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Le calumet de la paix

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Mercredi, les dirigeants des quatre grandes centrales syndicales sont sortis enchantés de leur rencontre avec la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette.

« C’est un autre univers. Ce n’est pas le même ton. Beaucoup plus d’écoute… Jamais, dans la rencontre d’aujourd’hui, on n’a senti un esprit de confrontation », a déclaré la présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Caroline Senneville. « Le ton était cordial, professionnel, raisonnable et responsable », a renchéri le secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Olivier Carrière. « On ne s’est pas fait accueillir avec un ton belliqueux. »

Rien à voir avec l’acrimonie qui caractérisait les relations entre le gouvernement de François Legault et le monde syndical dans les deux dernières années. Elle avait atteint un sommet en novembre dernier lors de la comparution de la présidente de la FTQ, Magali Picard, devant la commission parlementaire qui étudiait le projet de loi 3 visant à « moderniser » la gouvernance syndicale.

Très remontée, Mme Picard avait invectivé le ministre du Travail, Jean Boulet, qu’elle avait qualifié d’« innocent ». Son projet de loi équivalait à une « déclaration de guerre », qui ne laissait pas d’autre option aux syndicats que de « paralyser le Québec » en déclenchant une « grève sociale » au printemps.

En l’entendant lui reprocher de privilégier les riches associations patronales aux dépens du « monde ordinaire », on s’était presque cru revenu au début des années 1970, quand l’affrontement entre le front commun des centrales syndicales et le gouvernement Bourassa avait pris des allures de lutte des classes.

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La nouvelle première ministre est manifestement entrée en fonction en ayant des intentions pacifiques. Après la conclusion de l’entente avec la Fédération des médecins spécialistes, ce sont les syndicats qui se voient offrir de fumer le calumet de la paix.

Lors de la rencontre de mercredi, elle a de toute évidence rassuré ses interlocuteurs. Tous les projets de loi qui étaient au feuilleton quand la session parlementaire a été prorogée seront rappelés, a-t-elle indiqué. On peut cependant penser que les dispositions les plus provocantes du projet de loi 3, si jamais il est adopté, seront abandonnées, notamment celle qui prévoit rendre facultative la portion des cotisations syndicales destinée à des fins autres que la représentation des membres.

Au sein du gouvernement Legault, Christine Fréchette ne faisait pas partie des faucons qui rêvaient depuis toujours d’en découdre avec les syndicats. Durant la course à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ), elle n’a pas évoqué le « traitement choc » promis par son prédécesseur. Certes, il faut réduire la taille de l’État, mais elle s’est bien gardée de chiffrer une éventuelle réduction des effectifs.

Quand Bernard Drainville s’est engagé à abolir la permanence à vie au sein de la fonction publique, elle l’a mis en garde contre l’arbitraire et la politisation que cela pourrait engendrer. Sa victoire a été accueillie par un immense soupir de soulagement dans le monde syndical, et la « grève sociale » ne semble plus aussi menaçante.

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Alors que les conséquences dramatiques des tarifs imposés par le gouvernement Trump apparaissent plus clairement dans les secteurs les plus vulnérables, sans qu’on puisse encore prévoir l’étendue des dommages, le monde du travail a davantage besoin de collaboration que d’affrontement.

Paradoxalement, autant le président américain constitue un facteur de division chez lui, autant il réussit à provoquer chez ceux qu’il agresse un réflexe d’unité qui aurait été difficilement imaginable autrement. S’il a cet effet sur la fédération canadienne, il peut aussi l’avoir à l’intérieur du Québec.

Au reste, déclarer la guerre aux syndicats ne semble pas avoir été très rentable pour la CAQ. Entre le discours inaugural du 30 septembre 2025, dans lequel M. Legault a affiché clairement ses intentions belliqueuses, et son départ, les intentions de vote de son parti n’ont pratiquement pas bougé. À ce stade, rien n’aurait pu sauver un gouvernement usé par sept années de pouvoir, direz-vous.

Il n’en demeure pas moins que ses meilleures années ont coïncidé avec celles où les relations avec les syndicats étaient relativement harmonieuses. En 2018, son arrivée au pouvoir avait suscité les plus grandes craintes. On dénonçait son « antisyndicalisme primaire » et son intention de démanteler l’État. Dans un premier temps, rien de tout cela ne s’est manifesté.

On peut comprendre son exaspération vécue durant la pandémie, face à l’opposition des syndicats aux offres salariales différenciées, alors qu’il était urgent de retenir le personnel du réseau de la santé. La rigidité des conventions collectives, qui enlevait toute souplesse aux réseaux de la santé et de l’éducation, était tout aussi enrageante.

En rétrospective, on ne peut cependant pas dire que son gouvernement a retiré un grand dividende politique de ses affrontements avec les syndicats, que ce soit les fédérations médicales ou ceux qui représentent les employés du secteur public. Mme Fréchette a la chance d’arriver au moment où toutes les ententes sont signées. Elle serait bien folle de chercher la chicane. Celle-ci reprendra bien assez tôt. Pour le moment, la première ministre ne manque pas d’autres chats à fouetter.

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