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La mobilisation du milieu communautaire dans le but d’obtenir de meilleures conditions se poursuit partout au Québec. En plein cœur de la Semaine nationale de l’action communautaire autonome, Radio-Canada a visité les locaux du Carrefour communautaire Saint-Paul, une maison d’animation qui cherche à améliorer la qualité de vie dans le quartier où elle se trouve à Chicoutimi.
Le coordonnateur général, Simon J.A. Tremblay, et la coordonnatrice de l’axe animation de quartier, Corinne Couture, nous accueillent avec le sourire. Ils ont le bien-être de leur organisme et surtout de leur clientèle à cœur.
Parmi les revendications principales du mouvement Le communautaire à boutte, on retrouve les conditions de travail des employés. Simon explique que le salaire de base d’un intervenant au Carrefour est de 22,44 $ de l’heure, et ce, malgré ses études post-secondaires.
Ce n’est pas parce qu’on ne considère pas qu’ils devraient gagner plus, c’est qu’on n’a pas les moyens de le faire
Les organismes communautaires se retrouvent d’une certaine manière en compétition avec les institutions publiques où les conditions sont nettement plus avantageuses. Le salaire d’entrée juste au service de garde dans une école est à 28 $/h. Ça, c’est le prix que nous, on paye notre coordination au centre de soir, illustre Simon.
Ça c’est au service de garde, renchérit sa collègue, Corinne. Si une personne a sa technique en travail social puis qu’elle voulait aller travailler, par exemple, pour le CIUSSS, là, on parle plus d’un salaire d’entrée de 32 $ de l’heure avec toutes les protections publiques qui viennent avec cet emploi-là qu’on n’a pas ici nécessairement : pas de régime de retraite, pas d’assurances.
Évidemment, ces différences considérables entraînent des enjeux de rétention de main-d’œuvre non négligeables.
Le Carrefour communautaire Saint-Paul compte 12 employés, mais seuls deux d’entre eux travaillent à temps plein. Corinne a d’ailleurs choisi récemment, à contre-cœur, de réduire son implication de moitié dans l’organisme communautaire pour aller enseigner la philosophie au cégep. Après huit ans, elle gagnait 27 $ de l’heure. Même si la mission lui tient grandement à cœur, elle n’arrivait plus à joindre les deux bouts.
L’épicerie augmente, tout augmente. Moi, je ne suis pas un salaire d’appoint chez moi. Je n’ai pas le choix à un moment d’essayer d'améliorer un peu les conditions de vie de ma famille [...] Je suis qualifiée quand même, j’ai un bac, j’ai deux DEC. Si on veut garder des personnes qualifiées, qui ont de l’expérience, il faut avoir les moyens que ça puisse être un projet de vie dans le communautaire. Mais, actuellement, c’est difficile, lance-t-elle.
Financement à la mission plutôt qu’au projet
Le milieu communautaire plaide pour une refonte de son mode de financement afin qu’il soit versé à la mission plutôt qu’au projet. Actuellement, une grande partie du financement n’est pas récurrente. Les organismes doivent donc continuellement chercher différentes sources pour boucler leur budget.
Au Carrefour communautaire Saint-Paul, le budget annuel est d’environ un demi-million de dollars. L’organisme reçoit 60 % de son financement de la part du gouvernement pour la mission qu’il doit remplir.
Nous on est une drôle de bibitte financée à la fois par les ministères de l’Éducation et de la Santé. Donc, on reçoit 200 000 $ de l’Éducation et à peu près 100 000 $ de la Santé, détaille Simon J.A. Tremblay. Or, c’est insuffisant.
Les gestionnaires doivent donc faire des demandes ailleurs auprès de fondations privées ou de municipalités par exemple. Les projets qu’ils peuvent développer avec ces enveloppes sont toutefois ancrés dans le temps. Un projet sera par exemple financé pour une durée de trois ans et il devra ensuite prendre fin même s’il répond à un besoin.
Même quand les réponses qu’on trouve sont bonnes avec le financement par projet, on n’a pas la possibilité de les poursuivre sans se mettre dans un trou financier
Cette année, le Carrefour prévoit déposer des demandes auprès de 25 bailleurs de fonds différents et la moitié d’entre elles seront refusées. Il faudra toutefois rendre des comptes pour toutes les autres. Dans le milieu communautaire, chaque dépense doit être justifiée.
Chaque fois, c’est du travail administratif, puis il faut savoir que chaque bailleur de fonds a ses propres critères, indique Simon. Ça a déjà été chiffré, c’est autour de 70 % à 80 % de notre temps qui est de la reddition de comptes, chercher des nouveaux bailleurs de fonds, organiser les appels à projets. C’est du temps qu’on ne donne pas à l’organisme où on n’est pas sur le terrain avec nos équipes de travail, ajoute-t-il.
Essoufflement
Toutes les démarches administratives couplées aux conditions de travail compliquées, au manque de reconnaissance et à la hausse des besoins font en sorte que les employés sont essoufflés.
Simon J.A. Tremblay rappelle que les organismes interviennent auprès de toutes sortes de clientèles. On est partout, le milieu communautaire, que ce soit en santé, en éducation, dans les loisirs, chez les jeunes, chez les aînés, à la petite enfance, chez les personnes immigrantes. On est partout avec tout le monde.
Lorsqu’on lui demande s’il aimerait être moins à boutte, il rit et assure que oui. S’il reste dans ce milieu, c’est que ça lui tient à cœur, que c’est, pour lui, une vocation.
J’adore mon travail. On a des réussites. On voit des gens qui reprennent confiance en eux, puis ça, c’est beau. Ça nous donne envie de poursuivre, mais je sens la fatigue comme beaucoup de mes collègues, laisse-t-il tomber.


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