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Gamine, mes occasions de voir de près des mascottes n’étaient pas nombreuses. C’est peut-être l’une des raisons qui expliquent mon attirance pour ces peluches format géant. Elles m’intriguent depuis ma tendre enfance.
Mais c’est à l’adolescence que cet intérêt est devenu plus fort, lors de ma première rencontre avec Youppi!.
Peut-être est-ce parce que ma mémoire l’a associé à un moment marquant de ma vie. C’est qu’après des années à regarder les Expos sur le petit écran de mon téléviseur cathodique, je mettais enfin les pieds au stade olympique pour voir mes Amours. C’était au printemps 1994 ou 1995, lors d’un voyage scolaire rendu possible grâce aux points d’émulation que j’avais accumulés. Pendant que d’autres les utilisaient pour aller à La Ronde, les miens me servaient à aller voir les Expos, les Nordiques et, plus tard, le Canadien.
Toujours est-il que mes souvenirs m’enveloppent de réconfort quand je repense à ce premier match et à ceux qui ont suivi. Et chaque fois que je vois Youppi!, je deviens à la fois excitée et calme. L’ado en moi se réveille. J’ai même tenté de transmettre cette frénésie à Fiston et à Fillette.
L’Étincelle trifluvienne
Étincelle est ainsi devenue naturellement mon amie, dès le jour de sa présentation. Une fois la page tournée sur la 59e Finale des Jeux du Québec, été 2025, à Trois-Rivières, l’une des premières questions que j’ai posées au directeur des communications Mikaël Morrissette a été : Est-ce qu’Étincelle va s’éteindre à jamais?
Étincelle a passé de 500 à 600 heures à arpenter Trois-Rivières et à semer la magie auprès des jeunes et des moins jeunes; elle a besoin de repos et d’un bon nettoyage, mais elle ne sortira pas de Trois-Rivières, m’a-t-il répondu, fin août, quand je l’ai pratiquement assailli de mes questions inusitées.

Étincelle a été la mascotte de la 59e Finale des Jeux du Québec, été 2025, à Trois-Rivières.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier
Tout l’automne, le destin des mascottes événementielles m’a habitée.
Dans les dernières semaines, le Complexe sportif Promutuel Assurance a annoncé son adoption officielle.
Mais qu’en est-il des autres? Existe-t-il un cimetière des mascottes? Est-ce que, comme les chiens, toutes les mascottes vont au paradis?
Les origines d’une expertise internationale
Étincelle partage un point commun avec la nouvelle version de Porte-Lance (la mascotte des pompiers trifluviens), Grand Chelem (Aigles de Trois-Rivières), Axel-R (GP3R) et Thomas Hawk (Cataractes de Shawinigan).
Toutes ces mascottes sont liées à Youppi! et à Badaboum.
Créations Animation Mascottes et Créations JCT, des entreprises de Québec et de Mascouche, ont acquis depuis une quarantaine d’années une expertise reconnue internationalement.
Jean-Claude Tremblay, qui a personnifié Youppi! et qui a réparé son costume, a créé l’atelier mascouchois et est à l’origine de l’entreprise que Pierre Lanouette a fondée à l’autre bout de l’autoroute 40 dans les années 1980.

Badaboum a été créé au départ pour Rendez-vous 87 à Québec, un événement de deux matchs de hockey opposant une équipe d’étoiles de la LNH à la formation russe.
Photo : Radio-Canada / Katy Cloutier
Jean-Claude s'occupait de Youppi!, puis, à un moment donné, il a eu le mandat de faire Badaboum pour Rendez-vous 87, qui a ensuite été adopté par les Nordiques, raconte Cathy Lanouette. Il a appelé Pierre et lui a dit : toi, Pierre, tu restes à Québec, tu vas t’en occuper, de Badaboum?
Cette question a été un élément déclencheur déterminant dans la famille Lanouette.
À l’époque, mon père avait un commerce de système de lavage à pression. Il faisait de la vente et de la réparation, puis il a vendu son entreprise pour s'investir à 100 % dans les mascottes, poursuit celle qui est devenue la grande sœur de Badaboum. Je me souviens de notre expression à ma mère et à moi quand il nous a dit ça.
Elles ne le croyaient pas. Mais Pierre Lanouette disait vrai.

Cathy Lanouette est tombée dans le monde des mascottes durant son enfance.
Photo : Radio-Canada / Katy Cloutier
Le sourire et la passion de sa fille sont contagieux. C’est elle qui dirige désormais l’entreprise québécoise. Elle collabore avec Dominic, le fils de Jean-Claude, qui a lui aussi suivi les traces de son père.
Une grande famille
Dans les 40 dernières années, des milliers de mascottes ont vu le jour grâce à l’une ou à l’autre de ces entreprises, ou aux deux, dont Étincelle, la nouvelle version de Porte-Lance, Grand Chelem, Axel-R et Thomas Hawk.

Les projets de mascottes ont longtemps été dessinés par la main de Jean-Claude Tremblay. Cathy Lanouette expose fièrement certaines de ces esquisses sur les murs de son atelier de Québec, dont celles représentant la mascotte des Cataractes de Shawinigan, Thomas Hawk.
Photo : Radio-Canada / Katy Cloutier
La plupart des mascottes des équipes de hockey junior, c'est nous autres qui les avons faites, expose Cathy Lanouette. Comme les Cataractes de Shawinigan, ça a été mon premier projet comme chargée de projet, le premier que j'ai monté de A à Z.
La mascotte du Phoenix de Sherbrooke et celle des Foreurs de Val-d’Or sont aussi issues de la même famille, dont la renommée dépasse les frontières canadiennes.
Depuis 2008, les mascottes des Championnats du monde de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) sont conçues et fabriquées au Québec, et elles prennent vie grâce à des animateurs de Créations Animation Mascottes.
On a des bébés partout!, ajoute fièrement Cathy Lanouette.
Un défi nommé Porte-Lance
La création et la confection de mascottes peuvent être inscrites dans la catégorie des arts. Au fil des ans, les Tremblay et les Lanouette ont réussi à se positionner dans un secteur très niché, en développant une expertise secrète à la fois durable et confortable pour les animateurs. En raison de ce secret précieusement conservé, c’est l’atelier de création de Québec que j’ai visité, et non l’atelier de confection de Mascouche.
Malgré les années d’expérience, les projets ne sont pas forcément tous faciles à réaliser. En 2025, le comité de prévention de la Direction de la sécurité incendie de Trois-Rivières a adopté une nouvelle version de Porte-Lance. Les pompiers sont arrivés avec une idée très précise de leur futur porte-couleurs.

Même nom, mascotte différente : le service de sécurité incendie de Trois-Rivières a adopté la nouvelle version de Porte-Lance à l’été 2025.
Photo : Radio-Canada / Olivier Croteau
Porte-Lance sort des sentiers battus sur plusieurs plans. On a l'habitude de faire des mascottes avec une bedaine; là, on va dans la forme athlétique, décrit celui qui a piloté le projet, Édouard Nadeau. Dans l'univers des services incendie et des services d'urgence, on a fait énormément de costumes, mais chaque projet dans ce domaine-là a ses particularités.

Édouard Nadeau a accompagné les pompiers de Trois-Rivières dans le projet Porte-Lance 2.0.
Photo : Radio-Canada / Katy Cloutier
En plus d’avoir une silhouette musclée, le phénix Porte-Lance est accompagné de plusieurs accessoires dorsaux interchangeables. Ses ailes peuvent entre autres être remplacées par une bonbonne d’oxygène.
C’est une mascotte avec tous les outils de prévention possibles. Chaque détail est tellement précis. C'est un projet qui a pris un petit peu plus de temps, mais les détails, dont les ailes sur le casque avec la peluche qui vole au vent, c'est magnifique. Elle est vraiment belle.
Elle a vraiment quelque chose de particulier, renchérit Cathy Lanouette. Elle est différente.

La nouvelle version de Porte-Lance a des particularités quasi-uniques, comme son apparence athlétique.
Photo : Radio-Canada / Olivier Croteau
Vaincre la masklophobie
Malgré les apparences, ma fille n’a pas hérité de ma fascination pour les bonshommes poilus.
À une certaine époque, le fait d’en apercevoir une au loin suffisait à la pétrifier.
C’est une rencontre avec Tison, en juillet 2013, qui a chassé sa crainte. La mascotte de la Finale des Jeux du Québec de l’hiver 2007 dans la MRC de L’Assomption a réussi à faire fuir la peur qui paralysait jadis ma fillette.
Pour d’autres enfants, et même pour des adultes, la peur des mascottes est bien réelle.
La masklophobie ne disparaît pas magiquement. Cathy Lanouette peut en témoigner. Elle côtoie souvent des petits et des grands effrayés.
Un jour, elle a décidé de leur venir en aide, après avoir été contactée par une famille de quatre qui avait prévu un voyage en Floride. N’eût été l’accompagnement de Cathy Lanouette, le séjour de rêve aurait pu se transformer en cauchemar. Aller dans les parcs Disney quand la cadette souffre d’une peur viscérale des mascottes était tout simplement impensable.
C’est ainsi que Cathy a conçu un programme de désensibilisation, parce que d’autres voulaient vaincre leurs démons. Au coeur de sa démarche se trouvent des dessins de mascottes et le prêt d’un costume à la famille pendant quelques jours.
Ça ne fait pas nécessairement des jeunes qui deviennent les meilleurs amis des mascottes, mais ils les tolèrent , dit-elle humblement.
À son retour d’Orlando, la fillette a offert un cadre à sa précieuse alliée en guise de remerciement, comprenant des photos et un texte manuscrit.
Merci, Cathy!
Ce voyage à Walt Disney a été rendu possible grâce à toi. Merci de m’avoir aidée. J’aime les mascottes maintenant.
F xxx
Depuis, une trentaine de personnes ont atténué leur phobie grâce à l’approche de Cathy.
Ma démarche finale a été approuvée par une psychologue d’un CLSC en 2017 , souffle-t-elle. Comme je recevais plus de demandes, je préférais voir si ma démarche était adéquate avant d’aider d’autres gens. Il s’agit de désensibilisation progressive.
Badaboum, toujours vivant
L’atelier de Québec est un véritable musée, regorgeant de trésors et de souvenirs d’une époque au cours de laquelle Badaboum était roi du Colisée.

L'héritage de Badaboum, jadis roi du Colisée, est bien visible dans l'atelier de Québec.
Photo : Radio-Canada / Katy Cloutier
Cathy Lanouette s’avance sur l’âge de la version de Badaboum qui trône au centre de la pièce. Au moins 20 ans, si ce n’est pas 30. On en prend bien soin, parce que c’est sûrement la dernière, assurent autant Cathy qu’Édouard.
Mais pour les autres mascottes, existe-t-il une vie après l’équipe ou l’événement?
Oui. Cathy Lanouette et son équipe proposent même le recyclage et la transformation de produits. Dès les balbutiements d’un projet avec une organisation temporaire, le sujet est abordé.
Souvent, ces mascottes-là ont une durée de vie de deux ans, pas parce que le costume n'est pas de bonne qualité, mais parce que l'événement est terminé , explique Édouard Nadeau. Quand on démarre ces projets, on regarde quelles sont les avenues possibles, comme un transfert à un club sportif ou à une fondation.
Lorsqu’aucune de ces options n’est envisageable, Créations Animation Mascottes rapatrie le costume.
C'est notre côté environnemental qui embarque et on fait de la transformation, ajoute Édouard, en précisant que, de façon générale, une mascotte peut durer une bonne dizaine d’années, un peu moins si elle sort trois fois par semaine, avant d’être défraîchie. Ce qui ne veut pas dire que sa structure est jetée. Au contraire, elle peut encore servir.
À ses côtés, Cathy me présente un lion devenu un ourson. Il est complètement différent, mais sa structure de tête est encore super bonne, détaille-t-elle. Si, dans 10 ans, ce client-là me dit que le poil est défraîchi, qu’elle est moins belle qu'elle était, bien on arrache le poil, puis on met un recouvrement neuf. Quand la structure tient bien, quand les renforts sont encore bien en place, on peut parfois changer deux fois le poil sur une tête de mascotte dans sa vie. On essaie de les garder en vie le plus longtemps possible.
Dans le même esprit de réutilisation, Cathy Lanouette a contribué à mettre sur pied dans les derniers mois une fondation qui offre de donner ou de prêter une mascotte à des organisations qui n’ont pas les moyens de s’en procurer une. Parce qu’elle croit fondamentalement au pouvoir d’une mascotte, autant comme véhicule promotionnel d’une organisation que comme semeur d’étoiles et de souvenirs.
Son entreprise collabore aussi avec le Festi-Mascottes, un grand rassemblement pour soutenir la Fondation Réno-Jouets, qui, entre autres, donne des jouets revalorisés à des organismes communautaires.
Devenir une mascotte
Un processus rigoureux mène à la sélection des candidats voulant animer une mascotte. En plus de faire l’objet d’une étude approfondie de ses antécédents, un animateur doit posséder des atouts essentiels, comme être athlétique, ne pas être claustrophobe, avoir un sens artistique, être habile avec les enfants et être suffisamment grand.
Parce qu’une mascotte doit être visible de loin dans une foule.
Les animateurs de mascottes mesurent en moyenne entre 1 m 77 et 1 m 82.
Du haut de mon 1 m 57, est-ce possible pour moi de redonner un peu à cet univers qui me fascine depuis si longtemps?
Gamine, mes occasions de voir de près des mascottes n’étaient pas nombreuses. Adulte, la chance de voir une mascotte de l’intérieur s’est présentée, un samedi de novembre, à la Classique hivernale.
Et c’est à ce moment que j’ai réellement compris le précieux pouvoir d’une mascotte : celui de redonner le sourire, autant à ceux qui la croisent qu’à celle qui endosse le costume.

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Devenir une mascotte d'un soir
Photo : Radio-Canada / Danielle Huppé


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