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« Je préférerais mourir qu’y retourner. » Originaire de la République démocratique du Congo (RDC), une mère de sept enfants qui se bat depuis cinq ans pour avoir le droit de demeurer au Canada n’est pas au bout de ses peines. Ottawa s’est tourné vers la Cour fédérale jeudi pour tenter d’obtenir son renvoi du pays en raison de son affiliation à une organisation politico-religieuse.
Après une heure et demie d’audience, à Montréal, le juge Benoit M. Duchesne a annoncé qu’il prendrait sa décision en délibéré, prolongeant ainsi le supplice de Mimie Ndanda Bisilu.
Le temps presse d’ailleurs pour la dame de 52 ans, qui espère obtenir l’asile au pays afin que ses sept enfants puissent un jour la rejoindre au Canada. Elle s’inquiète pour leur sécurité en RDC, a-t-elle confié au Devoir dans les couloirs de la Cour fédérale.
« C’est mon pays, mais c’est devenu un pays où je ne veux plus mettre les pieds », avoue la mère, qui conserve de douloureux souvenirs de ses dernières années dans son pays d’origine.
En 2021, Mimie Ndanda Bisilu a demandé la protection du Canada à titre de réfugiée parce qu’elle alléguait avoir été victime d’agressions sexuelles répétées de la part de plusieurs policiers de la RDC, au terme desquelles elle a dû être hospitalisée. Le gouvernement fédéral a toutefois fait suspendre sa demande en raison de son affiliation au Bundu dia Kongo (BDK). Un groupe jugé « coercitif » dont elle a été membre entre 2000 et 2020.
« C’est moi qui ai vécu cette histoire-là », poursuit la dame, qui affirme avoir été la cible d’un viol collectif en raison de son lien avec le BDK. « Je préférerais mourir que de retourner » en RDC, a-t-elle ajouté.
Une longue saga
En 2024, la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada a tranché en faveur de Mme Bisilu. Le gouvernement fédéral a toutefois contesté le jugement.
Le dossier a ainsi été porté en appel devant cette même commission, où la juge Linda Féquière a établi l’an dernier que, bien que la mère de famille ait été une membre « fidèle » du BDK, ce motif n’est pas suffisant pour conclure qu’elle doit être « interdite de territoire pour [des] raisons de sécurité », et donc expulsée du Canada.
Ottawa a ensuite déposé devant la Cour fédérale, en mai 2025, une demande de contrôle judiciaire dans l’espoir de faire annuler cette décision, jugeant que le BDK est une organisation subversive. Un dossier qui a été entendu pour la première fois jeudi.
« C’est une injustice terrible », a lancé en marge de l’audience l’avocat de la mère de famille, Stewart Istvanffy. Il estime que sa cliente est victime de « racisme » de la part du gouvernement fédéral, qui applique selon lui un « filtrage » afin que « beaucoup de gens n’aient pas accès » au statut de réfugié.
Pourtant, « je ne suis pas une mauvaise personne pour le Canada », dit en soupirant Mimie Ndanda Bisilu, qui travaille d’ailleurs comme préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD de la métropole.
Un mouvement, deux visions
L’organisation politico-religieuse BDK, fondée en 1969, est accusée par Ottawa d’avoir commis « des actes visant à renverser par la force le gouvernement de la RDC ». Une analyse que conteste Stewart Istvanffy. Jeudi, il a plutôt évoqué la « violence extrême » dont les membres de ce groupe auraient été victimes au cours des dernières décennies, selon notamment l’organisation Human Rights Watch.
« Ce n’est pas un mouvement illégal, ce n’est pas un mouvement subversif ou violent », a-t-il plaidé. Il a par ailleurs souligné que les membres de cette organisation ne se seraient munis, au fil des années, que d’armes de fortune « ne représentant pas une vraie menace » à ses yeux.
Or, « pas besoin d’avoir des armes pour renverser un gouvernement ; c’est l’intention qui compte », a affirmé le juge Duchesne. « Ma souris peut devenir une arme si je veux », a ajouté le magistrat en brandissant sa souris d’ordinateur.
L’avocate du gouvernement fédéral, Me Andréa Shahin, soutient que le BDK est un groupe politico-religieux qui « incite à la violence » et qui se serait opposé à Joseph Kabila, président de la RDC de 2001 à 2019.
Me Istvanffy a mentionné que, malgré « certains abus » commis par le BDK, celui-ci est essentiellement une formation politique séparatiste « parfaitement légale ». Il va jusqu’à le qualifier de « Parti québécois des gens du Bas-Congo ».
Le juge Duchesne n’a pas précisé jeudi à quel moment il rendra sa décision. Ce sera « le plus tôt possible », mais pas avant deux mois, a-t-il dit.
M. Istvanffy souligne pour sa part que, peu importe la décision qui sera rendue dans le dossier de sa cliente, celle-ci disposera de recours pour défendre son droit de rester au pays.
« Moi, je vais me battre, je suis capable de gagner ! » s’exclame Me Istvanffy.
« Je donne le temps [à la justice] de faire son travail », confie pour sa part Mimie Ndanda Bisilu, qui se montre sereine malgré tout.
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