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On sait qu’une escapade en nature est extraordinairement salutaire autant psychologiquement que physiologiquement. Elle entraîne un apaisement général qui est à la source du bien-être ressenti. Une étude publiée dans Neuroscience&Biobehavioral Reviews met en lumière les changements qu’induit une telle expérience dans le cerveau et qui expliqueraient les bienfaits d’une exposition à un environnement naturel.
Cette recherche a consisté à passer en revue 108 études d’imagerie cérébrale — ayant fait appel à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), l’électroencéphalographie (EEG) et la spectroscopie proche infrarouge fonctionnelle (SPIRf) — qui examinaient l’effet de la nature sur les fonctions cérébrales. De cette analyse, les chercheurs ont relevé une cascade de changements cérébraux qui mènent à cet état de bien-être caractéristique.
Tout commence par les stimuli qui atteignent nos sens. « Ce que nous voyons, nous entendons et nous ressentons quand nous sommes dans la nature est plus facile à traiter pour le cerveau que les multiples stimuli simultanés et incessants (bruit, lumières, lignes droites) en milieu urbain. Les arbres, les vagues, les sons des oiseaux présentent tous des structures simples qui se répètent, soit des formes fractales : le tronc des arbres qui se divise en branches, qui se ramifient en plus petites branches, et ainsi de suite ; les vagues qui se succèdent et qui sont identiques aux premières mais de plus en plus petites. Or, le traitement de ces motifs répétitifs et aux contours souples requiert moins d’effort mental que celui des formes très carrées (des bâtiments) de la ville. Et comme ces motifs fractals sont esthétiquement plaisants, ils sont aussi très apaisants », souligne d’entrée de jeu Mar Estarellas, chercheuse postdoctorale à la division de psychiatrie sociale et transculturelle du département de psychiatrie de l’Université McGill.
Dans un second temps, le centre d’alerte du cerveau, situé dans l’amygdale, qui détecte les menaces et déclenche la réaction de lutte ou de fuite, se tranquillise. Il en résulte « une réduction de l’activité des circuits cérébraux reliés au stress : le rythme cardiaque ralentit, on respire plus profondément et le corps se sent davantage en sécurité », explique la chercheuse.
« Étant donné que vous n’avez plus besoin de vous concentrer intensément, comme cela est nécessaire quand vous travaillez à l’ordinateur, ou que vous regardez votre téléphone, votre attention passe d’un mode actif à passif. La fatigue mentale générée par l’attention active disparaît », poursuit Mar Estarellas.
En dernier lieu, les zones du cerveau liées à l’auto-réflexion, à l’introspection, dont notamment aux ruminations, adoptent « une activité plus équilibrée dans le sens où l’activité du réseau responsable de l’auto-critique diminue, ce qui permet une meilleure réflexion et introspection, ainsi qu’une plus grande clarté émotionnelle. Le fait de voir de grands espaces élargit vos perspectives », précise-t-elle.
Des effets visibles sur l’activité du cerveau
Les enregistrements EEG et les données recueillies par IRMf et SPIRf indiquent que pendant et après une immersion en nature, l’activité dans les régions cérébrales impliquées dans une ou l’autre de ces quatre étapes de la cascade est différente de celle mesurée avant l’exposition à l’environnement naturel. Notamment, l’activité dans l’amygdale et les aires préfrontales (liées à l’attention active) voient leur activité diminuée par une exposition à la nature. L’activité électrique du cerveau telle qu’enregistrée par EEG présente quant à elle une grande similarité avec ce qui survient dans le cerveau durant la méditation pleine conscience.
Des études longitudinales d’IRMf ont également montré que les adultes qui avaient vécu leur enfance dans un quartier possédant des espaces verts qu’ils avaient fréquentés régulièrement avaient « un cortex cérébral plus épais et dont la surface était plus grande », ce qui constitue « un cerveau plus connecté, plus résilient et donc plus robuste », ajoute la chercheuse.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, le simple fait de regarder des images de nature, des photos de paysage, met en branle toute cette cascade d’effets dans le cerveau, fait-elle remarquer. Regarder ces images pendant trois minutes est suffisant pour se sentir plus calme et retrouver une attention moins énergivore. Prendre soin de ses plantes de maison peut aussi induire des bienfaits, mentionne-t-elle. « Évidemment, plus vous vous immergez dans la nature, plus grands seront les bénéfices et plus ils persisteront. »
« Les humains ont évolué dans un milieu naturel, c’est donc tout à fait logique qu’il soit plus facile pour notre cerveau de traiter les stimuli d’un tel environnement », souligne Mme Estarellas.
Ces connaissances confirment que « la nature est bénéfique pour nous et qu’il faut s’efforcer de l’inclure dans notre vie de tous les jours, dont notamment dans les écoles, les hôpitaux et les bureaux », affirme-t-elle.
En France, des médecins prescrivent à certains de leurs patients de faire du surf, un sport qui permet de s’immerger complètement dans la nature, rapporte-t-elle. « Évidemment, je n’affirme pas que la nature peut se substituer à la médecine. Mais ce serait salutaire de sortir les personnes qui sont dans les établissements médicaux pour les amener voir la nature », suggère-t-elle.
Elle ajoute qu’il a été démontré que « plus on se retrouve souvent dans la nature, plus on se sent proche d’elle et plus on a l’impression d’en faire partie. Et alors, on en vient à s’en soucier davantage et à en prendre plus grand soin ». Mme Estarellas s’en réjouit car « il est important de prendre soin de nous et de notre planète ».


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