par l’establishment en son ensemble – servent à détourner l’attention de son programme de droite tout en faisant des immigrants les boucs émissaires de la crise sociale. Dans son Livre bleu, le PQ affirme vouloir réduire massivement l'immigration permanente à environ 35.000 personnes par an et en diminuant de moitié l'immigration temporaire en quatre ans.

Le PQ réitère son soutien à la loi 21 chauvine adoptée par la CAQ en 2019, qui interdit le port de signe religieux à des employés de l’État dits en «position d’autorité», y compris des enseignants et des éducatrices en petite enfance. Le parti croit cependant qu’il faut aller plus loin en utilisant des méthodes répressives pour forcer l’application des dispositions de la loi 21 ainsi que celles des lois linguistiques 101 et 96 sur la suprématie de la langue française au Québec.

Le fait que le PQ ait pu renaître de ses cendres après avoir été pratiquement rayé de la carte entre 2018 et 2023, pour ensuite mettre de l’avant un programme aussi réactionnaire, ne témoigne pas d’un réel soutien parmi la classe ouvrière, mais plutôt des efforts de l’élite dirigeante pour raviver un instrument politique qui a toujours loyalement servi ses intérêts. Ces efforts ne pourraient toutefois être possibles sans la pleine collaboration de la bureaucratie syndicale et de Québec solidaire (QS).

Les syndicats sont un pilier de soutien au Parti québécois. Après avoir canalisé le puissant mouvement de rébellion ouvrière dans les 1970 derrière le PQ et le mouvement souverainiste naissant, les syndicats ont appuyé le parti lorsqu’il a mis la hache dans les dépenses sociales dans les années 1980 et à la fin des années 90 sous le programme du «déficit zéro». En 2012, les syndicats ont détourné le mouvement social déclenché par la grève étudiante derrière l’élection du PQ.

Les syndicats œuvrent maintenant à ressusciter le parti et à resserrer leurs liens avec lui alors qu’il opère un virage loin à droite. Ceci s’est exprimé par la participation de la présidente de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Magali Picard, au dernier congrès du PQ en tant qu’invitée d’honneur. Celle-ci a déclaré que ce parti de la grande entreprise avait un «préjugé favorable» envers les travailleurs, alors que celui-ci emploie la même démagogie «pro-travailleurs» que celle d’un conservateur comme Pierre Poilièvre ou d’un Trump qui marche dans les pas de Hitler.

Dans ses efforts pour courtiser l’aile pure et dure du mouvement souverainiste, St-Pierre Plamondon avait insisté sur l’urgence de tenir un troisième référendum dès le premier mandat d’un éventuel gouvernement péquiste. Il a récemment annoncé que s’il était élu premier ministre, il ne tiendrait pas de référendum sur la souveraineté du Québec tant que Donald Trump est en poste.

Qu’il y ait ou non un tel référendum, les travailleurs doivent s’opposer fermement au Parti québécois et à son programme d’indépendance. Cette position n’implique aucunement un soutien pour l’État fédéral et l’impérialisme canadien tout autant réactionnaire. Le nationalisme québécois et le nationalisme canadien sont en fait les deux faces d’une même médaille: ils font partie des efforts de la classe dirigeante pour diviser les travailleurs canadiens sur une base ethnique, culturelle ou linguistique et pour les subordonner à l’une ou l’autre faction de la bourgeoisie.

Ce qui est nécessaire est l’unité de la classe ouvrière au Québec, au Canada, en Amérique du Nord et internationalement. Au Québec, ce programme doit être avancé sous la forme d’un rejet de toute forme de nationalisme et de séparatisme, et d’une lutte pour l’unité des travailleurs francophones, anglophones et allophones. Ceci n’est possible que dans le cadre d’une vaste mobilisation politique de la classe ouvrière contre le système capitaliste autour d’un programme international pour l’égalité sociale, c’est-à-dire un programme socialiste.

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