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La gestion de l’eau pèse lourd à la mine Tio de Rio Tinto Fer et Titane, en Minganie. Chaque année, une part considérable du minerai est déplacée par cette compagnie pour des raisons environnementales. C’est sans compter les dizaines de millions de dollars investis pour s’assurer de moins polluer les plans d’eau environnants.
L’amende de 2 M$ que Rio Tinto a dû payer en 2025 pour avoir rejeté des eaux de lixiviation dans le lac Petit Pas n’est pas grand-chose comparativement à ce que la mine dépense annuellement pour résoudre ce problème.
Qu'est-ce que des eaux de lixiviation?
Dans l'industrie minière, ces eaux proviennent du contact entre les précipitations et des roches réactives. Leur composition peut constituer une menace pour l'environnement.
Cette année seulement, la compagnie compte investir 15 M$ pour capter, pomper et traiter l’eau qui s’écoule dans ses fosses. Depuis 2018, elle consacré plus de 40 M$ à ce problème.
Et le problème en question, c’est la contamination au nickel des précipitations qui s’accumulent dans la mine à ciel ouvert, explique Romain Prêcheur, le directeur principal des installations à Havre-Saint-Pierre.

L'ilménite est composée de fer et de titane ainsi que d'autres éléments.
Photo : Radio-Canada / Alban Normadin
Que produit la mine Tio?
La mine du lac Tio contient un gisement d’ilménite, un minerai composé de fer et de titane. Il est exploité au nord de Havre-Saint-Pierre depuis 1950.
Rio Tinto Fer et Titane exploite 2 millions de tonnes de minerai annuellement et prévoit une production jusqu'en 2089.
Pluie, neige fondue et cours d’eau se déversent dans les fosses et s’imprègnent non seulement de sulfure, un des éléments contenus dans le sol du site, mais aussi de nickel. Et c’est surtout ce dernier qui peut être dangereux pour l’environnement lorsqu’il se retrouve dans les effluents environnants, notamment pour l’habitat des poissons.
Tout n’est pas parfait, reconnaît Romain Prêcheur, qui assure toutefois que des progrès ont été faits ces dernières années. Il faut bien comprendre qu’on exploite une mine qui fait deux kilomètres de diamètre.

L'eau qui s'accumule avec les précipitations de pluie ou de neige s'imprègne de nickel lorsqu'elle circule sur le site de la mine Tio, au nord de Havre-Saint-Pierre.
Photo : Radio-Canada / Alban Normadin
Le problème du lac Petit Pas
Le même phénomène de lixiviation est observé à plus grande échelle au lac Petit Pas en raison de l’entreposage de dizaines de millions de tonnes de résidus miniers au fil des décennies.
Depuis 10 ans, Rio Tinto Fer et Titane s’affaire à vider le lac de ses éléments polluants. 20 millions de tonnes ont déjà été extraites. Le reste, 10 millions de tonnes, devrait prendre 5 ans à évacuer.

La mine Tio emploie quelque 300 personnes, dont plusieurs sont originaires de Havre-Saint-Pierre.
Photo : Radio-Canada / Alban Normadin
Ces 2 millions de tonnes par an sorties du lac Petit Pas représentent de 40 % à 60 % de tout le minerai que transporte la minière sur le site au nord de Havre-Saint-Pierre.
Ces résidus sont transportés dans un autre site d'entreposage de la mine. Celui-ci, assure Romain Prêcheur, « sera contrôlé au niveau des eaux de ruissellement, en particulier celles qui peuvent être concentrées en nickel ».
Multirécidiviste
Le point de vue de l’organisme environnemental Eau Secours est plus sévère. Émile Cloutier-Brassard, son responsable pour le secteur minier, estime que la minière agit trop peu trop tard.
C'est sûr qu'on a une petite réserve à applaudir ce genre d'investissement dans la mesure où la conformité réglementaire et le respect de l'intégrité de l'environnement devraient être assurés dès le début des opérations, fait-il remarquer.

Émile Cloutier-Brassard, responsable des dossiers miniers pour Eau Secours, salue les efforts de Rio Tinto Fer et Titane, mais ils restent insuffisant, selon lui. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
On est visiblement dans une situation de rattrapage. C'est un site minier où il y a beaucoup, beaucoup de difficultés à contenir les rejets d'eau dans l’environnement.
L’organisme appuie notamment ses doléances sur le nombre de sanctions pécuniaires reçues par Rio Tinto Fer et Titane en raison de ses activités au lac Tio.
Depuis 2020, on en dénombre 16, dont plusieurs liées aux rejets d’eau dans l’environnement.

La mine du lac Tio en Minganie est exploitée depuis plus de 75 ans.
Photo : Radio-Canada / Alban Normadin
Cette situation est d’autant plus alarmante pour Émile Cloutier-Brassard que l’environnement réglementaire en vigueur est extrêmement permissif, selon lui. Les minières bénéficient, avance-t-il, de normes extrêmement laxistes et minimales qu’elles sont visiblement à peine capables de respecter.
Questionné par rapport aux solutions qu’Eau Secours voudrait voir mises en œuvre à la mine Tio pour contrôler les rejets d’eau, M. Cloutier-Brassard n’offre pas de mesures concrètes. Il estime toutefois que Rio Tinto Fer et Titane devrait limiter sa production de manière à être capable de respecter les normes environnementales en vigueur.
Si un garagiste devait avoir des [problèmes] de rejets d'huile récurrents, on lui demanderait d’arrêter de réparer des chars le temps d’être capable de gérer les huiles usées, fait-il valoir à titre d'illustration. C’est la même logique qui devrait s’appliquer aux gros joueurs industriels.
Avec les informations d’Alban Normandin


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