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Chaque mois d’octobre depuis 1992, l’histoire des femmes est soulignée au Canada. C'est l'occasion de célébrer les femmes dont le leadership et la détermination ont façonné le pays, mais aussi, de mettre en lumière les inégalités auxquelles les femmes sont encore confrontées, telles que l’écart salarial et les difficultés à progresser dans les milieux de travail.
Avec la montée des gouvernements autoritaires ou ultraconservateurs, la propagation d’idées masculinistes, la hausse de la violence et le regain de popularité du catholicisme et de l’évangélisme, la question se pose : les droits des femmes sont-ils en péril?
La question sera au cœur d’une conférence, mardi soir, mettant en vedette Évelyne Beaudin, Clémence Cloutier-Deschênes et Paskale Hamel.
Évelyne Beaudin, ex-mairesse de Sherbrooke et analyste politique

Évelyne Beaudin est l'ancienne mairesse de Sherbrooke (photo d'archives).
Photo : Radio-Canada / André Vuillemin
Q. Que constatez-vous par rapport aux droits des femmes aujourd’hui?
R. « On voit un certain recul. Dans les derniers temps, on a beaucoup entendu parler de la montée de certaines valeurs religieuses dans nos sociétés. Ça, ça vient toujours, peu importe la religion, avec des menaces aux droits des femmes, des menaces aux questions égalitaires.
Il y a beaucoup de choses insidieuses qui se passent. C'est rendu rare qu'on va entendre quelqu'un dire directement : "ta place, toi, la femme, c'est dans la cuisine". Mais, il y a des choses qu'on observe, qui peuvent passer inaperçues si on ne prend pas le temps de mettre les projecteurs dessus. »
Q. Comme ex-mairesse de Sherbrooke, comme analyste politique, trouvez-vous qu'il y en a assez qui est fait sur la scène politique pour protéger les droits des femmes?
R. « On est dans une société où, sur papier, les droits des femmes sont protégés, sont égaux à ceux des hommes. […] C'est surtout dans les faits qu’il y a encore des enjeux d'inégalités.
Une des choses que je remarque, dans à peu près tous les médias, dans les sections commentaires, on observe que les femmes ne s'expriment plus. C'est extrêmement inquiétant. La raison pour laquelle les femmes ne s'expriment plus, c'est qu'elles sont victimes de violences.
Par exemple, moi, le simple fait de faire une publication pour annoncer [la conférence], je me suis dit : il ne faut pas que j'oublie de me garder du temps à l'agenda pour aller gérer les commentaires haineux. C'était facile à anticiper parce que c’est une programmation sur le masculinisme, l'antiféminisme, donc un des sujets les plus explosifs. Mais c'est la même chose pour toutes les publications que je fais. Peu importe le sujet, il faut toujours que je me garde du temps pour aller gérer la haine.
Clémence Cloutier-Deschênes, enseignante en histoire au département des sciences humaines au Cégep de Sherbrooke

Le Cégep de Sherbrooke.
Photo : Radio-Canada / Martin Bilodeau
Q. Vous apportez la perspective historique à la conférence. L’évolution des droits des femmes a marqué l'histoire du Québec et de partout dans le monde, mais c'est aussi encore d'actualité. Comment fait-on le lien entre notre histoire et notre présent?
R. « C'est sûr qu'on est influencé par le système dans lequel on vit, l'héritage qu’on porte comme société. Le système patriarcal a une grande influence sur la manière dont on est éduqué, la manière dont on se construit comme personne. Malgré un 20e siècle qui a été super important pour se défaire de certains rôles sociaux, pour avoir des perspectives de liberté plus grandes, il y a encore des vestiges de ce système-là, qui existe depuis des millénaires. C'est clair que ça continue d'influencer notre présent.
On essaie d'être plus libres, on essaie d'être différents. Il y a de l'ouverture pour ça comme il n'y en a jamais eu dans l'histoire. Mais oui, il reste quand même des vestiges d'un système qui est assez intense. »
Q. Vous côtoyez des étudiantes tous les jours ici, au Cégep de Sherbrooke. Est-ce que vous sentez des inquiétudes de leur part par rapport à leurs droits? Parallèlement, êtes-vous inquiète pour elles en tant que femmes dans la société actuelle?
R. « Les garçons comme les filles dans mes classes sont habités par les enjeux genrés, par les enjeux de violence. On en entend beaucoup parler, beaucoup plus qu’il y a 10 ans, 15 ans. Avec les réseaux sociaux, c'est quelque chose qui est très présent chez eux.
Je sens qu’ils réalisent aussi, à ce stade-ci de leur parcours académique, que les droits sont fragiles, chose qu'on tient souvent pour acquise quand on est plus jeune, ou quand on ne se confronte pas à cette histoire du féminisme et des droits des femmes.
J'essaie du mieux que je peux de les outiller avec ça, mais aussi de leur dire que oui, ça peut être alarmant, mais qu’en être conscient, c'est la première étape pour se sentir mieux comme personne dans la société. Oui, ces droits-là sont fragiles, mais si on s'en occupe bien, il y a une chance de les préserver. »
Paskale Hamel, directrice générale de S.O.S Grossesse Estrie

Paskale Hamel est la directrice générale de SOS Grossesse Estrie. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Étienne Meunier
Q. Vous travaillez sur le terrain, avec des femmes, depuis 28 ans. Avez-vous senti une plus grande pression des groupes anti-choix? Est-ce que ça modifie votre charge de travail?
R. « Les groupes anti-choix amènent de la désinformation, et ça, ce n'est pas bon pour la sécurité des femmes. […] On a une charge de travail supplémentaire depuis quelques années. Au début, on n'avait pas à surveiller les groupes anti-choix, on n’avait pas d'organismes communautaires qui nous contactaient pour nous dire [que des groupes anti-choix leur demandaient de collaborer].
On doit continuer de bien informer la population, les groupes communautaires, les intervenants qui travaillent au CLSC… S'assurer que, quand il y a une référence à faire, qu'elle soit vers un organisme qui est vraiment pro-choix comme le nôtre. »
Q. Êtes-vous inquiète pour les droits des femmes au Québec?
R. « Présentement, je dirais que oui. Si on parle des années 40, 50, il y a eu quand même une belle évolution pour les femmes, le droit de vote, les garderies, etc. Mais même juste avec les dernières semaines, tout ce qui s'est passé au niveau soit du retour aux valeurs familiales, des gens de la religion qui disent que l'avortement c'est un meurtre… On est en 2026, là.
Donc oui, quand on entend des discours comme ça, c'est inquiétant. C'est inquiétant pour nos jeunes hommes aussi. Je crois qu'on doit continuer d'éduquer, de bien informer. Je pense que c'est vraiment là qu'on va réussir. »
La table ronde Les droits des femmes sont-ils en péril? se tient mardi à 19 h, au Siboire Dépôt, à Sherbrooke. Elle est organisée par la Société nationale de l’Estrie.


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