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Le Canadien a un certain don pour se saboter

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On allait écrire qu’on avait déjà vu ce film-là. Mais en fin de compte, rendu à la scène finale, le dénouement n’a pas été le même.

Pour la troisième fois en quatre matchs, le Canadien a jeté aux orties une avance de deux buts après avoir dominé de larges pans de la rencontre. Mais s’il est parvenu deux fois à sauver les meubles en prolongation face aux Sabres de Buffalo, la semaine dernière, il a trébuché cette fois en surtemps et cédé devant les Sharks de San Jose.

Un revers de 4-3 qui fait mal.

 On se tire dans le pied, je ne sais pas ce qu’on fait, a lâché un Juraj Slafkovsky abasourdi. Ça ne peut nous arriver comme ça. 

Slaf venait de disputer son meilleur match de la saison. Si l’on fait exception d’un ou deux jeux risqués, il a dominé physiquement et il a dominé avec ses mains. Le but qu’il a réussi en se moquant de Darnell Nurse, en envoyant pour lui-même une rondelle par-delà le défenseur des Sharks, risque d’être rediffusé souvent.

Chaque membre du premier trio du Canadien a marqué un but et ajouté une mention d’aide. Mais la démonstration de force de l’unité de Suzuki n’a pas suffi, car trois boulettes en troisième période ont donné la victoire aux Sharks sur un plateau d’argent.

 On les a tenus loin de notre filet pendant deux périodes et tout à coup ils avaient tout ce qu’ils voulaient , a ajouté Slaf, toujours pantois.

Le Canadien est en contrôle des opérations, puis, tout à coup, trois joueurs vont inutilement mettre leur équipe dans l’eau chaude.

Attardons-nous sur chacun d’eux.

Lane Hutson

Martin St-Louis ne s’est pas défilé. Il n’a pas eu à nommer Hutson car son nom était dans la question qui lui était posée. Sauf que l’entraîneur-chef n’a pas du tout apprécié que Hutson tente une manœuvre inutilement dangereuse en zone offensive sans aucun filet de sûreté derrière lui.

Les Sharks ont profité d’un surnombre et ont ainsi inscrit leur deuxième but.

On a la possession totale en zone offensive, a rappelé St-Louis. Il faut comprendre ce que le match attend de nous à ce moment-là. On mène par deux.

Avant le début de la campagne, les joueurs ont parlé du fait qu’ils voulaient hausser le niveau d’imputabilité entre eux. Nonobstant le travail des entraîneurs, ils allaient se montrer plus exigeants les uns envers les autres.

On ne sait pas ce qui se passe derrière des portes closes et de quelle manière les joueurs se confrontent pour discuter de leurs erreurs qui se répètent. Mais on a clairement senti dans le vestiaire qu’il y avait des gestes qui avaient été posés, des erreurs qui avaient été commises, qu’on ne digérait pas.

Et c’est une bonne chose.

Cela fait partie du processus de maturation du groupe. Il vient un moment où se faire gronder par l’entraîneur a ses limites, où les joueurs eux-mêmes doivent rendre des comptes à leurs coéquipiers afin de se pousser à se corriger.

C’est peut-être Cole Caufield qui a raison.

Peut-être vaut-il mieux que le Canadien traverse ces difficultés de croissance tôt en saison et qu’il s’ajuste à mesure que le calendrier avance. Mais en attendant, ça ne fait pas de bien.

C'est un sport d'équipe, mais quand on est en position de l'emporter en troisième période, on veut que tout le groupe s’implique, que tous nos trios roulent et que chacun fasse les bonnes choses pour sceller la victoire. C'est comme ça que les équipes gagnantes s'imposent, et c'est comme ça qu'on gagne à la fin de la saison.

C’est une bonne chose que ça arrive maintenant. On peut vraiment se concentrer là-dessus et, espérons-le, renverser la tendance, parce que c’est frustrant d’avoir l’avantage au dernier tiers et de laisser constamment les équipes revenir dans le match.

Hutson est un formidable jeune joueur pour le Canadien et peut-être leur plus grand créateur. Mais compte tenu de son rôle immense, ses coéquipiers ont le droit d’attendre qu’il nettoie à sa troisième saison certains risques inutiles dans son jeu.

En même temps, faut-il vraiment le lui dire? Le langage corporel de Hutson est tellement évocateur dès la seconde où l’adversaire capitalise sur l’une de ses erreurs.

Il le sait trop bien.

Arber Xhekaj

Le Shérif tenait un bon filon.

Depuis le début de la saison, et surtout depuis qu’on lui a confié un rôle en infériorité numérique et qu’il a cessé de tirer à la courte paille avec Jayden Struble à savoir qui va jouer et qui sera retranché, son jeu s’est poli et sa fiabilité a augmenté.

En l’absence de Mike Matheson, il lui est arrivé de se faire donner des minutes difficiles en défense et il a relevé le défi. St-Louis apprécie qu’il ne soit plus sans cesse à la recherche de la grosse mise en échec. Xhekaj laisse la robustesse venir à lui quand la situation le demande, de sorte qu’il est plus calme et joue avec plus de sang-froid.

Conséquence : ses minutes sont à la hausse par rapport à la fin de la saison dernière.

Et voilà qu’en milieu de troisième, comme si le besoin d’imposer sa loi le démangeait depuis trop longtemps, il s’en prend à Michael Kesselring qui refuse de jeter les gants devant.

Trop tard pour lui. Arber écope de deux minutes additionnelles.

C’est dommage pour un joueur qui n’avait plus l’air de marcher sur des œufs et qui semblait avoir amené son jeu à un autre niveau.

 Revirements et pénalités, ce n’est pas une bonne combinaison , a convenu Alexandre Carrier en faisant le bilan de ce qui venait de se produire.

 Ça donne de l’énergie à l’autre équipe et ça leur donne espoir. 

Ce n’est peut-être qu’une incartade dans ce qui autrement a été une trajectoire intéressante pour Xhekaj dans le premier mois de la saison.

Il reste qu’il a envoyé son équipe en infériorité numérique à un moment crucial, et cette bourde est survenue à un moment où son partenaire Adam Engström jouait un fort match et que Matheson, le matin du match, envoyait le signal qu’il s’approche d’un retour.

En un claquement de doigt, Xhekaj vient de s’ôter de la marge de la manœuvre. Il sentira désormais le besoin de faire amende honorable pour démontrer qu’il mérite encore la confiance de l’entraîneur.

Ce n’est pas une situation facile pour lui.

Un gardien l'air abattu sur la glace après un but de l'adversaire.

Le gardien du Canadien Jakub Dobes a écopé d'une pénalité coûteuse en prolongation.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Jakub Dobes

Le gardien recrue Jacob Fowler avait amorcé quatre des cinq matchs précédents, donc l’affrontement face aux Sharks était une opportunité pour Dobes de démontrer qu’il pouvait mettre en application les correctifs sur lesquels il avait travaillé à l’entraînement au cours des derniers jours.

Le grand Tchèque a réalisé quelques gros arrêts et il n’avait rien à se reprocher sur les trois premiers buts des Sharks. Mais de là à dire qu’il semblait déborder de confiance devant le filet? Il y a un pas que nous ne franchirons pas.

Dobes en avait fait juste assez… jusqu’à ce qu’il en fasse beaucoup trop.

Sa décision d’entraver la route à Collin Graf devant son filet en prolongation, au moment même où ses coéquipiers reprenaient possession du disque, est carrément inexplicable.

Une infraction injustifiée que Macklin Celebrini lui a fait payer en espèces sonnantes et trébuchantes à peine 20 secondes plus tard.

Dobes a mis de longues secondes à se relever.

Mais qu’en sera-t-il de se relever au sens figuré?

Le Canadien a congé demain, ce qui donnera aux joueurs l’occasion de digérer la défaite et de tourner la page.

Il sera intéressant de voir si Dobes, qui ne s’est pas adressé aux médias après le match, traînera longtemps les relents de cette défaite et si celle-ci aura un quelconque effet sur sa confiance.

Dans sa quête de réaffirmer son poste de numéro un, le gardien de 25 ans avait des choses à prouver mardi. Sa punition en prolongation a coûté un précieux point au classement et n’aidera pas à persuader qui que ce soit.

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