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ENVIRONNEMENT. Les élèves du programme Groupe d’aide pour la recherche et l’aménagement de la faune (GARAF) de l’école Jean-Raimbault ont complété leur dernière collecte de données, la semaine dernière, en lien avec un projet inédit sur l’entretien et le recensement des écosystèmes des cours d’eau.
Le coordonnateur du programme GARAF, Patrick Lampron, a donné rendez-vous à l’auteur de ces lignes et au photographe de L’Express, Ghyslain Bergeron, à une résidence agricole sur le chemin Tourville, le lundi 21 septembre dernier en matinée. Au premier coup d’œil, aucun cours d’eau n’est apparent dans les alentours.
«Montez avec moi! C’est à un kilomètre plus loin que ça se passe», lance-t-il pendant que deux employés du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) prennent place dans leur camion.
Nous montons avec lui dans sa voiture tandis que quatre de ses élèves embarquent avec une technicienne à bord de la caravane aux couleurs du programme GARAF. Après être passés à côté de plusieurs champs, nous nous arrêtons à l’orée d’une forêt à travers laquelle coule le ruisseau Kelly.
Simon Boisvert travaille en tant que biologiste pour le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. (Photo : Ghyslain Bergeron)Pendant notre marche jusqu’au cours d’eau, Patrick Lampron nous explique que cela fait depuis cinq ans que le GARAF travaille en collaboration avec le MELCCFP et la MRC de Drummond sur ce projet.
«Il y en a eu d’autres [projets] avant, mais pas sur une longue période comme le nôtre. L’idée vient surtout du ministère. C’est eux qui nous ont approchés là-dessus», explique le coordonnateur du GARAF.
Un impact dû à l’entretien?
Justement, en arrivant au ruisseau, le biologiste du MELCCFP, Simon Boisvert, vient à notre rencontre. Il aborde dans les détails le but de ce projet assez inédit pour le ministère.
Le Centre-du-Québec est parsemé d’un grand réseau de ruisseaux, dont certains passent par des terres agricoles. Toutefois, l’accumulation de sédiments dans le fond des ruisseaux, provenant des champs et engendré par des précipitations, vient affecter l’habitat naturel de certaines espèces de poisson.
Le ministère doit ainsi effectuer régulièrement des travaux de nettoyage afin d’éviter une trop grosse accumulation de sédiments, soit presque une centaine par année rien que pour le Centre-du-Québec, avance Simon Boisvert. Le projet actuel vise à évaluer l’impact de ces travaux sur l’écosystème de ces ruisseaux, met en évidence le biologiste.
«On veut déterminer quelle est la résilience de l’habitat du poisson dans un contexte où on vient entretenir [un ruisseau avoisinant des terres agricoles] pour permettre l’écoulement des eaux. Après la réalisation des travaux, on sera en mesure de savoir si la végétation revient dans le cours d’eau, si ce sont les mêmes espèces de poissons qui y sont présentes en comparaison à avant [notre intervention] et lesquelles y nagent selon la saison», précise M. Boisvert.
Pour ce faire, six cours d’eau ont été sélectionnés dans la région du Centre-du-Québec : trois en milieu naturel et trois traversant des terres agricoles. Chacun possède trois stations de nettoyage, et servant à la collecte de données, ainsi qu’une station témoin, où aucune intervention humaine n’est effectuée.
«Il n’y a pas d’études qui ont été faites au Québec sur plus de deux ou trois ans. Nous, on a la chance d’avoir une [fenêtre] temporelle de cinq ans, ce qui nous permet de nous démarquer de tout ce qui était fait avant», ajoute le biologiste.
Mathieu Thériault explique le fonctionnement de l’appareil pour effectuer la pêche électrique. (Photo : Ghyslain Bergeron)«Ça va aussi nous permettre de déterminer si les travaux qui étaient envisagés ont réellement permis de remettre en fonction l’écoulement des eaux. De plus, il faudra voir s’il y aura eu une nouvelle sédimentation après quatre ans ou si, finalement, il y aura une pérennité nous permettant de [refaire des travaux de nettoyage] dans 20 ans», explique-t-il.
Pêche électrique
Lors de notre visite, les élèves du GARAF ont dû effectuer une pêche électrique afin de récolter des espèces de poissons et les répertorier. Le collègue de Simon Boisvert, Mathieu Thériault, sort un appareil ressemblant à un pack de protons du film Ghostbusters.
Le biologiste nous explique que la décharge utilisée ne fait qu’anesthésier très temporairement les petites espèces que l’on retrouve dans le ruisseau, comme des mulets à corne, des meuniers noirs, ou des naseaux des rapides. «Ça nous donne juste assez de temps pour les manipuler, les identifier, puis les remettre à l’eau», souligne-t-il.
Florence Patry accompagne ses camarades à la pêche aux poissons cette journée-ci. Plusieurs élèves du GARAF de différents niveaux du secondaire, dont elle, ont participé aux nombreuses interventions durant le printemps, l’été et l’automne des cinq dernières années.
L’élève de 4e secondaire explique que, durant la saison estivale, elle et ses collègues analysent des plantes aquatiques, la courbe des cours d’eau pour savoir si ceux-ci sont en train de s’effondrer ou non, le débit du courant et s’il est parfait pour le type de poisson qui y habite.
Florence Patry en est à sa quatrième année de son secondaire dans le programme GARAF à Jean-Raimbault.(Photo : Ghyslain Bergeron)«Moi, j’adore la nature et les animaux, et ça me permet de m’amuser. J’ai vraiment l’impression d’agir pour la planète; de faire un petit changement au moins pour l’environnement. Ça nous donne aussi des données extrêmement précieuses», affirme Florence Patry.
Beaucoup de données
Patrick Lampron explique que les élèves du GARAF ont créé une très grande base de données comportant des espèces de poissons, d’insectes et de végétaux présents dans les ruisseaux ainsi que de l’état et la dynamique des différents cours d’eau choisis pour le projet.
Ce sont 10 257 poissons de 21 espèces différentes qui ont été pêchés en cinq ans. Le nombre précis pour les insectes et les végétaux restent encore à être déterminés.
«On n’a jamais géré autant de données. C’est un projet majeur qui a sorti le GARAF de ses habitudes. Une chance qu’on aura l’aide de l’UQTR (Université du Québec à Trois-Rivières) pour les gérer parce qu’on n’a pas toutes les connaissances pour pouvoir les faire parler!», lance avec candeur M. Lampron.
Simon Boisvert renchérit en nous expliquant que le MELCCFP s’est associé avec un professeur de l’UQTR afin qu’un de ses étudiants récupère les données pour les analyser et, ainsi, compléter l’étude liée au projet. Les résultats doivent être rendus disponibles au public d’ici un an et demi, selon lui.
«On n’est pas capable d’avoir des banques de données aussi complètes et aussi volumineuses parce que le ministère n’a pas le temps et les ressources pour pouvoir réaliser des projets de cette envergure-là à une grande fréquence. On va pouvoir le faire dans des contextes assez précis pour des besoins plus ponctuels. On n’y serait pas arrivé sans l’aide du GARAF et de ses élèves», insiste le biologiste en terminant.


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