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Des entrepreneurs noirs du Sud-Ouest ontarien racontent les obstacles qu’ils ont dû surmonter pour lancer leur entreprise. Difficulté d’accès au financement, manque d’information et discrimination figurent parmi les principaux défis rencontrés, témoignent-ils.
Avant de lancer son entreprise, DMV Services électriques, en 2007, De Gaulle Sambao travaillait comme salarié, mais peinait à mettre de l’argent de côté. Pendant plusieurs années, il a économisé afin d’acheter graduellement les outils et le véhicule nécessaires au démarrage de son entreprise.
Selon lui, abandonner un emploi stable pour se consacrer au travail autonome exige beaucoup de résilience.
Le parcours d’Emmanuel Gasore, qui a fondé Arman Concrete en 2023, présente plusieurs similitudes.
Je soumettais une demande pour un chantier qui nécessitait peut-être six personnes, mais je le faisais seul. [...] Voilà ce que j’ai fait pour m’en sortir.
Sans historique de crédit, il dit avoir vu ses demandes de prêt refusées. Quand j’ai essayé d’obtenir des prêts, je n’ai pas été approuvé. Mes demandes étaient refusées. J’ai arrêté d’en demander, raconte-t-il.

Selon Emmanuel Gasore, la transition entre un emploi à temps plein et le travail autonome est difficile pour les nouveaux entrepreneurs.
Photo : Avec l’autorisation d’Emmanuel Gasore.
Les revenus irréguliers des premières années ont également compliqué la transition vers le travail autonome, ajoute-t-il.
De son côté, Sophie Lucas a fondé SD Event Decor en 2008. Craignant de ne pas pouvoir rembourser un emprunt, elle explique avoir préféré éviter le crédit. Ils [les banques] ont un taux d'intérêt à 29 %. Si ma dette monte, qui va payer pour moi? J’avais peur. Je n’ai jamais contracté une dette, raconte-t-elle.

Faute de moyens, Sophie Lucas a commencé son entreprise avec du matériel de seconde main acheté sur Kijiji et Facebook Marketplace plutôt qu’auprès de fournisseurs.
Photo : Avec l’autorisation de Sophie Lucas.
Je rêvais d’ouvrir une salle de réception. C’était ma vision, mais je n’ai pas les fonds pour le réaliser.
Faute de ressources, plusieurs entrepreneurs disent aussi avoir aménagé leur sous-sol en bureau et en entrepôt afin de limiter leurs coûts de démarrage. Si j’ai un bureau officiel, il faut payer le loyer. Alors j’utilise ma maison comme bureau , témoigne par exemple M. Sambao.
Un manque d’information
Au-delà du manque de soutien financier, plusieurs entrepreneurs noirs estiment avoir manqué d’information au moment de lancer leur entreprise.
Je m’en suis sortie en faisant des recherches. Ça m’a pris beaucoup de temps, fait savoir Cordelia Omeninwa, fondatrice de Unstoppable Prints. Elle raconte avoir multiplié les appels et les démarches pour s'informer, tant au Canada qu'aux États-Unis.

Avant que Cordelia Omeninwa ne se résolve à économiser pour lancer son entreprise, elle avait tenté sans succès de chercher des fonds au sein d’un organisme local à Windsor.
Photo : Avec l’autorisation de Cordellia Omeninwa.
De Gaulle Sambao affirme, pour sa part, n’avoir jamais entendu parler des organismes pouvant fournir des informations aux entrepreneurs noirs, ni des fonds pour le démarrage de leurs entreprises.
On le fait tout seul. Vous êtes votre propre banque, vous êtes votre propre conseiller financier, vous êtes votre propre maître.
On ne savait pas où commencer. À chaque fois qu’on demandait, il n’y avait personne pour nous montrer, renchérit de son côté Sophie Lucas.
Trois des quatre entrepreneurs interrogés disent avoir dû s’informer par eux-mêmes, auprès de leurs proches ou sur les réseaux sociaux avant de démarrer leur projet.
Racisme et discrimination en cause
Au-delà des difficultés financières, certains entrepreneurs affirment faire face à de la discrimination.
Selon M. Sambao, les grandes compagnies canadiennes monopolisent les contrats importants.
Nous [Noirs], on se débrouille avec un client qui a une ampoule qui est brisée… mais des projets de millions de dollars, nous ne sommes pas informés de ça, lance-t-il.
Quand tu vas voir des grandes entreprises pour présenter ton projet, ils vont t’accueillir. Ils te disent "on va voir". Mais après, ils ne t’appellent jamais.
M. Sambao affirme être souvent sollicité pour terminer des travaux après le départ d’entrepreneurs ayant obtenu les contrats principaux.
On me dit : "De Gaulle, est-ce que tu peux venir? L’autre n’est pas là, tu peux finir son travail?" Tu viens manger les miettes que les autres ont laissées, ironise-t-il.
Emmanuel Gasore, quant à lui, a trouvé au mois de mai dernier sur son chantier un message écrit remettant en question ses compétences. Le lendemain, il a eu un message moqueur sur son téléphone cellulaire, demandant As-tu utilisé tes dents pour couper ce bois?.
Il y a des clients qui ne pensent pas que tu es une personne noire. Quand tu arrives sur place et qu’il te voit, certains d’entre eux sont choqués.
Pour éviter que les préjugés influencent ses clients potentiels, il privilégie désormais l’envoi de photos et de vidéos de son travail.
Dans un communiqué à Radio-Canada, la Chambre de commerce noire du Canada, une organisation nationale vouée au soutien des entreprises appartenant à des personnes noires, affirme être disposée à mettre les entrepreneurs noirs en contact avec des organismes de financement spécialisés.


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