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Le héros des Jeux de Montréal allait mener plus tard la bataille de sa vie

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En 2026, on célèbre le 50e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal. Dans cette série mensuelle, Le Devoir raconte les exploits et les controverses qui ont marqué ce moment phare de notre histoire. Cinquième récit : l’Américain Bruce Jenner, devenu depuis Caitlyn Jenner, a ébloui le monde entier en remportant une victoire éclatante au décathlon.

Il a été le roi des Jeux de Montréal. Un demi-siècle plus tard, les témoins de la victoire éclatante de Bruce Jenner au décathlon restent impressionnés par cet athlète hors norme, à la personnalité aussi flamboyante que ses prouesses sportives. À l’époque, personne ne pouvait se douter que le plus grand athlète du moment vivrait une transformation radicale en devenant Caitlyn Jenner, la femme transgenre la plus célèbre du monde.

« Bruce Jenner était aussi spectaculaire sur la piste que hors de la piste », raconte Paul-Émile Lafrance, qui dirigeait une équipe de 24 personnes au service des athlètes et de leurs entraîneurs pendant les Olympiques de juillet 1976.

M. Lafrance était alors un entraîneur de 35 ans à Pohénégamook, dans le Bas-Saint-Laurent, où il habite toujours. Il avait demandé d’être assigné à la piste d’entraînement des athlètes plutôt que dans le Stade olympique. Il voulait observer les meilleurs athlètes du monde au naturel, à l’entraînement, avant leurs performances sous les yeux du monde entier. Pour voir leurs trucs, leurs habitudes de champions.

Paul-Émile Lafrance a côtoyé Bruce Jenner à la piste d’entraînement du Parc olympique, à l’endroit où se trouve aujourd’hui le stade Saputo. L’athlète venait jaser avec d’autres compétiteurs, en route vers le Village olympique, après sa visite quotidienne au centre Étienne-Desmarteau, dans Rosemont, lieu d’entraînement des épreuves combinées.

M. Lafrance se souvient de la fois où il a accueilli Jenner et sa conjointe de l’époque, Chrystie Crownover, ainsi que leur gros chien qui les suivait partout. L’athlète olympique voulait emmener son animal de compagnie sur la piste d’entraînement. « J’ai dit : “Non, Bruce, tu ne peux pas faire ça !” Il n’a pas rouspété. Il était sociable, très sympathique. Il n’avait pas l’attitude de quelqu’un qui se prenait pour le dieu du stade », souligne Paul-Émile Lafrance.

Une détermination à toute épreuve

Il a été étonné de constater que Jenner s’entraînait avec modération. Le futur médaillé d’or faisait son jogging tous les jours. M. Lafrance l’a vu lancer quelques poids. Mais il conservait son énergie pour les deux jours de compétition, les 29 et 30 juillet.

Il faut dire que l’Américain de 26 ans était arrivé à Montréal dans une forme remarquable. Jenner avait terminé au 10e rang du décathlon aux Olympiques de Munich, en 1972. Il était revenu à la maison avec une volonté à toute épreuve de remporter l’or à ceux de Montréal.

« Au cours des quatre années suivantes, Jenner a impressionné tout le monde par son dévouement inégalé à l’entraînement », rappelle le site Web du Musée olympique et paralympique des États-Unis, à Colorado Springs.

C’est devenu un cliché, mais un cliché réaliste : les champions olympiques ont tous le physique de l’emploi, mais à armes égales, les gagnants sont ceux qui travaillent le plus fort. Et Jenner a tout donné pendant quatre ans. Cette préparation est d’autant plus essentielle en décathlon, l’épreuve la plus redoutable des Olympiques d’été.

Au sommet de sa forme

« Le champion de décathlon, c’est l’athlète le plus complet en athlétisme », rappelle Benoit Leduc, qui travaillait sous les ordres de Paul-Émile Lafrance aux Jeux de Montréal.

Cet entraîneur reconnu se souvient que Bruce Jenner cochait toutes les cases pour monter sur la plus haute marche du podium. « C’était un athlète équilibré. Il était fort, endurant et souple », dit « Ben » Leduc. Dans l’essai Les Jeux olympiques de Montréal et nous, publié récemment aux Éditions de l’Homme, l’entraîneur fait partie de la cinquantaine de témoins qui racontent leurs souvenirs des Jeux. Leduc ressent encore la ferveur suscitée par Jenner à Montréal.

Les dizaines de milliers de spectateurs qui ont assisté aux deux jours d’épreuves du décathlon, au Stade olympique, ont vu un athlète au sommet de sa forme. Jenner a réalisé les meilleures performances de sa carrière dans les cinq premières disciplines — 100 mètres, saut en longueur, lancer du poids, saut en hauteur et 400 mètres.

Le lendemain, le champion a enchaîné trois autres records personnels, y compris dans l’épreuve finale, le 1500 mètres, après avoir brillé au 110 mètres haies, au lancer du disque, au saut à la perche et au lancer du javelot.

Jenner avait décidé que les Jeux de Montréal seraient sa dernière chance. Il prendrait sa retraite après cet ultime tour de piste.

« Je n’ai plus jamais couru depuis le dernier jour des Jeux, a-t-il déclaré plus tard. Je savais que ce serait ma dernière compétition. Le 30 juillet 1976, tout serait fini, peu importe le résultat. C’était un jeu important à jouer. C’était difficile, parce que c’était triste. J’étais au sommet de ma carrière. J’ai vaincu le reste du monde, j’ai chanté ma plus belle chanson, et je ne chanterai plus jamais. »

La plus grande bataille de sa vie

Jenner a établi un record du monde avec 8618 points. Le Français Kevin Mayer détient depuis 2018 le nouveau record de 9126 points. Mais après les Jeux de Montréal, Jenner avait d’autres défis à relever. Dont le plus important de sa vie : celui de devenir la femme qu’elle a toujours été, au plus profond de son être. Le feu qui brûlait en Jenner sur les pistes d’athlétisme lui a peut-être donné l’énergie pour entreprendre ce périple personnel parsemé d’obstacles.

Près de 40 ans après son triomphe à Montréal, en avril 2015, Caitlyn Jenner a annoncé sa transition en tant que femme. Elle était déjà célèbre pour sa participation à la téléréalité où apparaissent sa troisième femme, Kris, leurs filles Kendall et Kylie Jenner, ainsi que ses beaux-enfants (les enfants de Kris) Kim, Kourtney, Khloé et Rob Kardashian. On l’a vue aussi commenter l’actualité à Fox News.

Caitlyn Jenner est l’une des plus célèbres militantes pour les droits des personnes transgenres. Ses prises de position ne font pas l’unanimité. Partisane de Donald Trump, elle appuie la volonté du président d’exclure les femmes trans des compétitions sportives féminines.

Jenner dénonce toutefois la décision de Trump d’indiquer sur les passeports américains le sexe attribué à la naissance — homme ou femme. Ce geste empêche Caitlyn Jenner de voyager à l’étranger. Elle a écrit à Trump dans l’espoir de le faire changer d’idée. En vain. Mais à 76 ans, la passionaria n’en est pas à sa première bataille.

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