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Le déclin de la recherche en français préoccupe-t-il les politiciens?

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Sous-financée, la recherche en français est en déclin au Québec, tandis que les chercheurs de la relève peinent de plus en plus à joindre les deux bouts — au point que certains abandonnent leur parcours avant d’avoir vu leur nom apparaître dans une revue savante. Ce sont là quelques-uns des constats qui ressortent d’une feuille de route d’une vingtaine de pages intitulée Pour un Québec qui croit en sa science.

Le document a été rédigé par l’Acfas au terme d’une consultation menée cet été, en prévision de la présente campagne électorale, auprès de quelque 80 personnes issues du milieu de la recherche. Le Devoir a pu consulter les 23 propositions qu’il contient en amont de son dévoilement ce jeudi midi au centre-ville de Montréal.

C’est la première fois dans son histoire que l’Acfas, une association fondée en 1923 qui se consacre à l’avancement et à la vitalité de la recherche scientifique en français, réalise une telle consultation dans un contexte électoral. La démarche vise entre autres à alimenter le débat public sur le déclin de la recherche en français au Québec et ailleurs au pays, tant sur le plan de sa diffusion que sur celui de son financement. Un phénomène que l’Acfas avait d’ailleurs décrit dans un rapport en juin 2021.

« C’est le temps de renverser la courbe parce que la question de la recherche, c’est évidemment la capacité aujourd’hui de “produire” des chercheurs qui vont faire des découvertes qui vont nous être utiles après-demain, la semaine suivante, dans 3 ans, dans 10 ans, dans 15 ans, dans 30 ans », relève la directrice générale de l’Acfas, Sophie Montreuil. Car, rappelle-t-elle avec un brin d’ironie, « ce n’est pas l’intelligence artificielle qui va faire ces recherches » scientifiques destinées à un public québécois francophone.

Le manque de recherches diffusées en français peut d’ailleurs avoir des répercussions concrètes dans notre société, notamment en complexifiant l’accès des petites et moyennes entreprises québécoises aux découvertes réalisées par des chercheurs d’ici qui pourraient les aider, par exemple, à poursuivre leur développement technologique et à améliorer leurs pratiques de gestion, note pour sa part Isabelle Lacroix, professeure titulaire à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. C’est elle qui animera la conférence de presse que donnera ce jeudi l’Acfas au sujet de cette consultation.

« Ces entreprises-là vont avoir accès à ce qui va être au bout du compte diffusé en français, et c’est généralement une toute petite partie de ce qui est diffusé dans la recherche », poursuit-elle.

Le gouvernement québécois a donc « tout intérêt à préserver sa capacité à produire, à faire circuler et à mobiliser des savoirs en français » afin que continuent d’être produites par les chercheurs des connaissances « ancrées dans nos réalités et porteuses de retombées pour l’ensemble de la société québécoise », soutient la feuille de route de l’Acfas.

Ainsi, « on a besoin que le gouvernement se saisisse du défi et prenne sa part dans la façon de le résoudre », plaide Sophie Montreuil. L’Acfas réclame à cet égard que le parti qui sera porté à la tête du Québec le 5 octobre accroisse le financement public et les mesures incitatives destinés à favoriser la recherche en français et sa diffusion.

Une relève en situation précaire

De la consultation menée par l’Acfas est par ailleurs ressortie la question de la précarité financière « très palpable » que vivent les étudiants à la maîtrise et au doctorat, souligne quant à elle Justine-Anne Rowell, la directrice générale de l’organisme Thèsez-vous ?, qui accompagne chaque année quelques milliers d’étudiants dans la rédaction de leurs mémoires, thèses ou articles scientifiques.

Ces problèmes financiers font que plusieurs de ces étudiants doivent occuper un autre emploi tout en effectuant leurs recherches, ce qui a pour effet de prolonger leurs études ou de les inciter à les abandonner.

« Au nombre qu’on est au Québec, on ne peut pas se priver de ces talents-là », lance Mme Lacroix. Car, « ultimement, c’est la société qui est perdante, car le Québec effrite peu à peu sa capacité à attirer, former et retenir les talents qui font avancer les connaissances scientifiques », relève de son côté la feuille de route de l’Acfas.

L’association réclame ainsi une bonification des bourses offertes à ces chercheurs de la relève, de même qu’un financement accru pour les ressources en santé mentale qui accompagnent nombre d’entre eux chaque année.

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