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Le 1er juillet 1916, une explosion dans la Somme a été entendue jusqu’à Londres : le trou qu’elle a laissé existe toujours et personne ne l’a jamais rebouché

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7h28 précises, ce matin-là. À La Boisselle, dans la Somme, la terre se soulève d’un coup, projetant chaleur et débris à plus d’un kilomètre d’altitude. De nombreux aviateurs observent avec stupeur l’une des plus impressionnantes déflagrations de l’offensive : 27 tonnes de poudre explosive font trembler la terre à plus d’un kilomètre dans le ciel. Le bruit, lui, traverse la Manche : le son de l’explosion est considéré comme le bruit le plus fort jamais produit par l’homme jusqu’alors, certains rapports suggérant qu’il fut entendu jusqu’à Londres. Plus d’un siècle plus tard, le trou est toujours là. Personne ne l’a jamais rebouché.

Ce cratère porte un nom qui sonne comme une montagne écossaise : Lochnagar. Il rappelle le nom de la tranchée depuis laquelle les tunneliers aménagèrent cette longue sape. Une bataille souterraine, invisible, menée pendant des mois par des hommes qui n’avaient souvent rien de soldats.

À retenir

  • Une charge explosive record crée une colonne de terre montant à 1 219 mètres de hauteur
  • Le cratère aurait pu disparaître à jamais sans l’intervention d’un passionné britannique en 1978
  • Aucune aide officielle n’a jamais financé la préservation de ce site, sauvé uniquement par des bénévoles

Sommaire

  1. Des mineurs gallois sous les lignes allemandes
  2. Deux minutes qui ont changé un paysage pour toujours
  3. Pourquoi ce trou n’a jamais été comblé

Des mineurs gallois sous les lignes allemandes

Creuser un tunnel de 300 mètres sous le no man’s land sans se faire repérer par l’ennemi : voilà le défi confié à des unités très particulières, les Tunnelling Companies. L’armée britannique comprend très vite qu’elle doit faire appel à des professionnels et se tourne vers des géologues, des mineurs, des égoutiers qui pour certains ne bénéficient d’aucune formation militaire, des hommes habitués à travailler les mines de charbon ou les réseaux d’assainissement, parfois âgés de plus de soixante ans. Un aparté qui dit tout de la guerre de 1914-1918 : on y envoyait des sexagénaires creuser sous les lignes ennemies parce qu’ils savaient manier une pelle mieux que quiconque.

À La Boisselle, le « Lochnagar Crater » est le résultat d’une galerie creusée dès novembre 1915, sur plus de 300 mètres de long et 30 mètres de profondeur vers les lignes adverses. Le travail avance à la bougie, au silence, parfois à la baïonnette pour ne pas faire de bruit. Car en face, les Allemands creusent aussi. Le 185e Tunnelling Company entame le chantier le 11 novembre 1915, et deux officiers ainsi que seize sapeurs britanniques sont tués le 4 février 1916 lorsque les Allemands font exploser une contre-mine près du système souterrain britannique. La guerre des mines tue sans qu’un seul obus ne soit tiré.

Au final, la charge est scindée en deux poches. Elle est chargée de 60 000 livres, soit 27,2 tonnes d’ammonal, réparties en deux charges distantes de 18 mètres et situées à 16 mètres sous la surface. Un record pour l’époque : les 27,2 tonnes combinées donnent alors à la 179ème Compagnie de Tunneliers le record de la plus grosse mine détonnée par les Britanniques.

Deux minutes qui ont changé un paysage pour toujours

Le déclenchement est minuté au plus près. La mise à feu a lieu le 1er juillet à 7h28, exactement deux minutes avant le début de l’attaque de la première journée de la bataille de la Somme. Un officier britannique du Royal Flying Corps, Cecil Lewis, survole le secteur à cet instant précis et décrit une scène qu’il n’oubliera jamais : « The whole earth heaved and flashed, a tremendous and magnificent column rose up in the sky. There was an ear-splitting roar drowning all the guns ».

La colonne de terre monte à une hauteur vertigineuse. Elle s’élève à environ 1 219 mètres dans les airs, soit plus de trois fois la hauteur de l’Empire State Building. Pour se représenter la masse déplacée, le site officiel du mémorial propose une comparaison parlante : un Jumbo jet mesure 63 mètres de long avec une envergure de 60 mètres, il tiendrait facilement dans le cratère.

Le résultat au sol est à la mesure de la charge. La mine a créé un cratère de 100,5 mètres de diamètre et 21 mètres de profondeur, avec une lèvre de 4,6 mètres de haut. Et sa portée destructrice ne s’arrête pas à la surface : elle a anéanti entre 91 et 122 mètres d’abris souterrains allemands, que l’on pense avoir été pleins de soldats ennemis.

Mais l’exploit technique n’a pas suffi à percer le front. Malgré son ampleur et sa violence, l’explosion n’a pas délivré la percée tactique décisive espérée par les planificateurs britanniques : les défenseurs allemands des positions voisines réagirent vite, se réorganisèrent et continuèrent de résister. Le bilan humain, lui, est effroyable : cette journée fut la plus meurtrière de l’histoire britannique, avec 20 000 tués et 40 000 blessés ou disparus. Rien qu’au niveau du cratère, à Sausage Valley près du cratère de la mine de Lochnagar, on dénombre plus de 6 000 victimes, la concentration la plus forte sur tout le champ de bataille.

Pourquoi ce trou n’a jamais été comblé

La plupart des cratères de la Grande Guerre ont disparu. Bon nombre de cratères de la Grande Guerre ont été rebouchés à des fins agricoles après le conflit. Juste à côté, la mine jumelle « Y Sap » a connu ce sort. Une autre mine, « Y Sap », avait explosé de l’autre côté de la route qui mène à Bapaume, mais son cratère a été rebouché depuis.

Lochnagar a survécu grâce à un homme, pas à une décision d’État. Le fermier propriétaire était en train de demander l’autorisation de le combler, un sort qui avait déjà frappé sa mine sœur Y Sap deux ans plus tôt lorsqu’un Anglais du nom de Richard Dunning, passionné par le récit du front occidental, intervient. En 1978, le cratère est racheté par Richard Dunning pour le sauver du comblement. Il découvre le site grâce à un livre de l’écrivain John Masefield et en tombe littéralement obsédé, écumant les petites annonces de vente de terrains pendant des années avant qu’un notaire ne lui propose enfin la parcelle. Dunning fait plus de 200 démarches concernant des ventes de terrain dans les années 1970 avant que le cratère ne lui soit finalement vendu.

Depuis, aucune subvention publique ne finance l’entretien du site. Contrairement à quasiment tous les sites du front occidental, Lochnagar ne reçoit actuellement aucun soutien financier officiel de gouvernements ou d’organisations. Tout repose sur les dons et sur les bénévoles de l’association Friends of Lochnagar, fondée en 1989. Chaque année, à la date et à l’heure exactes de l’explosion, une cérémonie rassemble les visiteurs. Chaque 1er juillet à 7h28, une cérémonie, ouverte à tous, a lieu sur le site en l’hommage des milliers de Britanniques qui partirent à l’assaut depuis cette position.

Le sol continue parfois de rendre ses secrets. En 1998, les restes d’un soldat porté disparu depuis 1916 ont refait surface juste à côté du cratère, avant d’être identifiés et inhumés deux ans plus tard en présence de sa famille. Aujourd’hui, le cratère reçoit environ 200 000 visiteurs par an et figure parmi les sites les plus visités du front occidental. Un trou dans un champ de Picardie, devenu malgré lui l’un des monuments les plus visités de la Grande Guerre, sans qu’aucun État n’ait jamais eu à lever le petit doigt pour le préserver.

Sources : cheminsdememoire.gouv.fr | tracesdhistoire.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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