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Depuis la semaine dernière, plusieurs lecteurs m’ont écrit pour dénoncer les actes de violence dont ils sont constamment témoins depuis le début des séries éliminatoires de la LNH. Certains disent avoir carrément cessé de regarder les matchs, tandis que d’autres accusent les journalistes « de rester silencieux pour protéger leur gagne-pain ».
Après avoir vu les premiers affrontements de la série opposant le Canadien au Lightning, l’un de ces lecteurs, M. Barrière, a écrit qu’il ne savait pas comment il allait pouvoir discuter de hockey avec ses élèves le lendemain.
Je me demandais ce que je pourrais leur dire lorsqu’ils vivent de l’intimidation à l’école, lorsque leurs parents sautent une coche lors de leurs matchs de hockey mineur ou lorsqu’ils reçoivent via les réseaux sociaux des messages haineux, argue-t-il.
Ce lecteur dit apprécier le hockey rapide et créatif, et il trouve que la LNH régresse. Le type de hockey proposé depuis le début des séries est en train de le faire décrocher, déplore-t-il.
Cher Monsieur Barrière, pourquoi ne dites-vous pas tout simplement la vérité à vos élèves? En tant qu’éducateur, n’est-ce pas votre mandat?
Et la vérité, même s’il est triste de l’admettre, c’est que notre sport national repose en grande partie sur l’intimidation et sur la domination physique lorsqu’il est pratiqué à un certain niveau. Il y a une seule rondelle sur la patinoire et les joueurs ont le droit de frapper n’importe quel adversaire pour s’en emparer. À partir de là, comment croyez-vous que la rapidité et la créativité puissent s’exprimer librement?
Dans sa forme la plus pure, une mise en échec sert à éloigner un adversaire de la rondelle. Mais dans la vraie vie, quand il y a une coupe, une médaille ou des millions en jeu, ou quand la survie d’une équipe en dépend, il s’agit aussi d’une occasion en or d’intimider l’adversaire et de lui faire mal.
En tant que citoyens responsables, beaucoup de gens ont sans doute de la difficulté à composer avec une réalité aussi crue. Le fait demeure : c’est la nature du jeu. C’est pourquoi bien peu de gens ont protesté quand Sidney Crosby a été victime d’une dangereuse mise en échec aux Jeux de Milan-Cortina. C’est aussi pour cette raison que, dans la série Canadien-Lightning, les tonitruantes mises en échec subies par Charles-Édouard D’Astous (Tampa Bay) et par Juraj Slafkovsky (Montréal) ont été acceptées comme faisant partie du jeu.

Juraj Slafkovsky a été secoué par la violente mise en échec de Max Crozier durant le quatrième match de la série opposant le Canadien au Lightning de Tampa Bay.
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
D’Astous a été blessé par Josh Anderson dans le premier match et l’attaquant du CH a simplement écopé d’une pénalité mineure. Quant à Slafkovsky, la collision frontale que lui a infligée Max Crozier dimanche dernier aurait pu aboutir à une très grave blessure au cerveau. Cet événement, même si ça sonne barbare sur les bords, a ragaillardi les joueurs du Lightning. Ils ont marqué tout de suite après et ils ont fini par remporter cette importante rencontre.
Je trouve toujours fascinant – ça arrive tous les ans – de recevoir des courriels de lecteurs qui déplorent la violence des matchs de la LNH et qui estiment que le hockey professionnel était beaucoup plus civilisé dans le passé.
On pourrait avoir un bon débat là-dessus.
On a souvent tendance à sourire quand des gens affirment, dur comme fer, que tout était bien meilleur dans leur temps. Mais dans ce cas précis, ils ont peut-être en partie raison.
Cette saison, seuls 12 joueurs ont écopé de 100 minutes de pénalité ou plus dans les 32 équipes de la LNH. Au début des années 2010, une trentaine de joueurs atteignaient ce plateau, tandis qu’au début des années 2000, on dénombrait entre 80 et 90 de ces mauvais garçons dans la ligue. Mais tout cela n’était rien en comparaison avec la fin des années 1980 et le début des années 1990. À cette époque, malgré le fait que la LNH était composée de seulement 21 équipes, au moins 145 joueurs passaient 100 minutes au cachot chaque saison.
Sachant cela, peut-on sérieusement affirmer que le hockey d’aujourd’hui est plus violent et que c’était bien meilleur dans le temps?
Je serais plus porté à dire que la violence est toujours aussi présente, mais qu’elle a simplement changé de visage.
Il y a une dizaine d’années, un courriel de Colin Campbell (adressé à Mike Milbury et datant de 2010) avait été divulgué dans le cadre d’un procès intenté par un groupe d’anciens joueurs aux prises avec des maladies neurologiques. Campbell était alors vice-président principal et directeur des opérations hockey de la LNH.
Disons-nous les choses franchement, Mike. Nous vendons des rivalités. Nous vendons et faisons la promotion de la haine, avait écrit Campbell.
Ce dernier tentait alors d’expliquer pourquoi la LNH refusait de punir Matt Cooke, l’auteur d’une grave mise en échec à la tête qui a ultimement mis fin à la carrière de Marc Savard, des Bruins de Boston.
Si l’on fait preuve de la même franchise, il faut reconnaître que rien n’a changé. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir de l’enthousiasme dont ont fait preuve les dirigeants de la LNH en février 2025 quand le premier match entre le Canada et les États-Unis, à la Confrontation des 4 nations, s'est amorcé par des bagarres au Centre Bell.
De façon générale, la LNH vend sa violence différemment depuis quelques années.
Auparavant – dans le temps – les bagarreurs servaient surtout à maintenir la température à un niveau raisonnable durant les matchs. Ils respectaient une sorte de code et se battaient surtout entre eux. Ils veillaient ainsi à ce que personne n’abuse physiquement de leurs plus talentueux coéquipiers. Parce que, comme expliqué plus haut, la nature du sport est ainsi faite.
La violence d’aujourd’hui est plus dérangeante parce qu’elle est sournoise, désorganisée et lâche. Elle ne repose sur aucun code.
Elle survient incessamment après les sifflets et prend désormais la forme d’interminables séances de chamaillage au cours desquelles tout le monde garde ses gants, mais au cours desquelles n’importe quel joueur, même les supervedettes, est susceptible de recevoir des coups de poing au visage, d’être victime de prise de tête ou d’un double échec dans le dos, ou de se retrouver sous une pile de cinq ou six combattants.
Dans la LNH, il est devenu normal de voir un troisième joueur sauter dans le dos d’un adversaire qui est déjà en train de lutter avec un autre. Le week-end dernier, le monde du hockey s’est dit horrifié quand un joueur des Sénateurs, Ridly Greig, a surgi de nulle part pour servir un retentissant uppercut au visage de Sean Walker, Hurricanes de la Caroline, pendant que ce dernier se faisait servir une prise de tête par un autre porte-couleurs d’Ottawa.
Ce geste n’était que la suite logique de la culture de lâcheté qui est en train de se répandre dans la LNH. Cette culture fait par ailleurs en sorte qu’il soit devenu courant de voir des joueurs continuer à frapper un adversaire tombé au sol. Ou à lancer des coups de poing alors qu’un juge de ligne s’insère entre deux joueurs pour tenter de mettre fin à une altercation.

Plusieurs bagarres générales ont éclaté dans la série entre le Lightning et le Canadien.
Photo : Getty Images / Mike Carlson
Il n’y a plus de code de conduite. Et, en conséquence, il y a de moins en moins de respect entre les athlètes. Mais la LNH est aussi contente qu’avant parce qu’elle continue de vendre de la haine.
Et ce qui est le plus navrant, c’est que cette forme de violence a donné des résultats ces dernières années. Et parce qu’elle est désormais associée au succès, cette nouvelle culture se répandra probablement davantage.
Depuis 2019, toutes les équipes qui ont représenté l’Est en finale de la Coupe Stanley ont figuré parmi les équipes les plus punies de la LNH :
- 2025 : Panthers de la Floride (Coupe Stanley, équipe la plus punie);
- 2024 : Panthers de la Floride (Coupe Stanley, équipe la plus punie);
- 2023 : Panthers de la Floride (finalistes, 2e équipe pour le nombre de minutes de pénalité);
- 2022 : Lightning de Tampa Bay (finalistes, 2e équipe pour le nombre de minutes de pénalité);
- 2021 : Lightning de Tampa Bay (Coupe Stanley, équipe la plus punie);
- 2020 : Lightning de Tampa Bay (Coupe Stanley, 2e équipe pour le nombre de minutes de pénalité);
- 2019 : Bruins de Boston (finalistes, 2e équipe pour le nombre de minutes de pénalité).
Alors, voilà, Monsieur Barrière, c’est ce que vous devriez raconter à vos élèves. Parce que ce qui se passe au hockey est pas mal le reflet du monde dans lequel ils vivent.

Les Panthers et le Lightning ont remporté des Coupes Stanley en étant parmi les équipes les plus punies de la ligue.
Photo : Associated Press / Lynne Sladky


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