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Mardi, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a remis une offrande au sanctuaire de Yasukuni, à Tokyo. Ce lieu du culte shinto rend hommage aux quelque 2,5 millions de soldats et civils morts "au service de l'empereur" durant les conflits menés par le Japon.
S'y trouve également honorée la mémoire d'officiers et hommes politiques nippons condamnés pour crimes de guerre par l'équivalent du tribunal international de Nuremberg, pour l'Asie, après la Seconde Guerre mondiale.
Une "militarisation inconsidérée"
Le même jour, le Japon a suscité "l'inquiétude" de la Chine en levant les dernières barrières à l'exportation d'armes létales, en vigueur depuis des décennies.
Ce changement, approuvé par le Conseil des ministres et le Conseil national de sécurité, marque un tournant majeur dans la politique de défense de l'archipel qui se présente comme une "nation éprise de paix", en vertu de sa Constitution adoptée après sa défaite lors de la Seconde Guerre mondiale.
"Les gens ne veulent pas que des produits fabriqués au Japon soient utilisés pour tuer des personnes."
Selon les modifications approuvées mardi, le matériel de défense serait classé en deux catégories, "armes" et "non-armes", selon qu'il présente ou non une capacité létale ou destructrice.
Les armes, notamment les destroyers et les missiles, ne sont fournies qu'aux pays ayant signé avec le Japon des accords qui garantissent la protection des informations classifiées concernant les équipements et les technologies de défense. Le Japon a conclu des accords avec 17 nations, dont les États-Unis, l'Australie, la France et le Royaume-Uni.
La Première ministre estime que cette évolution permettra à l'archipel de renforcer sa défense nationale, tout en stimulant l'industrie d'armement pour en faire un moteur du redressement économique du pays.
"Aucun pays ne peut préserver sa paix et sa sécurité par ses seules forces : en matière d'équipements de défense, il faut des nations partenaires capables de s'appuyer mutuellement", a fait valoir Sanae Takaichi mardi sur la plateforme X.
Comment le conflit au Moyen-Orient force le Japon et la Corée du Sud à accélérer leur autonomie défensiveLa Chine a vivement réagi, se disant "très inquiète" et assurant qu'elle résistera "fermement" à une "militarisation inconsidérée" du Japon. Les deux pays entretiennent des rapports délicats ou conflictuels marqués par le souvenir des atrocités commises par l'armée japonaise notamment pendant la guerre sino-japonaise de 1937-1945.
Les relations se sont à nouveau tendues en novembre quand la Première ministre japonaise a laissé entendre que son pays pourrait réagir militairement à une attaque contre Taïwan, île indépendante dont Pékin revendique la souveraineté.
L'évolution inquiète également l'opinion publique japonaise, attachée au pacifisme. L'activiste pacifiste Koji Sugihara déplore "un tournant historique", jugeant que la réputation pacifiste du Japon avait, par le passé, favorisé ses relations diplomatiques et commerciales.
Assouplissement progressif
Ces nouvelles règles s'inscrivent dans un assouplissement progressif de l'interdiction générale d'exportation instaurée en 1976. Tokyo a ouvert la voie en 2014 aux exportations pour cinq catégories de produits militaires non létaux tels que les équipements de sauvetage, de transport, d'alerte, de surveillance et de déminage.
Lorsque l'Ukraine a lancé un appel aux nations amies pour obtenir des armes face à la Russie, le Japon s'était abstenu d'envoyer des armements, fournissant seulement gilets pare-balles et véhicules.
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