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Les données récemment publiées par la Communauté métropolitaine de Montréal sont préoccupantes. D’ici 2050, la grande région de Montréal affichera un ratio de dépendance de 74,7 %, soit 75 personnes inactives pour 100 actives, contre 64,4 % à Toronto et 60,9 % à Vancouver. Dès 2025, ce ratio atteint déjà 65,1 %, un sommet historique.

Depuis 2017, la croissance de l’emploi métropolitain repose entièrement sur l’immigration. Le problème n’est pas à l’horizon : il est en cours. Ces chiffres décrivent pourtant ce qui est, pas ce qui aurait pu être. Ils comptent les emplois pourvus, pas ceux qui n’ont jamais été créés parce que l’entreprise s’est développée ailleurs. Les travailleurs en poste, pas ceux qui ont suivi les perspectives d’emploi là où elles se créaient.

Ces angles morts ne sont pas des accidents statistiques. Ils sont le produit d’une gouvernance du développement urbain fragmentée : l’aménagement du territoire d’un côté, la politique économique de l’autre, la démographie ailleurs encore. Personne n’est mandaté pour faire le lien. Le résultat, c’est trois déconnexions qui s’accumulent sans que personne en soit formellement responsable.

La première est économique : quand un employeur ne parvient pas à recruter parce que ses candidats ne trouvent pas à se loger à un coût acceptable près de leur lieu de travail, ce manque à gagner n’apparaît nulle part dans les indicateurs publics. Il se dissout silencieusement dans des postes vacants et des décisions d’investissement reportées ailleurs.

La deuxième est temporelle : un projet résidentiel d’envergure se livre dans les délais de six à huit ans ; une décision de localisation d’entreprise se prend en quelques mois. Le logement arrive systématiquement trop tard pour influer sur les choix des employeurs, et donc des travailleurs qu’ils cherchent à recruter.

La troisième est spatiale : ce qui compte, ce n’est pas le nombre brut d’unités produites, c’est leur localisation par rapport au transport collectif structurant. Un logement bien relié dessert plusieurs bassins d’emploi à la fois. C’est cette variable, pourtant au cœur du Plan métropolitain d’aménagement et de développement, dont la traduction en projets approuvés varie considérablement d’une municipalité à l’autre.

Prospérité collective

Le débat sur la question du logement se focalise sur sa dimension sociale. C’est légitime. Ce cadrage laisse néanmoins dans l’ombre une dimension économique fondamentale : le logement localisé près des infrastructures de transport et des centres d’emploi, produit en quantité suffisante et à des prix compétitifs, est une condition de base de la prospérité collective. Pas un luxe, pas une question de confort, mais une infrastructure économique au même titre qu’un aéroport ou un réseau de fibre optique.

Il y a aussi un lien à poser avec l’immigration. Le resserrement des seuils a été présenté comme une réponse aux défis d’intégration. Or ces défis sont indissociables de la pénurie de logements. La pénurie a contribué au resserrement, qui aggrave le problème démographique. C’est une boucle dont nous n’avons pas encore mesuré l’étendue.

Pendant ce temps, les entreprises, les talents et les investissements ne disparaissent pas : ils vont ailleurs. Singapour, Tokyo et Auckland ont fait de la production de logements une priorité nationale explicite et en ont tiré un avantage compétitif durable.

Un Québec vieillissant dont la base active se contracte est un Québec dont la capacité à financer ses services publics s’érode — soins de santé, éducation, infrastructures. Sans population active en nombre suffisant pour alimenter l’assiette fiscale, ce sont les aînés eux-mêmes que le système ne pourra plus soutenir.

Gouverner le développement urbain à partir de données incomplètes, c’est subir une trajectoire. Une approche volontariste exige de décider collectivement de l’avenir que l’on veut, puis de formuler un projet de société qui place la production de logements au rang de priorité économique nationale.

Ce projet a une adresse précise : produire des logements en masse à proximité du transport collectif structurant. Pas partout, pas n’importe comment, mais en quantité suffisante, aux bons endroits, pour que les travailleurs puissent s’établir là où l’économie a besoin d’eux. L’absence d’un tel projet a un prix que nous commençons à peine à mesurer.

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