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Laurent Dubreuil a battu des chronos toute sa carrière, mais en patinage de vitesse longue piste, le sprint est une épreuve de jeunes. Depuis près de 100ans, aucun athlète de l’âge du Québécois n’est monté sur le podium olympique au 500mètres. Aux Jeux de Milan-Cortina, le père de famille s’apprête à livrer sa plus grande course contre le temps.
Accoudé à une table surplombant l’anneau glacé du Centre de glaces Intact Assurances, à Québec, Laurent Dubreuil me lance un sourire à la mention de Clas Thunberg, double médaillé d’or des Jeux d’hiver de 1928, à Saint-Moritz.
Clas Thunberg, ce n’est pas un champion de patin finlandais des années 20?
Même après un éprouvant entraînement sur glace, le patineur de 33 ans n’a rien perdu de sa connaissance encyclopédique de son sport.
Médaillé d’or à l’âge de 34 ans, Thunberg est à ce jour le seul athlète aussi vieux que Dubreuil à être monté sur un podium olympique au 500 mètres. Une statistique que le Lévisien trouve intéressante pour sa culture générale, mais sans plus.
Moi, je ne patine pas contre Clas Thunberg. Je patine contre Jordan Stolz et Jenning de Boo, fait-il remarquer au sujet de deux patineurs prodiges qui dominent le circuit de la Coupe du monde.
Laurent Dubreuil au Centre de glaces de Québec, en septembrePhoto : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy
En cette chaude journée de septembre, j’en suis à la première d’une série de rencontres avec l’ex-champion du monde pour tenter d'expliquer son incroyable longévité dans son sport.
Dehors, un chaud soleil plombe la tête des passants en bermuda, mais à l’intérieur du Centre de glaces, les meilleurs patineurs de la province ont déjà la tête aux Olympiques. Laurent Dubreuil est le chef de file du groupe. À cinq mois des Jeux, rien n’est laissé au hasard dans sa préparation.
Je ne sais pas pourquoi Untel a commencé à décliner physiquement à 27 ans ou à 32 ans, mais moi, ce n’est pas comme ça que je me sens. Objectivement, je continue à m'améliorer. Cet été, j’ai fait mon meilleur squat et mon meilleur saut vertical à vie, décrit-il d’emblée.
Et puis, j’aime ce que je fais, c’est sûr. C’est trop dur de s'entraîner deux fois par jour, tous les jours, toute l’année, pour que ce ne soit pas une passion. Ceux qui aiment patiner, mais [pour qui] ce n’est pas [une] passion, ils ne se rendent pas à mon âge.
Quand chaque pas compte
Quand chaque pas compte
La journée a commencé quelques heures plus tôt dans la salle d’entraînement du Centre de glaces. Pendant une trentaine de minutes, Dubreuil s’est livré à une série d'exercices spécifiques avant d'enfiler ses patins pour sa séance sur glace du jour. Suivront plus tard une séance de physiothérapie, une sieste, puis de la musculation. Le tout entrecoupé d’un dîner similaire à tous ceux des derniers mois. Des légumes avec un peu de glucides et une protéine maigre, résume-t-il laconiquement.
Parce que son corps récupère un peu moins rapidement qu’il y a cinq ans, le trentenaire est passé de 12 à 10 entraînements par semaine. Il ne croit pas avoir perdu au change. Comme ses lames, ses méthodes se sont simplement affûtées.
L’important, c’est d’arriver à chaque entraînement avec un but. Si tu n’es pas capable de t’expliquer exactement pourquoi tu fais un entraînement, ne le fais pas, énonce celui qui soigne alors une légère blessure à l’aine.
La première chose qui peut freiner un athlète qui vieillit, ce sont les blessures, mais je ne me blesse pas plus qu’en début de carrière. Je me blessais autant, peut-être même plus, à 23 ans. Et je sais maintenant adapter mon programme d'entraînement en conséquence pour bien récupérer.
Une fois sur la glace, son entraînement ne ressemble pas exactement à ce que je m'étais imaginé. Laurent Dubreuil est un sprinteur et les efforts déployés se doivent d’être courts et intenses.
Après plusieurs tours d’anneau, où il ne fait que se laisser glisser sans effort, il exécute un premier 500 mètres à pleine vitesse. S’ensuit une longue pause où le Lévisien s’assoit pour récupérer, après quoi il recommence à se laisser glisser en vue de son deuxième effort, un 800 mètres. Deux tours d’anneau, cette fois, où il ne faut pas cligner des yeux pour réussir à prendre le patineur en photo.
La séance est terminée. Près d’une heure passée sur la glace pour moins de deux minutes d’effort intense.
« Le jour où je vais prendre ma retraite, je vais continuer à m'entraîner pour garder la forme, mais je ne ferai pas l'entraînement que tu m'as vu faire ce matin. Jamais de la vie », lance Laurent Dubreuil.Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy
Dubreuil, pourtant, assure qu’il préférerait courir un marathon plutôt que ce genre d’entraînement.
La douleur, quand on patine un 500 mètres ou encore plus un 1000 mètres, il n’y a qu’une poignée d’athlètes de haut niveau qui peuvent la comprendre. Même les gars du Tour de France, ils sont explosés en finissant leurs courses, mais deux minutes après ils pédalent sur le rouleau, illustre-t-il.
Moi, après un 1000 mètres, ça me prend une heure avant de me sentir capable de tenir une conversation. Le taux de lactate dans le sang monte tellement durant l’effort et ton corps est en panique à essayer de flusher ça.
« Tu as les mains engourdies, tu as l’impression d’avoir des lames de rasoir dans les poumons. Et quand tu finis et que tu te penches sur tes cuisses pour essayer de chasser la douleur, tu pompes à ta fréquence cardiaque maximum. Chaque battement te donne un coup de massue dans le cerveau. »
En s’écoutant parler, le patineur échappe un éclat de rire. Ça ne va probablement pas donner envie à des jeunes de s’inscrire au patin, fait remarquer celui qui, malgré ce qu’il vient de décrire, ne changerait de sport pour rien au monde.
« La compétition me passionne. Patiner me passionne. Repousser mes limites me passionne. Je vois des athlètes de divers pays arriver en Coupe du monde et ils pensent qu’ils font les choses à 100 %, mais ce n’est pas le cas. Un vrai 100 %, il n’y a pas de compromis. »
Il donne en exemple certains patineurs qui, les jours précédant les compétitions, vont visiter à pied les villes dans lesquelles ils se trouvent.
Moi, je ne marche pas durant des jours de temps avant les courses. Je prends l'ascenseur pour monter un étage les trois jours avant une compétition. Les gens rient de moi, des fois, et ils font ce qu’ils veulent, mais je sais que, si je prends une marche une journée, mes jambes sont moins explosives pour un 500 mètres le lendemain.
Chaque pas compte pour Laurent Dubreuil durant les jours précédant ses courses. « Un sprinteur, c’est comme un haltérophile. C’est un effort tellement explosif que tu dois être au sommet de ta puissance. »Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy
Là où d'autres verraient du zèle, Laurent Dubreuil voit une discipline essentielle à la haute performance. Celle qui a fait de lui un champion du monde. Celle qui pourrait faire de lui le plus vieux médaillé olympique au 500 mètres en 98 ans.
Ce sont des sacrifices à faire, mais je n’y pense même plus. Quand je n’aurai plus envie de les faire, je vais arrêter. Je n’ai pas envie de finir septième et de me dire que j’aurais pu faire mieux si je m’étais plus investi, affirme celui qui participera en février à ses troisièmes Jeux olympiques.
À Milan, certains athlètes vont aller voir six sports les six jours avant leur épreuve pour vivre pleinement l’expérience olympique. Moi, je m'en crisse de l’expérience olympique! Je veux gagner une médaille.
Il y a toutefois un danger à mettre la barre si haut. Les athlètes dont toute la vie tourne autour des podiums peuvent être étouffés par la pression de performance ou assommés par un mauvais résultat. Les contre-performances les aspirent souvent plus bas que les bonnes performances les tirent vers le haut.
Contre cette problématique, Laurent Dubreuil a depuis six ans un remède miracle. Pour comprendre, il faut le suivre chez lui, de l’autre côté du fleuve.
L’équilibre trouvé du papa patineur
L’équilibre trouvé du papa patineur
C’est la mi-décembre. Les rues de Lévis sont couvertes de neige et illuminées de guirlandes de Noël au moment où je cogne à la porte des Dubreuil. À l’intérieur, la routine des soirs de semaine est déjà commencée.
De retour de l’école, Rose Dubreuil, 6 ans, est accoudée au comptoir de la cuisine près de sa mère, Andréanne. Papa Laurent s’occupe pour sa part de Nathan, 3 ans, revenu de la garderie fiévreux.
Tout juste de retour du premier bloc de Coupes du monde de la saison, soit un mois loin de la maison, le patineur olympique enfile soudainement plusieurs autres chapeaux.
Tantôt lutteur, tantôt joueur de hockey – quand ce n’est pas distributeur de câlins! –, Laurent Dubreuil suit le rythme de son fils, dont la fièvre ne semble pas freiner l'envie de jouer.
Tu devrais le voir quand il n'est pas malade!, lance le paternel, sourire en coin.
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Laurent et Nathan Dubreuil dans le garage familialPhoto : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy
L’image tranche avec celle de l’athlète ne laissant rien au hasard et dont les journées d'entraînement sont réglées au quart de tour. À la maison, le quotidien suit le rythme irrégulier des enfants.
L’athlète moyen, il rentre chez lui et il s’écrase sur le divan pour se reposer. Moi, je donne le bain pendant que ma blonde prépare le souper. On mange. Après, il faut aller jouer. Rose fait du patin et de la gymnastique. Nathan a 3 ans, mais se réveille encore au milieu de la nuit un jour sur trois, explique Laurent sans s’en plaindre.
« Et c’est bien plus difficile pour ma blonde, qui gère les enfants toute seule pendant un mois et demi. Moi, je ne sais pas comment je ferais pour faire ce qu’elle fait. »
Qu’à cela ne tienne, les deux amoureux ont pris la décision de fonder une famille en toute connaissance de cause, à la mi-vingtaine.
À l’époque, la carrière internationale du patineur stagnait depuis quelques années et, logiquement, l’année de la naissance de sa fille aurait dû être particulièrement difficile sur le plan sportif.
Non seulement le repos se faisait plus rare, mais les patineurs longue piste québécois n'avaient alors plus d’anneau de glace de 400 mètres sur lequel s'entraîner. Pour entamer la construction du Centre de glaces de Québec, l’anneau extérieur de Sainte-Foy avait dû être sacrifié.
Mentalement, j’étais prêt à arrêter si je voyais que ce n'était pas faisable avec la famille. D’un certain point de vue, j’étais plus prêt à arrêter que maintenant. Je gagnais une médaille en Coupe du monde aux deux ans, ce qui était une bonne carrière pour un Québécois, mais ça n’a rien à voir avec mes performances depuis.
Car l’entrée de Rose, puis celle de Nathan, dans sa vie ont eu l’effet inverse de celui anticipé sur les performances du paternel. Sa carrière a décollé.
Depuis la naissance de sa fille, Laurent Dubreuil est monté 35 fois sur le podium de la Coupe du monde. Il est devenu champion du monde du 500 mètres en 2021, puis médaillé d’argent olympique au 1000 mètres l’année suivante. Il est, en somme, devenu l’un des plus grands patineurs de sa génération.
Le principal intéressé a une explication bien simple. Ses enfants lui ont apporté l’ingrédient clé de son succès : l’équilibre.
Laurent DubreuilPhoto : International Skating Union
« Ça sonne cliché, mais avec la naissance de ma fille, c’est devenu facile de performer sous pression. Ma famille, c’est la seule chose qui est vraiment importante dans ma vie. Le sport, ça reste du sport. »
Dubreuil n’aurait pas parlé ainsi en 2018. À l’époque, après des Mondiaux particulièrement difficiles, il se souvient d’avoir confié à un patineur néerlandais avoir été paralysé par la pression de performance. Trop raide, il n’avait pas su bien patiner.
Le Néerlandais m’avait répondu qu’à l’avenir, j’avais juste à ne pas être stressé. À l’époque, je l’avais trouvé débile, mais un mois après, en y repensant, je me suis dit qu’il avait raison. Tu es sur la ligne de départ et tu as l’impression que, si tu rates ta course, c’est la fin du monde. Mais ça ne change à peu près rien que tu perdes ou que tu gagnes. Ni le succès ni l’échec ne change ta vie comme tu l’imagines, relate le Lévisien.
J’ai compris ça et, l’été suivant, ma fille est née. Depuis, je ne suis plus stressé d’échouer avant les courses. Ma fille, et ensuite mon garçon, m’ont permis de m’ancrer dans la réalité.
La passion d’une famille
La passion d’une famille
Sur la table de la cuisine, Rose Dubreuil me montre fièrement sa première paire de patins longues lames, fraîchement étrennée la fin de semaine précédente.
À 6 ans, elle peut énumérer une longue liste de patineurs et patineuses préférés. Papa est en tête de liste, suivi de près par le Japonais Yuma Murakami – tonton Yuma pour les intimes –, qui a souvent séjourné chez les Dubreuil. Sans oublier Valérie Maltais, dont Rose a été la bouquetière à son mariage, et Béatrice Lamarche.
Toi, Nathan, veux-tu dire avec qui tu as pris une photo l’autre jour?, demande Laurent à son fils.
Jordan Stolz, me répond timidement le jeune, malade.
Laurent Dubreuil et son fils NathanPhoto : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy
Ce même Jordan Stolz, 21 ans, est devenu l’imbattable rival de son père sur le circuit de la Coupe du monde ces dernières années. Ce n’est pas une raison pour ne pas l’admirer.
Au domicile familial de Lévis, on apprécie le talent de tous les patineurs. Maman la première.
Originaire de Rivière-du-Loup, Andréanne Bastille a patiné en courte piste à un plus jeune âge. Son frère Guillaume a même fait partie de la puissante équipe de relais canadienne aux Jeux olympiques de Vancouver.
On était allés l'encourager en famille à Vancouver et on avait été voir une épreuve de patinage de vitesse longue piste parce qu’on avait des billets. J’avais trouvé ça plate à mourir, relate en riant celle qui ne connaissait pas encore son futur mari.
Au contact de Laurent, elle est devenue une véritable férue de l’ovale de 400 mètres. Honnêtement, elle connaît plus les noms et les temps que bien des patineurs sur le circuit!, vante son mari.
Andréanne discute avec Laurent à l'heure du souper.Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy
« Moi qui aimais tellement le courte piste, je ne suis plus capable d’aimer ça autant que le longue piste. Parfois, Laurent m'envoie ses chronos d'entraînement et je suis capable de remarquer des éléments techniques. »
Mais il faut dire que je ne sors pas juste avec un patineur de vitesse, je sors avec Paul Houde!, lance-t-elle pour illustrer l’abondance de connaissances sportives de son mari.
Et mon père est exactement comme moi. Dans un souper de ma famille, ça y va d’un bord et de l’autre avec des statistiques!, s'exclame Laurent Dubreuil.
Lui-même élevé par des patineurs de vitesse, les olympiens Robert Dubreuil et Ariane Loignon, Laurent est, comme ses propres enfants, tombé dans la marmite quand il était petit. À la différence près qu’il n’a aucun souvenir de la carrière athlétique de ses parents.
Mon père a pris sa retraite quand ma mère était enceinte de moi parce que, dans ce temps-là, tu ne faisais pas une cenne en faisant du patinage de vitesse. Mes parents, le patin était leur passion, mais je n’ai pas eu la chance de les voir faire ça.
C’est justement pour cette raison que le spécialiste du 500 mètres souhaitait avoir ses enfants à un jeune âge. Dans l’espoir qu’ils gardent un souvenir de la carrière de papa.
Je pense que d’avoir des modèles positifs, de voir des gens être heureux et poursuivre leur passion avec détermination, c’est quelque chose de vraiment important. J’avais envie de faire vivre ça à mes enfants, non pas pour qu’ils aspirent à patiner, mais pour qu’ils aspirent à trouver leur passion et qu’ils sachent qu’en travaillant, ils pourraient en faire une carrière.
C’est à la télévision avec leur mère, au domicile familial de Lévis, que Rose et Nathan regarderont leur père patiner aux Jeux de Milan-Cortina.Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy
Aux côtés de l’ex-champion du monde, celle qui se transforme en supermaman en son absence hoche la tête.
Il faut que je me réhabitue au début de chaque saison de la Coupe du monde. Quand les enfants sont malades et que je me ramasse toute seule avec les microbes, c’est plus dur, mais je dis toujours à Laurent qu’on est chanceux de vivre ça, relate Andréanne.
« On a une vie pas ordinaire. C’est tellement beau que les enfants aient des relations privilégiées avec des patineurs de partout à travers le monde. Rose, même si elle est jeune et que c’est dur quand papa s’en va, elle est consciente de tout ce que ça apporte et elle l’apprécie. »
N’empêche, Laurent Dubreuil est le premier à dire que ses départs répétitifs sont difficiles pour sa famille comme pour lui. Devoir partir, c’est de loin ce qu’il y a de plus dur. Cet hiver, Andréanne et les enfants vont venir me rejoindre aux Championnats du monde de Heerenveen, aux Pays-Bas, mais, durant la période olympique, on va être un mois et demi sans se voir.
Raison de plus pour ne pas faire les choses à moitié à Milan. Pour le patineur de 33 ans, le jeu doit en valoir la chandelle. Et à ses troisièmes Jeux olympiques, l’occasion n’a jamais été aussi belle d’offrir à ses enfants un souvenir indélébile de leur père, médaille au cou sur le podium olympique.
Le « vieux » face aux prodiges
Le « vieux » face aux prodiges
Un dernier rendez-vous a été convenu avec Laurent Dubreuil, à un mois des Jeux olympiques, début janvier.
Les essais olympiques canadiens ne sont même pas encore terminés au Centre de glaces de Québec que le patineur est déjà de retour dans la salle de musculation, où je le rejoins. Plus que jamais, chaque entraînement compte.
Déjà qualifié pour Milan, Dubreuil a tout de même décidé de patiner les deux courses de 500 mètres de la compétition nationale. Il souhaitait mettre derrière lui un automne en deçà de ses attentes sur le circuit de la Coupe du monde. Un rare automne sans podium.
Le père de famille balaie vite l’idée que ce pourrait être son âge qui le rattrape finalement. La preuve, il vient de réaliser un nouveau record de piste à Québec, battant une marque établie par Jordan Stolz en février 2024.
C’était un de mes objectifs de battre le record de piste, mais je ne pensais pas que ce serait [maintenant]. La veille avait été une des pires soirées qu’on avait jamais eues à la maison. Les enfants se sont chicanés 50 fois et je me suis levé avec un mal de tête , relate-t-il.
Comme quoi la performance ne s’explique pas toujours.
« Tout l’automne, je savais que mes jambes étaient bonnes. J’ai juste brisé une pièce sur un de mes patins à la première Coupe du monde de la saison et je n’ai jamais été capable de retrouver le bon feeling après. On a changé la pièce en revenant ici et j’ai presque immédiatement retrouvé toute ma vitesse. »
Le début de la saison actuelle a tout de même montré à Dubreuil que la compétition sera plus relevée que jamais aux Jeux d’hiver. À Heerenveen, début décembre, il a réalisé le même chrono, au centième près, qui lui avait permis de devenir champion du monde en 2021. Il a cette fois pris le 6e rang.
Pour monter sur le podium olympique à 33 ans, maintenir son niveau des dernières années ne suffira pas.
« La génération suivante n'est pas toujours meilleure que la précédente. En athlétisme, personne ne touche aux temps que Usain Bolt faisait il y a 15-20 ans. Mais en patinage de vitesse, en ce moment, il y a plusieurs prodiges, dont le meilleur patineur qu’on a jamais vu dans l’histoire de notre sport. Et il patine mes distances. »
Âgé de 21 ans, Jordan Stolz domine depuis déjà quelques saisons le circuit de la Coupe du monde aux 500 mètres, 1000 mètres et 1500 mètres. Photo : ISU
Il n’y a pas que l’Américain Stolz, ajoute le Québécois. Jenning de Boo, un Néerlandais de 22 ans, est tout juste derrière. Si Stolz n’était pas là, on parlerait de de Boo comme du jeune patineur générationnel. Il va falloir que je trouve le moyen de m’améliorer, mais je ne pense pas que ce soit impossible.
À l’aube des JO, Dubreuil admet néanmoins qu’il ne maîtrise plus tout à fait sa destinée. Au 500 mètres comme au 1000 mètres, il se peut que sa meilleure course ne soit pas suffisante pour remporter une médaille à Milan. Étonnamment, il ne semble pas s’en formaliser.
Le patinage de vitesse longue piste, rappelle-t-il, n'est pas un sport de chance ou de stratégie. L’athlète n’affronte pas réellement son adversaire. Il se bat contre lui-même, contre l’incorruptible et impitoyable chrono.
Une vie de sacrifices, des milliers d’heures d'entraînement pour une trentaine de secondes d’efforts sur la plus grande scène qu’offre le sport amateur : les Jeux olympiques.
Au final, c’est un sport de temps. Un 500 mètres, c’est une ligne droite, un virage, une ligne droite, un virage, une ligne droite. Si les autres sont plus forts, ils sont plus forts.
Tout juste écarté du podium à l’épreuve de 500 mètres des Jeux de Pékin, en 2022, Dubreuil avait ensuite créé la surprise en remportant la médaille d’argent à l’épreuve de 1000 mètres.Photo : afp via getty images / WANG ZHAO
Laurent Dubreuil ne peut renier l’athlète hyper compétitif en lui. À 33 ans, il se présente aux Jeux avec comme but de remporter la deuxième – et fort probablement dernière – médaille olympique de sa carrière. Il a tout fait en son pouvoir pour y parvenir.
Mais ce brûlant désir de podium, reconnaît-il aujourd’hui, ne vient que d’une volonté de repousser ses propres limites. Aucune médaille ne vaudra jamais autant que la vie que le patin l'a aidé à construire.
« Ma médaille de 2022 est dans un tiroir chez nous et je la sors une fois de temps en temps quand je donne une conférence dans une école. [...] Je veux gagner parce que j’ai une fibre en moi qui fait que je veux toujours être le meilleur et m’améliorer. Je ne patine pas pour finir 10e. Mais que je gagne ou pas, je sais que je vais être heureux dans la vie. »
Texte: Guillaume Piedboeuf
Photos et design: Olivia Laperrière-Roy
Édition: Kathleen Lavoie et Marie-Christine Gagnon
Révision: Louis Émond
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