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Le financement des modules de jeux fait débat à l’Î.-P.-É.

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À l’Île-du-Prince-Édouard, le débat sur le financement des écoles se déplace dans les cours de récréation. La P.E.I. Home and School Federation demande au gouvernement provincial de prendre en charge le coût des terrains de jeux, une facture qui repose actuellement sur les épaules des parents.

Imaginez : une école flambant neuve, des millions de dollars investis dans des salles de classe, mais dès que les élèves franchissent les portes pour la récréation, pas de modules, pas de balançoires, rien.

C’est la réalité de plusieurs établissements à l’Île-du-Prince-Édouard, où le ministère de l’Éducation finance les murs, mais pas les structures de jeux.

La facture des jeux extérieurs, qui peut grimper jusqu'à 300 000 $, retombe systématiquement sur les épaules des parents bénévoles.

La situation commence à faire grincer des dents, au point où l'association de parents de langue anglaise de la province, la P.E.I. Home and School Federation, vient d'adopter une résolution lors de son assemblée générale annuelle pour forcer la province à agir.

L’organisme demande à la province d’inscrire des financements pérennes dans ses budgets d’opération et d’investissement.

Car pour les familles, la création ou la rénovation de parcs à jeux peut vite devenir une équation financière impossible à résoudre.

Mathieu Gallant, membre du comité de parents de l’école Évangéline, salue la mobilisation de la P.E.I. Home and School Federation. Pour lui, le système de collecte de fonds ne fonctionne pas.

Tu as une nouvelle école qui a coûté des millions de dollars et puis le comité de parents n’est pas capable de ramasser de l'argent adéquatement pour avoir un parc qui reflète la nouvelle école.

Des outils de rétention

Actuellement, la province offre à chaque école jusqu’à 25 000 $ par an pour l'achat de nouveaux équipements. Une somme dérisoire face au prix des infrastructures modernes, estime la P.E.I. Home and School Federation.

Selon Mathieu Gallant, le système actuel crée des inégalités, en particulier pour les écoles de langue française qui luttent pour attirer les ayants-droit.

Si tu as un enfant qui a le droit d'aller à l'éducation en français, mais que le parc est plus beau en anglais, à un moment donné, l'enfant gravite logiquement par là.

Il existe aussi un risque d'écoles à deux vitesses en fonction de la richesse de la communauté, prévient Mathieu Gallant.

En banlieue aisée de Charlottetown, ramasser 300 000 $ est un défi, mais reste réalisable. En milieu rural ou dans des communautés plus petites, ça peut devenir insurmontable. Autrement dit, sans financement provincial, on risque de créer de l'iniquité territoriale.

Mathieu Gallant et son épouse portent dans leurs bras leurs trois petits enfants.

Mathieu Gallant, membre du comité de parents de l'école Évangéline, est le père de trois enfants. (Photo d'archives)

Photo : Gracieuseté/Mathieu Gallant

Marc LeBlanc, professeur à l’École de kinésiologie et de loisir de l’Université de Moncton, confirme que même si la motivation des parents est là, le milieu économique pèse lourd dans la balance.

Risque d’épuisement des parents bénévoles

Marc LeBlanc se montre néanmoins prudent : J’ai été témoin de petites communautés où tout le monde s'est mis derrière le projet d'un terrain de jeu et ça a bien fonctionné.

Transformer les parents en machines à recueillir des fonds est toutefois le meilleur moyen de perdre les bénévoles, signale Mathieu Gallant. Si t’embarques sur un comité et que tu vas juste tanner le monde pour de l'argent, ça devient une job quasiment, c’est un défi de taille, affirme-t-il.

Du côté du gouvernement, le ministre de l’Éducation, Robin Croucher, a été clair dans une déclaration à CBC : la priorité, c’est l’intérieur des murs.

La province compte investir 358 millions $ sur cinq ans, pour l’environnement d’apprentissage optimal. Les terrains de jeux sont vus comme un extra que le gouvernement envisagera quand les budgets le permettront.

Malheureusement, je ne pense pas qu'ils vont nous prendre au sérieux jusqu'à temps que la province soit en meilleure santé financière. Ça va prendre du lobbying, réagit Mathieu Gallant.

Au-delà de l'aspect financier, Marc LeBlanc insiste sur l'aspect pédagogique des terrains de jeux, indissociable de la réussite scolaire.

Ça fait partie du développement global des jeunes, il faut avoir des aires de jeux pour que le jeune puisse développer certaines habiletés physiques et sociales.

Réponse à courte vue

C'est un lieu de rassemblement extrêmement valorisant, qui permet au jeune de compléter la formation qu'il obtient en salle de classe, poursuit Marc LeBlanc.

Aux yeux de l’universitaire, la vision du gouvernement est trop limitée.

C’est une réponse à courte vue, c’est dommage que le gouvernement ne reconnaisse pas ce que les aires de jeux peuvent faire pour aider à l'éducation des enfants, déplore-t-il.

Il propose d’ailleurs une solution concrète : intégrer ces espaces de jeux extérieurs dans les devis architecturaux au moment de la construction, au même titre qu’un gymnase ou une cafétéria.

Homme prenant la pose.

« Ça repose sur le dos des parents d'aller chercher plusieurs centaines de milliers de dollars, c'est une tâche quasi impossible pour la plupart des nouvelles écoles », affirme Marc LeBlanc, professeur à l'Université de Moncton. (Photo d'archives)

Photo : Gracieuseté : Université de Moncton

Il évoque également le rôle clé que pourraient jouer les municipalités dans le financement.

Parce qu'on sait sait que ces aires de jeu-là servent à l'extérieur des heures de classe, le soir, les fins de semaine, l'été lorsque les écoles sont fermées, souligne-t-il.

La balle est désormais dans le camp du ministère. La résolution de la P.E.I. Home and School Federation a été adoptée, le lobbyisme commence.

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