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Éditorial

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Les menaces et insultes, et désormais les poursuites judiciaires engagées contre le patron de la Réserve fédérale, obligeant ce dernier à riposter publiquement, pourraient affecter la crédibilité de l’institution et fragiliser la soutenabilité de l’énorme endettement américain. Soit l’effet inverse recherché par le président des Etats-Unis.

Publié aujourd’hui à 11h30 Temps de Lecture 2 min. Read in English

Un président de banque centrale ne prend jamais la parole à la légère. A fortiori lorsqu’il est responsable de la politique monétaire de la première puissance mondiale. Le fait qu’un patron de la Réserve fédérale (Fed) décide, comme l’a fait Jerome Powell, dimanche 11 janvier, dans une vidéo, de s’adresser directement au président des Etats-Unis pour dénoncer les « pressions » et les « menaces » dont il fait l’objet est inédit. Cette allocution marque le point culminant de plusieurs mois de tensions entre Donald Trump et une Fed qui tente désespérément de lutter pour préserver son indépendance.

Avec des mots pesés au trébuchet, comme sa fonction l’exige, M. Powell est sorti de sa retenue habituelle pour répliquer à la citation à comparaître qu’il venait de recevoir de la part des procureurs fédéraux. La justice enquête sur les déclarations du président de la Fed lors d’une audition devant le Congrès en juin 2025 au cours de laquelle il a dû se justifier sur les surcoûts du chantier de rénovation du siège de l’institution. L’objectif est vraisemblablement d’apporter la preuve que M. Powell a menti devant les élus.

Pendant des mois, M. Powell a gardé son calme, et évité de répondre aux provocations incessantes de M. Trump. Le président des Etats-Unis lui reproche de ne pas baisser les taux d’intérêt américains suffisamment rapidement pour dynamiser l’économie du pays, alors que l’inflation reste élevée. Il a multiplié les insultes à son égard, menacé de le limoger et tenté d’évincer d’autres membres du conseil des gouverneurs de la Fed pour parvenir à ses fins. En vain.

Le discours du président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, diffusé à la Bourse de New York, le 12 janvier 2026. Le discours du président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, diffusé à la Bourse de New York, le 12 janvier 2026.

M. Trump nie toute implication dans l’enquête du ministère de la justice, et affirme qu’elle n’a aucun lien avec la politique monétaire de la Fed. Le problème est qu’il n’a plus aucune crédibilité pour arguer de sa bonne foi, tant son usage du mensonge fait partie intrinsèque de son exercice du pouvoir. De plus, depuis son arrivée à la Maison Blanche, il n’a cessé de faire pression sur la justice pour que tous ceux qui se mettent en travers de son chemin soient poursuivis. Si M. Trump n’est pas à l’origine de l’affaire, celle-ci peut être le fruit de l’excès de zèle d’une poignée d’affidés, illustrant un phénomène de cour que le président encourage.

Réveil des élus républicains

M. Powell a raison d’alerter sur cette situation ubuesque où des accusations obscures et non étayées fragilisent un contre-pouvoir essentiel au bon fonctionnement de l’économie. Jouer avec la crédibilité de la Fed pourrait aboutir à l’effet inverse de celui souhaité par M. Trump. Les craintes sur son indépendance pourraient inciter les investisseurs obligataires à augmenter la rémunération du risque sur la dette américaine à long terme, avec un effet ricochet sur les crédits immobiliers et les anticipations d’inflation. Un tel scénario fragiliserait la soutenabilité de l’énorme endettement américain.

La bonne nouvelle est que le coup d’éclat de M. Powell semble enfin réveiller les élus républicains. Deux sénateurs sont prêts à bloquer les prochaines nominations de Trump à la banque centrale en raison de cette enquête, et d’autres pourraient suivre dans les prochains jours. Rien n’indique que cela suffise pour arrêter un président dont l’hubris a pour seule limite sa « propre morale », comme il l’a déclaré au New York Times. Avec ou sans M. Powell, M. Trump laisse de moins en moins de place au doute : il entend bien fixer le cap monétaire des Etats-Unis en se moquant éperdument des contraintes légales et des conventions, quelles qu’en soient les conséquences.

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