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Qui est Laarm de Ploers ? Une artiste iconoclaste fictive dont certaines œuvres vont jusqu’à inciter à l’assassinat des dirigeants et à provoquer un déferlement de suicides. La satire décapante du monde du théâtre (et plus généralement de la culture) concoctée par Christian Lapointe partage un bon nombre de considérations sous-jacentes avec Use et abuse, cocréée l’an dernier avec Alix Dufresne. On y retrouve notamment l’asservissement des créateurs aux diktats mercantiles de l’industrie culturelle ainsi qu’à ceux bien-pensants des gouvernements, exigeant ici des spectacles qu’ils aient une portée sociale. Ce musellement et ce formatage dénatureraient en soi le geste artistique.
Or, qui lira Laarm de Ploers, publiée chez Herbes rouges au début du mois d’avril, se demandera sans doute comment ce texte peut prendre vie sur scène. Parce que sa structure, soit une succession de plusieurs formes (des extraits d’un scénario, une critique, des listes, un livre inachevé inclus dans la pièce…) semble se prêter davantage au format livresque qu’aux planches. En l’occurrence, l’auteur, qui signe aussi la mise en scène du spectacle, a opté pour différentes stratégies, dont certaines s’avèrent plus heureuses que d’autres. D’abord, des parties du texte ne sont tout simplement pas intégrées à la production. Ensuite, un exemplaire de l’ouvrage est prêté à chaque spectateur, qui est invité, à différents moments de la représentation, à en lire par lui-même des passages, un procédé qui ne se révèle véritablement efficace que lorsque ceux-ci sont courts.
D’autres fragments de la pièce, des entrevues entre autres, bénéficient d’une transposition aisée à la scène, d’autant plus qu’ils sont portés par le jeu irréprochable de Sylvio Arriola et d’Amélie Dallaire. S’ajoute à leur présence celle de figurines sous verre — remarquable réalisation de Mathieu Arsenault —, un peu comme dans un musée, qui sont filmées en direct, ces images étant retransmises sur l’écran occupant tout le mur du fond de la salle principale du théâtre Prospero. Certaines miniatures occupent une salle de tribunal, d’autres circulent devant le ministère de la Culture et ainsi de suite. De Ploers s’y trouve même dans une boîte, telle une figure héroïque vendue en guise de jouet. Jolie métaphore du fait que la récupération capitaliste se tapit sournoisement jusque dans l’antre de ceux qui la conspuent.
Ce court spectacle d’une heure s’avère donc stimulant à plus d’un point de vue. Cela ne l’exempte pas, toutefois, d’apparaître par moments tel un collage dont les morceaux ne s’arriment pas toujours d’harmonieuse ou même de féconde façon. D’aucuns pourraient aussi certes voir le sens de certains tableaux leur échapper. Triomphe pourtant le sentiment réjouissant d’assister à une œuvre étonnante, déstabilisante et porteuse d’une réflexion richement ramifiée. Celle-ci inclut, entre autres objets, les prix respectifs du conformisme et de la radicalité, ainsi que la responsabilisation des artistes, notamment face à un système qui pourrait bien tendre à réduire la création à une aliénante production à la chaîne et, plus globalement, face à un monde qui cultive son autodestruction. La singularité de cette proposition théâtrale vaut certainement d’être appréciée à sa pleine mesure.


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