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Le Domaine Villa Maria n’est pas Blue Bonnets

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Quel avenir pour le Domaine Villa Maria, situé sur le flanc ouest du mont Royal, l’un des joyaux patrimoniaux et naturels qui occupent une place unique dans le tissu historique et social de Montréal ?

L’annonce de sa mise en vente par les sœurs de la Congrégation Notre-Dame (CND) ravive le souvenir de la vente de la maison mère des Sœurs grises en 1974-1975, celle-là située entre la rue Guy, le boulevard René-Lévesque Ouest et la rue Saint-Mathieu. À l’époque, la société suisse Valorinvest se proposait de construire quatre tours de bureaux et de condos à chaque angle du site.Tout le couvent, sauf le clocher de la chapelle (qui, une fois évidé à la base, devait servir de pergola au milieu de ce qui resterait du jardin…), devait être démoli.

C’était il y a plus de 50 ans !

Il a fallu, on s’en souvient à l’époque des démolitions en série à Montréal, l’opposition vive de groupes de citoyens et d’Héritage Montréal pour empêcher ce désastre afin d’amener le gouvernement du Québec à intervenir. En 2007, l’Université Concordia l’a acquis pour y loger sa Faculté des arts, et aujourd’hui reconverti, le site a fort heureusement gardé sa vocation institutionnelle.

Apprend-on de nos erreurs ?

Le Domaine Villa Maria est unique par son grand espace vert, sa longue allée avec ses arbres alignés, un poumon naturel certainement à conserver, qui n’a aucun équivalent dans ce secteur de la ville, autour de bâtiments historiques et patrimoniaux bien entretenus. C’est d’abord en tenant compte de son caractère unique dans tout l’arrondissement où il est situé, à proximité du mont Royal, qu’on se doit d’aborder son avenir. Ce grand espace de verdure, au moment où les changements climatiques s’accélèrent sur la planète, revêt une importance stratégique pour le maintien de la santé physique et mentale des citoyens.

Avant de s’engager dans des décisions précipitées avec la vente annoncée du Domaine Villa Maria, ne devrait-on pas mieux réfléchir avec la Ville de Montréal et le ministère de la Culture pour dégager les lignes d’une politique d’ensemble pour la redéfinition des usages et l’avenir de ces grands ensembles institutionnels patrimoniaux qui émaillent Montréal : les bâtiments de l’Hôtel-Dieu qui bordent le parc Jeanne-Mance ; le Domaine Saint-Sulpice et le Grand Séminaire ; l’îlot de la Miséricorde, boulevard René-Lévesque… Chacun de ces sites a ses caractéristiques propres, s’intègre dans des quartiers particuliers, a une histoire et une vocation originales, et une valeur patrimoniale certaine. Aborder leur avenir sans une réflexion et une perspective d’ensemble nous mène droit vers le bricolage d’un développement bancal où seuls prévaudront, à la fin, les intérêts à court terme.

Le Domaine Villa Maria a un lien organique avec le Vieux-Montréal sur le plan historique, et le mont Royal comme espace vert voulu par Olmsted, le concepteur du parc, pour servir de poumon à la ville densément peuplée.

Le Domaine Villa Maria n’est pas Blue Bonnets, c’est-à-dire un champ clôturé avec des gradins et quelques constructions aujourd’hui démolis. Malgré l’apparente simplicité du développement de ce vaste terrain dégagé, les difficultés rencontrées par l’important projet de sa reconversion montrent bien le défi que représentent ces grandes opérations de réaménagement. Rien de comparable avec un site patrimonial et largement vert, comme le Domaine Villa Maria.

On pourrait être tenté d’aller au plus vite pour l’avenir de ce Domaine : encore des tours de condos dans un marché qui est présentement saturé, et des projets de grandeur qui apparaissent au-delà des besoins à satisfaire. Et puis, soyons réalistes, une démographie montréalaise qui semble en panne, attirée plutôt par les banlieues où les coûts apparaissent plus abordables et les problèmes de mobilité urbaine moins aigus.

Malgré l’urgence de répondre au problème des personnes en situation d’itinérance, on ferait une grave erreur de concentrer sur ce site des logements sociaux comme on l’a fait dans les années 1970 avec les Tours Frontenac, rue Ontario et Bercy, sur d’anciennes emprises industrielles. Les besoins sociaux et les enjeux d’itinérance appellent des approches beaucoup plus modulées et adaptées à des besoins complexes que la seule densification du tissu urbain. On ne doit pas chercher à résoudre un problème en en créant un plus complexe.

Ce que nous recherchons, c’est un développement harmonieux et un équilibre entre les différents quartiers de la ville, qui mettent en valeur le caractère patrimonial du bâti et les espaces verts essentiels à une vie saine, dans le prolongement de l’écosystème du mont Royal.

La Ville, qui vient d’adopter un nouveau Plan d’urbanisme, ne doit pas abdiquer sa responsabilité première de veiller à la formulation du contenu de ce qui constitue l’intérêt public dans un projet de cette nature.

Le ministre de la Culture ne peut considérer que le classement, il y a 50 ans, de l’ancienne résidence James-Monk, au cœur du Domaine, dotée ensuite d’une aire de protection, le libère des responsabilités que lui confère la Loi sur le patrimoine culturel.

Par exemple, laisser la résidence historique se retrouver enfermée ou coincée entre des rangées d’immeubles en hauteur ferait perdre tout son sens à cette villa palladienne, tant par son implantation que par son rapport au paysage, tel qu’ils ont été conçus lors de sa construction en 1803 et soigneusement préservés depuis par les religieuses qui ont acquis le domaine en 1854.

La résidence Monk, où ont habité des gouverneurs généraux, dont lord Elgin, est l’un des édifices et sites patrimoniaux emblématiques qui incarnent Montréal, capitale du Canada-Uni au milieu du XIXe siècle, avec le Château Ramezay, alors le siège du gouvernement, la place D’Youville où sont enfouis les vestiges du parlement incendié par les émeutiers, le vieux palais de justice rue Notre-Dame et la résidence du premier ministre Louis-Hippolyte Lafontaine, avenue Overdale, heureusement préservée grâce à une mobilisation citoyenne en 1988. Voilà l’occasion de constituer un circuit complet doté d’un plan de mise en valeur réfléchi qui ferait honneur à cet ensemble historique unique en Amérique aux origines de la démocratie au Canada.

Soyons clairs, il n’y a pas 36 solutions, mais une seule : que la mairesse Soraya Martinez Ferrada mette en place sous son leadership et celui du ministère de la Culture une cellule de coordination de tous les services publics impliqués dans ce site pour formuler des objectifs communs cohérents avec la valeur exceptionnelle de cet ensemble patrimonial et les soumette à la consultation publique.

Montréal est reconnue à l’international parmi les grandes villes du monde pour son aménagement équilibré de ses ressources naturelles en eau et en espaces verts, dont la Montagne constitue le cœur. La Ville se doit de mener une consultation publique qu’elle ne peut différer sur l’avenir du Domaine Villa Maria pour formuler les options de son réaménagement afin d’encadrer les projets éventuels et pour s’assurer que le domaine répondra aux valeurs et à une vision contemporaine de la vie en ville. Des options, telles qu’un centre d’étude de la nature, sur ce site sont à privilégier, en harmonie avec le développement d’un réseau organique d’espaces verts à travers la ville.

Évitons, en 2026, de reproduire ce laisser-faire et cet attentisme qu’on a trop souvent démontrés par le passé et qui n’ont jamais produit ou donné que des demi-solutions, sinon des occasions ratées pour une amélioration sensible de la qualité de la vie urbaine.

Montréal peut demeurer exemplaire quand il s’agit de choisir quel avenir elle veut réserver à tous ses citoyens lorsqu’une occasion se présente, comme celle qu’est le Domaine Villa Maria, et les rallier pour concevoir un projet d’occupation où tous en tireront un mieux-être et une fierté justifiée.

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