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J’ai commencé mon été le week-end dernier en montant dans le Nord pratiquer le néodruidisme, une célébration celte qui s’attarde aux plantes et à la lune. C’était la lune bleue, dimanche, celle qui arrive rarement, comme dans l’expression « once in a blue moon ». J’ai remis la toune de Willie Nelson avec sa fille Paula au moins 15 fois avant d’arriver au dépanneur pour acheter des Pall Mall (je ne fume pas, mais ça éloigne les mouches noires). Je chantais Have you ever seen the rain sous une petite pluie fine :
« When it’s over, so they say
It’ll rain a sunny day
I know, shinin’down like water »
(Si quelqu’un veut la faire en duo au karaoké avec moi, je suis down jusqu’à Sainte-Agathe.)
Une route sinueuse qui contourne des lacs, de la musique country, un dep de région avec des gars accotés sur leur pick-up en train de se péter de la broue et t’as déjà une chanson. Dans le temps des 33 tours, on disait que tu faisais tourner le disque à l’envers et le gars retrouvait son chien Hank, sa blonde lui pardonnait tout et son vieux Ford redémarrait. La vie d’un cow-boy est plus sereine à l’envers, mais ça ne fait pas de bons refrains.
À l’endroit, ça donne des titres de tounes comme (When Your Phone Don’t Ring) It’ll Be Me. Imagine si le silence avait un nom et la sainte paix, une page de remerciements.
Faque (j’ai le droit, c’est dans le dico !), faque, dis-je, j’ai cueilli des bourgeons de sapin baumier parce que Marie veut fabriquer du sirop pour tuer ma prochaine sinusite (ils vendent ça 25 $ les 30 capsules chez Avril) sans savoir qu’elle pratiquait le néodruidisme pragmatique sous la pleine lune. Je lui ai lu l’article dans Le Monde, à ce sujet ; l’infiniment petit avec feux de joie et formules celtiques a la cote, du moins en Bretagne, tout près des menhirs d’Obélix.
Nous avons décidé d’un commun accord que le macro en arrachait trop ; aussi bien se rabattre sur le micro, les trilles de la forêt, le mélilot du bord de chemin, « l’or des lutins » (on en rit encore, de celle-là). Nous ne contrôlons que ce qui est à portée de main. Et ça dépend de la lune.
Dans la forêt, nous avons croisé un arbre qui a joué à roche-papier-ciseaux. Il a enveloppé une grosse roche de ses racines et poursuivi sa route vers le ciel. Que voilà une belle leçon de vie néodruidique.
Fais comme l’eau (ou la roche)
Dans ma prochaine vie, je veux être une roche. Pas fancy, juste un caillou. Hormis un tremblement de terre ou l’arrivée d’une minière, tu as la paix, il me semble. Sophie Grégoire Trudeau, recyclée au néodruidisme, nous expliquait récemment dans une vidéo filmée devant un ruisseau qu’il fallait rester aussi stoïque que la roche, même si tout partait en couille autour. Je ne sais pas si c’est une métaphore sur ce qui arrive au Parti libéral, mais j’ai failli l’envoyer à l’ex-ministre Steven Guilbeault.
Un gourou qui a été cancelled (nous avons du choix) me disait, jadis, qu’il fallait faire comme l’eau, épouser les contours des obstacles et poursuivre son chemin. Vous adoptez votre élément, minéral ou aqueux. Le message se résume à : la vie ne va jamais comme on veut.
Mon B me racontait ses soucis l’autre jour et je lui ai répondu par une phrase du psy américain Albert Ellis, que je venais de lire : « Tu n’as jamais vraiment besoin de ce que tu veux. C’est la clé principale, et la plus absolue, vers la sérénité. »
— Ça sert à quoi d’avoir une vieille mère si elle ne peut pas te sortir des proverbes de biscuit chinois ?
J’aurais haï ça que ma mère me donne des conseils non sollicités en mandarin. Ça aurait pu être pire, j’aurais pu répondre en chantant Quand le soleil dit bonjour aux montagnes. C’était ma berceuse préférée quand il était petit. Il ne l’a pas oubliée. Je la chantais aussi avec mon grand-père Alban. Le country, c’est dans l’ADN gaspésien.
« Count your blessings », ai-je ajouté. Ce qui veut dire, en keb de 2026, « count tes blessings, bro ».
À chaque âge ses épiphanies. Moi, j’ai atteint celui où j’ai largué l’hétérocompulsivité. Ça règle pas mal de problèmes. Surtout depuis que j’ai lu dans Urbania que « le sexe arrête à 40 ans ». Scusez-la ; j’ai ri. Comme les « genzis » ne baisent plus trop non plus (sont trop anxieux, je ne sais pas pourquoi), ça ne laisse pas grand temps pour « réarmer » la nation en vue d’un référendum. Gros pow-wow à Shawi cet été !
Être émue
Dans les microbonheurs de la vie, mon hoya est en fleur, j’ai dansé le swing dans l’église de Val-Da avec deux Élise et un Alex samedi dernier, j’ai empoté une batch de confitures de rhubarbe à la vanille et j’ai porté ma première robe d’été fleurie cette semaine.
Je suis les conseils du regretté Serge Bouchard ; je m’émeus d’un rien. Le secret du bonheur est dans le détail, tous les gourous savent ça. Tiens, j’ai espionné deux voisins la semaine dernière, une tranche de vie de trottoir. Bernard s’en venait clopin-clopant avec son déambulateur et croise Jean-Pierre avec sa canne blanche de non-voyant. Bernard l’interpelle et lui tend le bras en disant : « La prochaine fois que je vous saluerai, je dirai “C’est Bernard !” et vous saurez qui je suis. » Ils se sont serré la main et j’ai capté au vol toute la fragilité de deux hommes qui ont perdu quelques certitudes en route, l’un signifiant à l’autre qu’il se reconnaît en lui. C’était de toute beauté, parce que fugace et humble.
Au fond, c’est un peu tout cela qui nous garde sur le chemin : voir l’autre, reconnaître ses cicatrices, poursuivre sa course comme l’eau, éviter les nids-de-poule à vélo, chanter du Willie Nelson (ou du Philippe B), offrir des confitures de rhubarbe aux voisins qui viennent t’aider, aller admirer son nom gravé sur une pierre tombale (je prépare un apéro en juin au cimetière) pour bien se rentrer dans la tête que l’ultime destination approche.
Pour tout dire, j’aimerais me réincarner en granit ; une vocation pérenne doublée de la sainte paix. Je servirai aux épitaphes et j’aurai le mot de la fin.


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