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Des documents confidentiels dévoilent les activités d’une cellule créée en Israël pour contrer la « menace stratégique » des boycotts universitaires en Europe. Des opérations d’influence y sont détaillées, notamment à Sorbonne Université, selon l’enquête du collectif Investigate Europe et ses partenaires, dont « Le Monde ».
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« Nous faisons face depuis plusieurs jours à une tentative de boycott émanant des étudiants de la Sorbonne. Nous nous employons à faire échouer l’initiative. » Ce rapport de suivi, daté de novembre 2024, émane de Kesher EU Law & Policy, un discret cabinet d’avocats bruxellois spécialisé dans la gestion de crise. Il a été missionné par VERA, l’association des recteurs et présidents d’université en Israël, pour contrer les campagnes de boycott académique qui se multiplient en Europe, à mesure que l’offensive israélienne se poursuit à Gaza, depuis l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023.
La tentative de boycott ciblée ici est une motion déposée en novembre 2024 au conseil d’administration de Sorbonne Université. Le texte réclame la suspension des coopérations que la prestigieuse université parisienne entretient avec des universités israéliennes.
La menace est immédiatement prise au sérieux. Les avocats de Kesher n’ont pas encore pu prendre connaissance du texte, mais activent déjà de puissants relais en France. En une journée, les juristes disent « impliquer l’ambassadeur d’Israël » et affirment contacter « le président de la communauté juive en France, des personnalités politiques françaises de premier plan, notamment d’anciens ministres et la présidente de la région [Ile-de-France, Valérie Pécresse] ». Objectif : retirer cette proposition de l’ordre du jour.
Contactée, la direction de Sorbonne Université assure n’avoir jamais eu de relation avec le cabinet. De même que Valérie Pécresse, qui exclut tout contact « direct » avec Kesher. Quant à l’ambassadeur, il « réfute catégoriquement ». Le président du Consistoire de France, Elie Korchia, conteste aussi tout échange avec Kesher. Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi, garantit, lui, n’avoir pas intercédé en faveur d’un retrait de la motion.
Quelques jours plus tard, Kesher se félicite, dans un nouveau rapport : « Nous avons réussi à contrer l’initiative. La proposition de boycott académique contre Israël a été retirée de l’ordre du jour de l’université et la direction de la Sorbonne s’est contentée de publier une déclaration appelant à la fin des violences à Gaza et au Liban. » La présidence de Sorbonne Université réaffirme qu’elle « veille à ne se soumettre à l’entremise, à la pression ou aux tentatives d’influence d’aucun groupe ».
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