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Le festival Nyang Nyang est peut-être le plus ancien festival du monde encore célébré. Porté par le peuple Fussep de Bafoussam, dans la région de l’Ouest du Cameroun, cet événement pluriséculaire se tient tous les deux ans, de novembre à février, et dure près de quatre mois. Huit siècles de transmission ininterrompue. Une longévité que peu de traditions culturelles au monde peuvent revendiquer.
Quatre mois pour faire d’un garçon un homme
Le Nyang Nyang n’est pas un spectacle. C’est un processus.
Pendant ces quatre mois, les jeunes garçons de 7 à 15 ans sont initiés aux us, coutumes et traditions du peuple Fussep. L’objectif est précis : préparer les futurs adultes à assumer leurs responsabilités dans la communauté. Pas de diplôme, pas de cérémonie express. Une immersion longue, encadrée, rythmée par des étapes codifiées depuis des générations.
La période est scandée par des temps forts que la communauté attend avec une ferveur particulière. La sortie des Reines mères. Les parades de guerriers. Les défilés masqués qui traversent les quartiers. Et, pour clore la semaine Jingong, une danse mythique dont le nom seul suffit à faire taire les bavardages dans les concessions.
Chaque élément de ce calendrier répond à une logique culturelle précise, transmise oralement de génération en génération. Rien n’est décoratif. Tout a un sens que les initiés comprennent et que les jeunes apprennent à décrypter au fil des semaines.
Ce que le Nyang Nyang dit du Cameroun d’aujourd’hui
On parle souvent du patrimoine culturel camerounais comme d’une richesse abstraite. Le Nyang Nyang, lui, est concret, daté, localisé.
Environ 800 ans d’existence. C’est bien plus ancien que beaucoup d’institutions que l’on considère aujourd’hui comme des piliers de la civilisation. Et pourtant, ce festival reste largement méconnu au-delà des frontières de la région de l’Ouest, voire du pays lui-même.
C’est là que le bât blesse. Un événement de cette envergure historique devrait figurer dans les grandes conversations sur le patrimoine immatériel africain, au même titre que les festivals maliens, sénégalais ou zimbabwéens qui bénéficient d’une exposition internationale bien supérieure. Rien ne confirme à ce stade qu’une démarche de classement auprès de l’Unesco soit en cours, mais la question mérite d’être posée.
Le Nyang Nyang ne cherche pas à séduire des touristes. Il nourrit une communauté, ancre des identités, fabrique des adultes. C’est un système éducatif à part entière, vieux de huit siècles, qui fonctionne encore.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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