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Les bleuetières de la Côte-Nord sont de plus en plus nombreuses à tomber entre les mains de grandes entreprises du Saguenay–Lac-Saint-Jean, selon L’Union des producteurs agricoles (UPA). Le président de la section régionale, Daniel Harvey, explique cette transformation par des défis liés à la relève.
Selon lui, la région serait passée d’environ 55 producteurs au début des années 2010 à environ 15 à 20 producteurs indépendants. Il estime qu’environ 60 % des superficies de bleuetières développées sur la Côte-Nord appartiennent désormais à des industriels.
Daniel Harvey explique ce phénomène par une fiscalité désavantageuse pour les producteurs qui souhaitent céder leurs terres à leurs enfants, par la lourdeur de certaines démarches administratives, ainsi que par la surenchère du prix des terres. C'est un peu dommage. Souvent les familles ne peuvent pas racheter parce que les industriels arrivent avec beaucoup d’argent , explique-t-il.
L’agriculteur souligne que, pour plusieurs, la récolte des bleuets est une aventure risquée sur le plan financier. Les années où les entreprises enregistrent des pertes surviennent régulièrement, ce qui peut s'avérer très difficile pour un jeune indépendant qui doit rembourser un prêt. Les grandes entreprises, elles, disposent d'une plus grande marge de manœuvre pour faire face aux aléas du marché.
Daniel Harvey, qui a lui-même vendu l'une de ses trois bleuetières à une entreprise familiale du Saguenay–Lac-Saint-Jean, affirme toutefois que cette réalité insuffle un certain dynamisme dans le secteur agricole de la région, car les terres ne sont pas laissées à l’abandon.
Il précise que les industriels acquièrent des terres sur la Côte-Nord afin de sécuriser leur approvisionnement en cas de mauvaises récoltes.

Le producteur Denis Picard, en 2017, du temps qu'il cultivait le bleuet sur la Côte-Nord.
Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine
Denis Picard est producteur maraîcher aux Jardins ADN, à Sept-Îles. Il a vendu sa bleuetière il y a quatre ans à l’entreprise de transformation Bleuets Mistassini, située au Lac-Saint-Jean. Il ne se voyait tout simplement pas recommander à son garçon de prendre la relève de sa production.
Le producteur affirme que l’absence d’usine de congélation dans la région empêche les agriculteurs nord-côtiers d'assurer leur propre mise en marché et de fixer leurs prix. Cette réalité crée un climat d’incertitude qui aurait été défavorable pour son fils.
Puisque les entreprises du Lac-Saint-Jean possèdent ce type d’infrastructures et peuvent acheter de grands volumes, elles sont en mesure de proposer un prix intéressant aux agriculteurs de la Côte-Nord. Les gens vieillissent et il y en a qui décident de vendre. Tout le monde souhaite avoir le meilleur prix possible , lance-t-il.
Comme Daniel Harvey, Denis Picard reste optimiste face à ce phénomène. Pour lui, l’arrivée des géants du Lac-Saint-Jean confirme le réel potentiel de l’agriculture de la Côte-Nord.


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