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Lane Hutson, le meilleur depuis Lafleur?

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Un bon ami, l’auteur Christian Tétreault, m’a téléphoné ces derniers jours pour me dire qu’à son avis, Lane Hutson est le meilleur joueur à porter l’uniforme du Canadien depuis Guy Lafleur.

Christian insiste toujours sur le fait qu’il ne connaît pas le hockey à fond. Mais sur ce point précis, il y a certainement matière à discussion.

Hutson a connu l’an dernier la meilleure campagne de l’histoire du CH pour un défenseur recrue (6-60-66). Et il a enchaîné cette saison avec une récolte de 78 points, une marque que seul Larry Robinson avait surpassée au cours des 115 dernières années.

Le jour où le petit défenseur américain a mis les pieds dans le vestiaire, le Canadien est devenu une équipe de séries éliminatoires. Hutson est le moteur et le baromètre du CH. Et ce qui est incroyable pour un joueur de sa taille, c’est qu’il soit capable de continuer à exprimer son talent à cette période de l’année alors qu’il y a moins d’espace sur la patinoire, que le jeu est plus physique et que les équipes adverses ont le loisir d’adapter leur plan de match soir après soir pour tenter le contrer.

Jeudi dans le cinquième match face aux Sabres, Hutson a récolté deux mentions d’aide. En milieu de deuxième, il a notamment pris la défense adverse par surprise en fonçant directement vers le filet de Ukko-Pekka Lukkonen après avoir reçu le disque sur une mise au jeu remportée par Phillip Danault. Quand la défense des Sabres s’est mobilisée pour le contrer, Huston a savamment remis le disque à Josh Anderson qui a égalé la marque à 3-3.

Il est salué par ses coéquipiers après son but.

Josh Anderson inscrit son troisième but des présentes séries éliminatoires.

Photo : Getty Images / Joe Hrycych

C’était la sixième passe décisive de Hutson depuis le début des séries. Il occupe le troisième rang de la LNH à ce chapitre à égalité avec Jack Eichel (Vegas) et Nathan MacKinnon (Colorado). Mitch Marner (Vegas) et Martin Necas (Colorado) détiennent les deux premiers rangs avec respectivement huit et sept passes décisives.

Outre ses deux mentions d’aide, Hutson a créé plusieurs chances de marquer pour ses coéquipiers jeudi soir. En début de première période, quelques secondes avant de réussir son premier but des séries à 5-contre-5, Cole Caufield s’était fait servir une passe en or par Hutson, mais n’avait pu marquer. C’est toutefois dans le chaos découlant de cette séquence que Caufield a ensuite pu recevoir une autre passe dans l’enclave et marquer.

Deux joueurs de hockey.

Cole Caufield (13) a obtenu son premier but à cinq contre cinq depuis le début des séries en première période, jeudi soir, à Buffalo.

Photo : Getty Images / Joe Hrycych

Dimanche dernier (le troisième affrontement Canadien-Sabres), ça faisait cinq matchs que Caufield n’avait pas marqué. Puis, durant un avantage numérique, Hutson a attiré toute la défense des Sabres avant de remettre le disque à Caufield. Ce dernier n’a ensuite eu qu’à marquer dans un filet vide. Depuis ce jeu spectaculaire, Caufield a retrouvé sa touche.

***

On a énormément fait état de la panne sèche des membres du premier trio du CH depuis le début du tournoi printanier. Mais Hutson, lui, n’a jamais ralenti. Il s’est inscrit sur la feuille de pointage 10 fois en 12 matchs. En plus d’être le joueur le plus utilisé par Martin St-Louis, il partage présentement le premier rang des marqueurs du CH avec Nick Suzuki (12 points).

La fiche du CH en séries quand Hutson a récolté au moins un point : sept victoires et trois défaites.

La fiche du CH quand il a été blanchi : aucune victoire, deux défaites.

En saison régulière, le Canadien a maintenu une meilleure moyenne victoires-défaites quand Hutson s’inscrivait au pointage que lorsque Nick Suzuki ou Cole Caufield le faisaient.

La moyenne du Canadien en saison régulière quand Huston a récolté au moins un point : ,731

La moyenne du CH en saison régulière lorsqu’il a été blanchi : ,482

Mais il y a plus encore.

Depuis le début de sa carrière, Lane Hutson a pris part à 17 matchs de séries et il a récolté en moyenne un point par match. Dans la riche histoire du Canadien, parmi les joueurs qui ont disputé leurs 17 premiers matchs éliminatoires avant l’âge de 23 ans, aucun n’a maintenu une production aussi élevée. Avant Hutson

Outre Hutson, les jeunes joueurs qui ont eu le plus d’impact à ce stade de leur carrière étaient :

  • Henri Richard (1956 et 1957) : 0,94 point par match
  • Jacques Lemaire (1968 et 1969) : 0,94 point par match
  • Steve Shutt (1973 et 1975) : 0,94 point par match
  • Jean Béliveau (1954 et 1955) : 0,88 point par match
  • Saku Koivu (1996 et 1997) : 0,76 point par match

Alors, qui dit mieux?

Lane Hutson est une véritable supervedette de la LNH. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer son jeu dans cette série à celui du capitaine des Sabres, Rasmus Dahlin. Ce dernier figure pourtant parmi les trois finalistes en lice pour l’obtention du trophée Norris. Entre les deux, disons les choses comme elles sont, il n’y a même pas photo.

Deux joueurs adverses surveillent la rondelle.

Ivan Demidov essaie de couvrir le défenseur Rasmus Dahlin, des Sabres de Buffalo.

Photo : Associated Press / Jeffrey T. Barnes

***

Un autre petit mot sur le match de jeudi.

Si jamais les Sabres subissent officiellement l’élimination au Centre Bell samedi soir, on pourra écrire que leur saison a véritablement pris fin à 20 h 42 le jeudi 14 mai.

C’est à cette heure que le premier trio des Sabres se défendait tant bien que mal dans son territoire face au trio de Jake Evans. Le meilleur marqueur des Sabres, Tage Thompson, s’est approché d’Evans qui venait de se débarrasser de la rondelle. Le joueur des Sabres a alors servi un inexplicable et inutile double-échec au menton d’Evans, ce qui lui a valu une pénalité.

Dix secondes de jeu plus tard, à 17:33 de la deuxième période, Nick Suzuki marquait en avantage numérique et lançait le Canadien en avant 5 à 3. Jeu. Set. Match.

Il se prépare pour une mise au jeu.

Le capitaine du Canadien, Nick Suzuki

Photo : Associated Press / Jeffrey T. Barnes

Jusqu’à cette crampe au cerveau, ce match ressemblait à une tombola et semblait pouvoir prendre n’importe quelle direction.

En lieu et place, ce but inscrit dans un moment clé (en fin de période) a scié les jambes des Sabres. Il les a renvoyés au vestiaire avec un recul de deux buts et il a forcé Lindy Ruff à brasser du négatif en changeant de gardien pour préparer le prochain match à Montréal.

Ça faisait au moins une semaine que Ruff exhortait ses joueurs à faire preuve de discipline.

Mardi dernier, au Centre Bell, le même Thompson avait d’ailleurs failli coûter le match aux Sabres en écopant d'une autre pénalité stupide en fin de première période. Et Cole Caufield en avait profité pour lancer le CH en avant 2-1 quelques secondes plus tard en supériorité numérique.

Quand tu aides constamment l’équipe adverse, c’est impossible de gagner dans cette ligue.

Paul Boutilier était un homme de hockey brillant et fascinant

On a appris jeudi le décès soudain de l’ex-défenseur des Islanders de New York, Paul Boutilier.

Ancienne vedette des Castors de Sherbrooke dans la LHJMQ, Boutilier oeuvrait depuis plusieurs années à titre d’entraîneur spécialisé dans le développement des défenseurs. Il était âgé de seulement 63 ans.

Quel choc.

Boutilier était l’un des hommes de hockey les plus affables et fascinants qu’il m’ait été donné de rencontrer. Il excellait dans tout ce qu’il touchait.

Après sa carrière de joueur (il avait remporté une coupe Stanley à titre de membre de la brigade défensive de la dynastie des Islanders au début des années 1980), Paul Boutilier était devenu un joueur de curling d’élite et avait œuvré dans le commerce international en remplissant notamment des mandats pour le Canadien National au Vietnam et en Chine. Il avait même enseigné le marketing international à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard.

Un homme observe des joueurs de hockey sur la patinoire.

David Savard offre du mentorat aux joueurs des Remparts de Québec.

Photo : Radio-Canada

Au début des années 2010, estomaqué par le nombre d’erreurs commises par les défenseurs de la LNH qu’il observait à la télévision, il avait pris le temps de rédiger un plan de développement détaillé qu’il avait fait parvenir à quelques DG de la LNH. David Poile, alors directeur général des Prédateurs de Nashville, l’avait embauché immédiatement après avoir lu le document.

Outre les Prédateurs, Boutilier a aussi été à l’emploi des Sea Dogs de Saint John et des Sénateurs d’Ottawa au cours des dernières années. Mais le travail qui le stimulait le plus était le mentorat qu’il accomplissait au sein de sa firme, appelée 44 seconds, en conseillant privément des défenseurs de la LNH, de la LAH et des rangs juniors. Régulièrement, les clients de Boutilier recevaient par courriel de courtes séquences de jeu finement décortiquées et des encouragements de la part de leur entraîneur personnel.

David Savard a figuré parmi ses élèves jusqu’à la fin de sa carrière. Et le respect qu’il vouait à Boutilier était tel, qu’il s’était associé à lui l’été dernier.

Parmi les défenseurs actifs de la LNH, Boutilier accompagnait notamment Noah Dobson et Thomas Chabot. Cette saison, lui et David Savard supervisaient aussi de façon particulière les défenseurs des Remparts de Québec et, de mémoire, ceux des Wildcats de Moncton.

Le petit univers du hockey vient de perdre un homme de grande valeur.

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