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Un documentaire intrigant sur les expérimentations en cours dans la recherche archéologique. Entre prudence et espoir.
Passer la publicité Passer la publicitéUne nouvelle éruption embrase les ruines de Pompéi. Des pluies d’algorithmes s’abattent sur les villas de la baie de Naples et sur les archéologues chargés d’en percer les secrets. L’intelligence artificielle a désormais droit de cité dans l’enceinte de l’ancienne ville romaine. Ensevelie sous les cendres du Vésuve au premier siècle de notre ère, l’antique agglomération commence à réémerger grâce à la sagacité des machines. Avouons-le d’emblée : le scepticisme était permis. Pourtant, quelque chose de prometteur est bien présent dans l’arrière-boutique des universités et des laboratoires. Et si l’IA pouvait être un vrai partenaire de recherche aux côtés des archéologues et des historiens de l’art antique ? Après tout, existe-t-il encore un champ de l’intelligence humaine qui résiste au raz-de-marée des nouveaux cerveaux numériques ?
L’équipe des documentaristes Martin Blanchard et Paolo Santoni a voulu en avoir le cœur net. Leur film, Le Grand Puzzle de Pompéi, diffusé ce soir sur France 5, présente le résultat de quatre années passées au chevet du projet européen RePair (pour « restaurer le passé par l’intelligence artificielle et la robotique »). Associant les chercheurs d’une demi-dizaine de pays, sous la direction de l’université vénitienne Ca’ Foscari, le programme s’est intéressé à un problème on ne peut plus pratique : comment amener l’IA à résoudre un puzzle géant dont on ne connaît pas la solution ?
Un algorithme sur mesure
En l’occurrence, comment reconstituer les fresques des demeures de Pompéi, fracassées en une multitude de fragments ? Le fonds colossal de pièces mises au jour encombre des réserves entières. Démêler cet écheveau prendrait une vie humaine. À moins d’être épaulé. La maison dite « des peintres au travail », sise près de la rue de l’Abondance, la principale artère commerciale de Pompéi, a fourni la matière de cette expérimentation. La villa était en plein travaux, le jour de l’éruption du Vésuve. Les propriétaires refaisaient la peinture des murs. Certaines pièces étaient achevées, d’autres ne l’étaient pas. Découverte dans les années 1980, la demeure offre un instantané presque miraculeux de l’organisation du travail des artisans-peintres de l’Antiquité.
Avant d’envisager la moindre reconstitution des murs et des cinq plafonds peints de la maison, il a fallu scanner en haute résolution les milliers de fragments de chacune des pièces. Vient ensuite une phase d’entraînement. Former l’IA. En faire un expert, à l’aide d’un algorithme créé sur mesure. À cette fin, des historiens de l’art ont nourri la machine de près de 400 fresques de référence. Elle a appris à analyser, à décomposer, à chaque fois, les motifs, les symétries et tous les moindres détails décoratifs qui constituent ces œuvres, jusqu’à devenir apte à les reconnaître par elle-même. Dès lors, il lui devient possible de proposer des assemblages de fragments sur un logiciel spécialisé. Devant les caméras, les experts conviés aux premiers essais oscillent entre prudence et admiration.
Les parents de cette intelligence artificielle assurent qu’elle ne remplacera jamais l’expérience et le savoir accumulé des chercheurs. Ceux-ci, en effet, ne restent pas passifs et s’amusent à guider l’IA en se frottant au logiciel avec un plaisir évident. À ce cerveau numérique, le projet RePair ajoute également une paire de bras mécaniques. À terme, l’idée serait de voir l’IA identifier les fragments, s’en emparer et les agencer sur une table en recomposant la fresque détruite. Le prototype n’en est pas encore là. Les archéologues peuvent souffler. Du moins pour quelques années encore.


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